les chansons d'enzo ketchup
enzo ketchup est un personnage que j'ai inventé, une sorte de Mr Hyde, anarchiste et érotomane. Un peu lassé, sans doute, des gigs de michel z, je sens en effet qu'un cycle se termine et qu'après presque trois ans de belles aventures, j'ai envie de passer à autre chose.
Alors j'ai travaillé, travaillé, j'ai composé des chansons. Et puis j'ai pris rendez-vous au studio pickup pour mettre tout ça sur plastique selon leur formule de la répète enregistrée. Il s'agit de passer quatre heures au studio et d'enregistrer en direct en réglant le son dans les premières chansons.
Mon rhume des foins me taraudait et nous avions passé une bonne soirée la veille à Blangy le Château avec Jule et LéoMZ, ce qui fait que ma voix était bien fatiguée. Évidemment, ça s'entend sur l'enregistrement (et ça va m'obliger à le refaire), n'empêche, c'était très intéressant. J'ai gravé 19 chansons, dont 15 originales.
bagdad
J'avais eu l'idée de faire cette chanson et de baser le prochain album de michel z dessus avant que ça ne devienne le répertoire d'enzo. C'est la sonorité du mot bagdad qui m'a attiré d'abord, et aussi le contraste lié à cette ville.La résonnance du mot est en effet multiple: c'est la ville du Calife d'Iznogoud, liée à une image de splendeur, aux contes de mille et une nuits, l'or, la richesse culturelle devenue aujourd'hui archéologique.
C'est aussi, bien sûr, la ville de Saddam Hussein, la ville des guerres du golfe dont la deuxième est encore en cours, piège horrible pour Barak Hussein Obama. enzo opte pour cet endroit, le dernier en vérité que tout autre eût choisi, au hasard pour aller se payer du bon temps. C'est l'humour qui est le ressort de la chanson, l'humour de l'absurde.
Les premières versions que j'en ai faites manquaient singulièrement de peps. Je suis donc revenu dessus à la fin de la session au studio.
enzo ketchup
C'est le manifeste d'enzo ketchup, qui parle de lui à la troisième personne. La chanson décrit donc enzo tout en s'en moquant. Il est présenté comme un agitateur un peu vain qui préfère faire du bruit plutôt que de vraiment essayer de changer les choses. C'est une réaction de dépit car ça signifie qu'on pense qu'il est impossible d'améliorer cette tartine de saloperie qu'on appelle la société.Je connais énormément de gens comme ça, qui des fois militent dans des organisations politiques! Il s'agit en fait de pur individualisme empreint de nihilisme. J'avoue comprendre très bien cette attitude, même si je la reconnais peu constructive.
les petites cuillères
enzo ketchup est amoureux (ou alors il fait semblant) et ça le conduit à adopter un comportement absurde. Cette chanson fait partie de celles qui gagneraient franchement à être réenregistrées avec une bonne voix. Je l'ai déjà chantée sur scène, à Langrune et à la fête de la musique, je suis convaincu qu'elle vaut mieux que la présente prise.un moment d'abandon
C'est probablement une des chansons les plus réussies de la liste. Elle s'adresse à un enfant d'enzo ketchup qu'il viendrait d'avoir, et elle n'est pas très optimiste. Je dis "surtout ne fais jamais confiance à personne, c'est peut-être le seul conseil que je te donne". Certains pourraient trouver ça un peu excessif, pourtant, les jours empilent les exemples de petits enculages divers qui prouvent que l'arnaque à la petite semaine est un sport largement répandu de par le monde.Pas plus tard qu'hier, je tombe scotché sur un reportage diffusé par Arte à propos des Sherpas vivant au Népal. Vie dure, montagnes splendides, froid, lourdes charges... On voit une femme prier pour le monde en attachant un foulard blanc sur la rambarde d'un pont. "Vous ne priez jamais pour vous-mêmes?" demande le journaliste. "Jamais", répond-elle, "nous prions pour le monde et nous sommes inclus dedans". Quand j'entends ça, je suis heureux, je pose mon cul sur un fauteuil et je pose la zapette sur la table basse. Ces gens là méritent qu'on s'intéresse à eux, ils ont visiblement beaucoup à nous apprendre.
Un peu plus tard, la même jeune femme fait entrer l'équipe du film dans un endroit où trône un coffre-fort. C'est là qu'est précieusement enfermé un fragment de crâne de Yeti capturé par les sherpas trois cent ans plus tôt. L'histoire est marrante: les sherpas avaient disposé deux bassines, l'une remplie d'eau qu'ils burent, et l'autre remplie d'alcool. Le Yeti, poussé par son instinct simiesque de l'imitation, s'enfila la bassine d'alcool et se pochtronna ainsi la gueule, ce qui facilita largement sa capture.
La jeune femme explique qu'on ne montre absolument jamais la précieuse relique! Elle sort le scalp en assurant bien que c'est tout à fait exceptionnel, surtout devant une caméra. Évidemment, les journalistes donneront de l'argent, comme tous les nombreux gogos à qui on fait le même coup.
On pourrait penser que cette mignonne petite arnaque est somme toute relativement innocente. Personne n'est dupe. Pourtant, je n'arrive pas à accepter qu'on essaie ainsi de jouer avec la naïveté des gens. Ces sherpas, qui paraissent sages d'abord, se conduisent comme de minables petits arnaqueurs de merde, physiquement sur le sommet du monde mais moralement dans le même purin que le reste de l'humanité. Je trouve que salir les jolies légendes comme celle du Yeti, c'est digne de Raël et des ses extraterrestres, c'est minable, minable, minable... Tout ça pour soutirer un peu de putain de chiotte de fric. Mentir, toujours mentir, comme pour bien rappeler à tous qu'il ne faut jamais, jamais, faire confiance à quiconque, jamais!
Voilà où elle en est, cette malheureuse humanité. J'ai pris ma télé et je l'ai tassée dans la cuvette des chiottes avec une masse. Ensuite, j'ai tiré la chasse pour envoyer ces lamentables et leurs montagnes là où est leur place, avec le reste de la lie de la merde que tous les trous-du-cul du monde produisent en abondance, y a pas crise de ce point de vue.
le loto
Cette chanson sans prétention est née d'une conversation sur le loto que j'ai eue avec Jule et Léon un soir de concert. Je n'ai jamais joué au loto ni à un quelconque jeu d'argent, des fois je me dis que je ferais bien une grille juste un coup, pour voir, mais pour le moment, je n'ai pas réussi à franchir le pas, car je me heurte à un raisonnement implacable: la seule façon de gagner à coup sûr est de ne pas jouer!En effet, la française des jeux redistribue une partie de son chiffre d'affaire aux joueurs, elle en garde une partie pour elle (ce qui est normal, c'est une entreprise comme une autre), et elle en donne encore une bonne partie à l'état. Et l'état, ben j'en suis! Cet argent rentre dans le budget qui permet de construire des routes, des hôpitaux, de payer les instituteurs et les autres fonctionnaires... J'en bénéficie! Je gagne donc à chaque fois.
Mathématiquement, statistiquement, un joueur habitué n'a quasiment aucune chance de balancer ses pertes, même si beaucoup sont persuadés du contraire.
Celui qui joue achète du rêve et de l'espoir. Il s'en fout des statistiques! Il espère être celui qui touchera le gros jackpot de dix millions d'euros, comme dans le film "Ah, si j'étais riche!" Et ce jour là, qui viendra comme il en est persuadé, il aura bien raison de les envoyer aux orties les statistiques! Le loto est un jeu totalement individuel du point de vue du joueur, et totalement collectif du point de vue de celui qui l'organise. C'est cette dualité merveilleusement orchestrée qui fait le succès de l'affaire. Même en me forçant, je n'arrive pas à faire semblant d'être dupe. Du coup, les dix bâtons ne risquent pas de tomber dans mon escarcelle, dommage, j'aimerais bien moi aussi!
La chanson joue sur cet espoir du joueur. On découvre peu à peu que sa vie est catastrophique et il pense que le seul moyen de s'en sortir est de jouer (et de gagner!) Après tout, c'est une façon de s'aider à vivre pas nécessairement plus stupide qu'une autre.
Ça reste une petite chanson sans prétention, pas parfaitement réussie - on pourrait revoir encore le texte pour mieux faire monter la pression...
cœur de vaincu
L'idée de la chanson m'est venue après avoir entendu cette phrase "elles donnent leur cœur aux vaincus et leur cul aux vainqueurs", je ne sais pas d'où vient cette formule au départ, mais je la trouve bien balancée. enzo est donc un brillant séducteur mais ne parvient pas à réellement se faire aimer. Sa chair exulte, mais son âme est fatiguée. Il y a d'ailleurs une incohérence avec la chanson un moment d'abandon dans laquelle il s'adresse à son enfant, avec nihilisme certes, mais amour tout de même.Ici, s'il a plein d'enfants, il n'est jamais reconnu comme le père affectif. Ça me rappelle de docteur Skreta de la valse aux adieux, génial roman de Milan Kundera. Le bon docteur rend sa fertilité aux femmes en leur injectant un produit miracle. Il s'agit en fait de son propre sperme car ce sont les maris qui sont stériles sans jamais l'avouer. Du coup, de nombreux enfants se mettent à ressembler au docteur et chacun s'ingénie à voir dans ce grand nez les réminiscences d'un grand-père ou d'un oncle un peu lointain...
Je pense que cette chanson touche quelque chose d'intéressant. Le nombre de conquêtes féminines ou la quantité d'argent gagné sont les plus belles sources de vantardises de comptoir. C'est souvent là qu'on met le plus gros de son énergie, pourtant, on sait tous que ce n'est pas l'essentiel de la "réussite". C'est un des nombreux paradoxes de l'humanité qui font son charme, je trouve.
En terme musical, je trouve que c'est une bonne chanson, avec une modulation rigolote entre le couplet et le refrain. Il me semble que c'est une de celles qui trottent dans la tête.
chair à poissons
Voici une des chansons les plus nihilistes et sombres de la liste. enzo est au bord du suicide et il se représente le banquet des poissons quand il se sera foutu à la flotte. Ça me rappelle le pitch que Jean-Jacques Annaud fit au producteur pour vendre un projet de film : "deux chasseurs, deux ours: le point de vue de l'ours".C'est de l'humour noir, et je suis très fier des paroles de cette chanson. Ça reste néanmoins un jeu avec les mots et l'esprit, je suis incapable de me représenter ce que pense vraiment quelqu'un qui se suicide, ça m'intéresserait de comprendre et je devrais peut-être lire des études là-dessus...
Le détachement que montre enzo, au plus fort de son désespoir, en s'adressant ainsi aux poissons et le signe qu'il n'est pas prêt de passer véritablement à l'acte. C'est juste un moment de répit qu'il s'accorde dans son combat contre le monde et contre lui-même: Et si je me foutais à la flotte? Ce serait enfin le repos, enfin l'arrêt de la douleur, enfin la cessation des emmerdements! C'est un rêve en fait, comme le loto cité plus haut, enzo a quelques marches encore de la vie à descendre, on devine qu'il ne les franchira jamais et que les poissons devront bouffer autre chose. Il se relève donc et repart à l'assaut.
Musicalement, j'ai choisi de faire un blues en mineur et je suis content du résultat. Il me semble que cette chanson est beaucoup trop sombre et cafardeuse pour avoir le moindre succès. N'empêche, je la trouve réussie, et elle a au moins du succès auprès de son auteur, c'est déjà ça!
le joli trottin
Inspiration blues de nouveau, mais plus léger, pour celle-ci. enzo s'intéresse de nouveau à la chair, mais sans succès, cette fois! J'aime bien la musique de ce morceau, avec un turnaround sympathique. C'est tout ce qu'il y a de plus classique, mais c'est du bon blues. Par contre, le chant est perché dans les hauteurs et avec ma voix usée, je suis faux à peu près tout le temps...Elle gagnera à être réenregistrée!
comme nous étions au bistrot
C'est en cherchant des reprises à faire pour enrichir le répertoire d'enzo que je suis tombé sur une chanson de Brassens intitulée Mélanie. C'est un petit chef-d'œuvre du grand Georges qui s'escrima, parait-il, à composer des chansons impubliables pour provoquer sa maison de disque (Philips). Les chansons furent toutes publiées, même les morceaux de bravoure de la hauteur de ce Mélanie ou de Fernande, ou encore de s'faire enculer. On avait si peur de le voir partir pour la concurrence, chez Philips, qu'on lui passait tout! Et le Georges s'en amusait, anarchiste définitif capable de faire dérision de son propre (et involontaire) pouvoir!J'ai fait cette petite chanson d'inspiration brassensienne en son hommage, ainsi qu'en hommage à Pierre Perret et à tous ceux qui aiment les chansons paillardes. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais j'aime bien le passage ou
les femmes qui se soulaient entre elles
Ramenèrent aussitôt leur fion.
Au début, j'avais écrit qu'elles venaient suivre la conversation, ce qui, je m'en suis rendu compte, est carrément machiste! J'ai donc changé mon texte, et maintenant je dis joindre la conversation.
abandonne tes timbres
C'est une des premières chansons que j'ai faites pour enzo. Un blues.
Y a pas, je l'aime bien! Bien anar!
les écolos
Je n'aime pas les écolos! Je l'ai répété sur ces pages et je le redis encore. Je me méfie des écolos presqu'autant que de l'extrême droite. C'est pour ça que j'ai fait cette petite chanson pour me foutre de leur gueule.
Ah, les écolos! Faut être honnête et reconnaître qu'ils sont plus rigolos que l'extrême droite. Cela dit, s'ils arrivaient au pouvoir, je ne suis pas sûr que ce serait plus rigolo. Heureusement, je crois qu'ils en sont à peu près incapables, et quand ils ont eu des postes de ministres, ils s'y sont montrés parfaitement incompétents et ils ont surtout oublié qu'ils étaient écolos.
Dans cette chanson, j'utilise le yodel (comme dans enzo ketchup ) et là encore, ça mériterait d'être mieux fait, avec une bonne voix. Pour le reste, je la trouve bonne la chanson. Elle est à trois temps, avec une rupture de rythme sur le passage en mineur. La construction est valable et la chute est bien trouvée.
la valise
Une bonne chanson, dans un style un peu brelien. Je suis content du texte, même s'il est un poil compliqué, et la musique est originale. C'est une chanson d'amour, finalement très positive et qui prône l'auto remise en cause. Un truc à garder!
n'en parlons plus
Je suis revenu plusieurs fois sur le texte de celle-ci sans parvenir à être totalement satisfait. L'idée de départ n'est pas mauvaise: prendre du bon temps plutôt que de toujours s'affliger des malheurs du monde (et de ses petits malheurs personnels). La construction est bonne, progressive, il y a de l'humour et tout et tout. La musique est simple mais groovante.
Pourtant ce n'est pas une des plus réussies, je ne sais pas pourquoi... Si je le savais, je parviendrais sans doute à l'améliorer.
les cons
C'est une chanson facile, disons le tout de suite! La musique n'est pas très originale, mais il y a un bon rythme. En travaillant un peu, je pense que je pourrais trouver des paroles plus percutantes. Néanmoins, avec ces réserves, ça reste une chanson marrante, il faudrait voir comment elle rend sur scène.
ça y est
La chanson reprend le thème de la précédente, les cons, mais de façon plus puissante à mon avis. La musique est plus rock et gagnerait à être jouée avec une basse et une batterie.
C'est la fin qui ne va pas, elle arrive comme les cheveux sur la soupe, il faut que je revoie ça.
Au départ, je n'avais pas prévu de l'enregistrer celle-là, je venais juste de la composer et je n'avais pas le recul nécessaire. Mais comme il me restait du temps, je me suis dit qu'après tout, je pouvais y aller! J'ai bien fait car l'écoute de cet enregistrement va me permettre, j'espère, de l'améliorer.
mr william
Comme il me restait du temps après avoir enregistré les compos, j'ai gravé quelques reprises du répertoire d'enzo. J'ai commencé par ce truc de Jean-Roger Caussimon, chantée par Leo Ferré. Je la chantais avec Namasspamouss (qui continue d'ailleurs à le faire sans moi).
Je suis content de l'interprétation, même si les défauts de la voix sont encore bien audibles.
le gitan
Je souhaitais reprendre cette chanson avec Jule et Léon, mais demander à Jule de chanter du Daniel Guichard, c'est comme me demander de reprendre du Hervé Vilar, impossible!
Alors ok, je me la garde pour moi! J'aime beaucoup cette chanson et je lui colle un rythme qui me plaît. Avec ma voix éraillée, je trouve que certains passages ressemblent à du Mano Solo. Je pense que c'est une des plus réussies des reprises que j'ai faites ce jour là.
les gentils les méchants
Une des petites chansons de Michel Fugain que j'aime bien. je l'ai testée sur scène avec succès. Le public peut reprendre les mots "les gentils" et "les méchants".
Dans ma version, il y a un passage bancal, à la fin du refrain. Il faut que je retravaille ça!
le déserteur
enzo ketchup se devait de reprendre ce monument anarchiste. C'est vraiment une chanson extraordinaire, et puis on me dit tout le temps que je devrais chanter du Boris Vian.
Lors des premières prises, j'ai eu tendance à accélérer sur le pont, du coup, à force d'y faire attention, je trouve que c'est plutôt le défaut inverse qui apparaît ici (surtout sur le premier couplet).
Pour la fin, j'ai repris la première version que Boris Vian avait écrite et que Mouloudji avait amendée:
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je possède une arme
Et que je sais tirer
Qui me paraissait plus conforme à l'esprit vindicatif d'enzo!
l'avenir d'enzo ketchup
Je ne sais pas ce qu'enzo ketchup va devenir, je ne suis pas sûr qu'il aura un jour une existence scénique significative. En effet, je suis maintenant partie prenante d'un projet de création de groupe pour lequel je réserve les meilleures de ces chansons. C'est sans doute plus là-dessus que je pense m'investir désormais.Dans tous les cas, j'ai bien rigolé avec enzo et j'accroche avec plaisir sa tronche d'anar écorché et obsédé sur la galerie des personnages que j'ai inventés, aux côtés du Dr Goule, Myriam et les Seuls, John King et Alain Tape.