En attendant, voici donc gazogram. Le nom du disque n’est pas choisi au hasard, mais il ne s’agit pas d’une allusion aux fayots de Charity Beans, lesquels provoqueraient des effets indésirables sur les personnes qui en boufferaient, lesquels effets indésirables affecteraient à leur tour les sens auditifs et olfactifs de leurs voisins immédiat. Pas du tout ! D’abord, les fayots de charity beans sont de très bons fayots qui ne font pas du tout péter - et d’une - ensuite ce n’est pas ça, voilà ! Il y a une autre raison qui, je dois le reconnaître, a une relation avec le mode d’expression flatulatoire (ou flatulencier, comme on voudra) qu’il faut entendre ici au second degré.
On pourrait dire : ça s’appelle gazogram parce que ça pète le feu… Mais ce n’est pas la raison. D’abord le disque ne pète pas le feu, il est tout calme au contraire, pas violent pour deux sous (à part la pochette, bien sûr).
On pourrait dire : ça s’appelle gazogram pour remercier le sponsor GDF-Suez… Mais ce n’est pas la raison non plus car je ne suis pas sponsorisé par GDF-Suez, ni par qui que ce soit d’autre que moi-même. Le sponsoring, c’est drôlement bien parce que ça fait des tas de sous, en revanche, ça tue la liberté d’expression. Entre les sous et la liberté d’expression, j’ai choisi d’autant plus rapidement que personne ne m’a proposé de sous en l’échange de ma liberté d’expression. Je l’ai donc gardée, et si j’ai appelé l’album gazogram, ce n’est pour faire plaisir à personne d’autre qu’à moi.
« Mais alors… Pourquoi donc que ça s’appelle gazogram, c’te sacré bonsouère de bousin là ? (crénom !) Vas-tu nous le dire, à la parfin, ou ben c’est-y qu’faudra qu’on te torture pour que t’avoue, bond’là d’sacré tête de cabochard, à c’t’heure ? » Voilà ce que pourrait me dire mon cousin Mathurin, celui qui est dans l’agro-alimentaire, si d’aventure il en avait quelque chose à secouer.
Non, non, ne me torturez pas, cousin Mathurin, j’avoue tout ! (c’est d’ailleurs le thème de la chanson don’t hurt me sur le susnommé disque).
Il s’agit d’une allusion à Serge Gainsbourg et à son livre Evguénie Sokolov. C’est l’histoire d’un peintre qui utilise ses qualités de pétomanes pour provoquer des vibrations dont il répercute le mouvement sur les toiles de ses tableaux. Ses œuvres sont appelées gazogrammes. J’ai d’ailleurs écrit màSGplt sur la pochette, ce qui signifie : merci à Serge Gainsbourg pour le titre. Je n’ai pas la prétention d’analyser ici le bouquin de Gainsbourg (excellent bouquin au demeurant), ni de rendre hommage à Gainsbourg de quelque manière que ce soit. Je renvoie à l’article de Marc Edouard Nabe intitulé Serge Gainsbeurk, je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus sur le sujet. En revanche, le concept de base de mon disque rejoint pas mal les gazogrammes d’Evguénie Sokolov.
J’ai un peu triché sur deux ou trois, mais pas tant que ça. Il y en a même une pour laquelle j’avais entièrement refait le texte tellement ça ne voulait rien dire. J’avais retoqué un chouette texte, sur un sujet intéressant et tout et tout… et puis basta, j’ai tout laissé tomber et j’ai repris la première mouture qui, décidément, me plaisait mieux.
Le sommet du concept est atteint pour une des chansons, je vous laisse deviner laquelle, qui ne m’a même pas demandé trente secondes à faire, ni même dix ! Juste l’idée, ça suffisait.
Pour réaliser ce truc là, j’ai utilisé trois manières musicales :
- Moduler et résoudre de façon attendue. En effet, je ne me suis pas privé pour moduler sur les relatives mineures, pour construire les ponts sur les quatrièmes degrés, ni pour résoudre tranquillement en cadençant sur les dominantes. De toute façon j’adore ça ! J’aime aussi les surprises, mais ce ne sera pas pour cet album là, en tout cas, pas trop…
- Construire les chansons mathématiquement. Je n’ai pas hésité à faire tourner les marches harmoniques pour monter dans les chansons comme on monte un escalier en colimaçon. Le meilleur exemple est donné par la chanson headset : marche harmonique avec petit passage majeur/mineur sympathique comme tout, pont construit sur la dominante intégrant une modulation sur la relative mineure de la première tonalité et retour à celle-ci grâce à un turnaround posé sur le cinquième degré comme on pose une évidence dans la conversation pour la ramener à son point de départ. L'aspect mathématique est valable aussi pour la chanson click here. Elle part d'une idée simple et j'ai choisi d'écrire 43 phrases pour la chanson (car j'aime beaucoup le nombre 43).
- Faire confiance à mon instinct mélodique, ça peut donner des résultats rigolos, comme sur la chanson not alone. Le principal, c’est que ça aille vite, vite !
J’ai également utilisé trois manières pour les paroles :
- User et abuser du principe thème et variation, ou comment décliner une idée sans trop se prendre la tête. On le voit bien sur fallin awake, qui est simplement un recueil d’aphorismes contradictoires. Sur mmh mmh, on voit bien également la simplicité de l’idée qui est utilisée tout au long de la chanson, il n’y a pas de réponse à la question, pas de grand principe philosophique sous-jacent…
- Répéter la même chose plein de fois, je n’ai pas hésité à reprendre le premier couplet à la fin, à utiliser les mêmes paroles dans les ponts quand il y en avait deux. Sur don’t hurt me, je n’ai qu’un bout de texte que je répète plusieurs fois.
- Laisser parler mon instinct, utiliser les mots pour leur sonorité plutôt que pour leur sens, comme il me venaient dans la tête. C’est ainsi que beaucoup de chansons n’ont tout bonnement aucun sens ( babe please let me come home, just can’t stand, it doesn’t matter et surtout headset …)
En fait, il y a quand même un truc pour lequel il m’est arrivé de me creuser un peu la tête et de changer d’avis après coup : les introductions. J’aime bien l’idée d’introduire sur une suite d’accord un peu saillante de la chanson, comme une ouverture d’opéra dévoile déjà les grands thèmes de l’œuvre. Aussi, autant que possible, j’ai introduit sur les refrains, sur les ponts ou sur une deuxième moitié de couplet quand elle recelait une modulation intéressante - just can’t stand. Sur certaines chansons pourtant, ça tombait sous le sens d’introduire sur un simple turnaround ou sur les accords du couplet. Sur mmh mmh, pour ne pas attaquer bêtement sur les accords du début, je les ai juste légèrement pervertis afin de mettre en valeur le mode mélodique du début du chant qui me plaisait bien.
Une fois que les chansons étaient dûment composées - il en fallait treize car j’ai décidé qu’il y aurait toujours treize chansons sur mes albums – il restait à les enregistrer.
Vu le concept de l’album, il était essentiel de tout mettre dans la boîte en une seule journée, mixage et mastering compris. C’est ainsi qu’il en fût grâce à la complicité de l’excellent Jano, seul homme assez fou pour oser accepter de travailler avec moi dans ces conditions.
Le jour de l’enregistrement - c’était un mercredi - j’avais à moitié comme une sorte de gastro, ce qui tombait pas mal vu l’idée de l’album, et je n’étais donc pas dans une forme éblouissante. Je me suis néanmoins bagarré pour arriver jusqu’au bout, même si j’ai douté d’y parvenir en enregistrant les parties vocales… Pfou, il a fallu aller chercher l’énergie mais on y est arrivé ! J’ai enregistré au click, c'est-à-dire avec un métronome dans le casque, ce que je n’avais jamais fait auparavant. C’est rigolo je dois dire. Mon pied battait fidèlement la mesure en choisissant de s’abattre pile sur le pied du micro ce qui produisait un tonitruant boum boum à longueur de morceaux. Jano a réussi à enlever ça au mixage !
Pour fallin awake, j’utilise un timbre de voix différent de d’habitude, une voix de tête dont je me sers fort peu en général. Pour les autres chansons, je reste sur ma voix habituelle, gorgée de medium, qui transperce tous les mixes comme dit Jano.
J’ai eu du mal à ne pas rigoler en enregistrant la partie vocale de last song, vu que je voyais la tête de Jano qui découvrait les paroles. Une fois la chanson terminée, j’ai pu laisser aller mon hilarité et Jano a mis ce rire dans la boîte et l’a gardé pour le disque. On l’entend sur les dernières notes.
Pas de partie de guitare ni de voix supplémentaire pour ce disque, pas de rere. Toutes les chansons sont jouables en live telles quelles. Il y a quelques artifices de mixages car Jano et moi adorons jouer avec les échos et réverbérations improbables. Ainsi, pour la chanson it doesn’t matter, nous avons appliqué un effet qui lui fait ressembler à du Nino Ferrer.
On peut noter que l’ordre des chansons correspond exactement à la chronologie de leur composition. Encore une fois, simplicité, premier jet, gazogram …
J’avais encore du boulot puisqu’il fallait s’occuper de la pochette. L’idée de base, c’était de coller ma tronche devant une vibration, toujours l’idée du gazogramme. Bien sûr, là où Evguénie Sokolov répercutait ses vents sur sa toile avec son pinceau, je choisis d’utiliser plutôt une onde sonore et allais la chercher dans les fichiers de la maquette du disque. Je la triturai et l’agrandis jusqu’à ce qu’elle ressemble à ce qu’on voit désormais en arrière plan.
Pour ma tronche, j’avais l’idée de faire une photo mais ne savais pas encore clairement comment, dans quelle position, avec quel costume… Quand je tombai par hasard sur cette photo au flingue, prise un jour pour un article. Elle me plût et je décidai de l’utiliser.
Le flingue était déjà présent sur la pochette de charity beans, c’est un jouet particulièrement réaliste piqué à mon fils. Un peu de bidouille de traitement d’image par-dessus tout ça, un peu de jeu typographique et ma pochette était faite.
Pour l’arrière, je commençai classiquement par la liste des chansons et les mentions légales. J’ajoutai mon logo et celui des fous de Bassan, l’association dont je fais partie, ainsi que les adresses des sites internet. Il restait pas mal de place et j’aurais fort bien pu laisser tout ce vide dont il ne faut pas avoir peur, mais j’entrepris d’indiquer des petites choses que je trouve importantes telles que la date d’enregistrement ou le fait que j’ai écrit toutes les chansons, et le prix de vente (ça me faisait marrer…).
Ça commençait à faire des petites écritures partout et je prolongeai le concept en mettant n’importe quoi n’importe où, au petit bonheur et au gré de l’inspiration. Certaines allusions ne sont pas simples à décrypter, comme ce aaahh mimimi aaaahhh…
Tout était prêt ! J’obtenai l’autorisation de la SACEM, j’envoyai le paquet au fabricant de CD de michel z, il fit son travail avec compétence et diligence, comme toujours, et c’est ainsi qu’aujourd’hui, je suis fier de vous présenter l’enfant rond. Il est en vente au prix de 10 balles, comme indiqué sur la pochette et téléchargeable entièrement en mp3 sur mon site.
J’espère qu’il va vous plaire. Moi, j’aime bien (ça fait déjà un).