Joli tableau
Le rhume des foins, les allergies, c'est vraiment l'horreur. Pourquoi le bon dieu a-t-il inventé les pollens si c'était pour qu'on ne les supporte pas? Et encore, ça pourrait être pire, imaginez une abeille allergique au pollen! Épouvante! Il ne lui resterait plus qu'à sombrer dans la misère et dans l'alcoolisme... Je vois d'ici le tableau, une pauvre abeille traînant lamentablement au fond de la ruche, incapable de travailler, incapable de voler correctement avec ces éternuements qui la pousseraient en arrière comme un réacteur inversé et incontrôlable... Quelle tristesse! Si j'ai le temps un jour, je créérai une ONG spécialisée dans l'assistance aux abeilles allergiques, si j'ai vraiment rien d'autre à faire. Je pourrais organiser des concerts de soutien, tout ça....Heureusement, je ne suis pas une abeille, et avec la pluie qui nous rabat tout ça au sol aujourd'hui, ça va déjà mieux et je me sens de nouveau capable de gribouiller mes petites histoires sur mon site, c'est qu'il s'en est passé des choses!
D'abord, le mardi 13 juillet, on jouait avec Jule et Léon à Blangy le château. Ça se passait dehors et l'idée, c'était que les gens mangeraient un bon pique-nique pendant que nous donnerions nos Tsoin Tsoin et nos Laï Laï. Normalement, nous étions supposé commencer vers 19h00, mais suite à un changement de programme, je me trouvais n'arriver qu'à 20h30, grâce au fidèle et indispensable Geo au volant de son camion. En plus, c'est moi qui avait tout le matos!
Quand je pense que, pas plus tard que dans le dernier article, je faisais tout un couplet sur le fait d'arriver à l'heure! Et que je t'engueulais tous les gens qui s'y prennent de telle sorte qu'ils ne peuvent qu'être en retard, et voilà que le lendemain, c'est moi qui ai une heure et demi dans la vue, un soir de concert! Ah ben bravo! En fait, ça s'est avéré pas plus mal de commencer plus tard, mais ce n'est pas une raison. Je n'ai plus qu'à me planquer dans un trou au fin fond du Vermont pendant deux ou trois siècles, le temps qu'on oublie tout ça...
Allez, quand on est con, on est con. Il faut assumer et faire face aux justes railleries qui ne sauraient manquer de me tomber sur la gueule, moquez-vous, moquez-vous, je le mérite! Le Vermont attendra d'autres conneries pour que sa population augmente, ça finira bien par arriver...
20h30, donc, et Blangy le château me vit débarquer avec Geo et le matos. Il faut savoir que Jule avait fait l'acquisition d'une pergola, avec des petites loupiotes, afin de donner du corps à notre image scénique. Personnellement, il n'y a que la musique qui m'intéresse, les petits tralalas d'habillage de scène, je m'en tamponne, alors justement, c'est bien que Jule s'en inquiète, d'autant que Jule, il a oublié d'être con, lui!
Bien sûr, il fallait monter le bouzin en plus de la sono. Pis alors moi, pour ce genre de truc, j'ai deux mains gauches! Heureusement que les autres sont moins empotés, l'affaire se fit en deux temps trois mouvements. En plus, Jule avait prévu des lampions avec des bougies, très joli!
21h et des poussières, nous étions prêts! C'était le premier concert que nous faisions avec Nico, le bassiste. Nico est un excellent musicien, il sait tripoter les boutons et il est vraiment très fiable, un type précieux! En plus, il a vraiment le sens du groupe, il fait gaffe à ce qui se passe, vous file un coup de main quand vous êtes perdu et tout et tout. Tous les zicos devraient être comme ça, je sais, mais quand on en trouve un, on est content, c'est bizarre...
Depuis quelques jours que nous répétions, il nous parlait de sa basse fretless qui était en réparation. Moi, je me figurais une basse fretless comme une basse fretless, quoi. Une basse, en fait, mais fretless, vous voyez? Rien d'extraordinaire, en fait. Ce coup-ci, ça y était, elle était réparée la basse fretless, je la voyais donc pour la première fois...
Et ben, c'était une super belle basse fretless, avec une caisse de résonnance et une pique pour être tenue comme une contrebasse (et c'est comme ça que Nico l'utilisait), une splendeur!
On imagine donc bien le tableau : la pergola verte au dessus de nos têtes, avec ses petites loupiottes, Nico derrière avec son bel instrument, Léon et moi de chaque côté et Jule devant (oui, devant la pergola et pas dessous, car Jule est un peu trop grand pour le bidule, hihi), les lampions à bougies par terre, quel tableau!
Imaginer, c'est bien, mais une bonne photo, c'est mieux! Ben oui, je sais, une photo, c'est indispensable dans un article, même une mauvaise, sinon c'est chiant comme c'est pas permis...
Seulement des photos, j'en ai pas! Et pis j'en ai pas, j'en ai pas! Je vais pas en inventer une comme ça, en bidonnant comme un fou à coup de photoshop! Pas mon genre, je ne truande jamais, n'exagère jamais, je montre toujours les choses exactement comme elles sont sans jamais en rajouter ou faire comme ci, c'est bien connu...
Donc je le dis, c'était beau comme tout, ça sonnait du feu de Dieu! Il faut bien me croire, pour une fois, merde! De toute façon il n'y a pas le choix! Et ceux qui ne me croient pas, je les emmerde, pour un coup que je ne raconte pas de conneries...
Le fait de commencer tard fut une bonne chose, après tout. Attention, je ne dis pas ça pour m'auto fournir une excuse ou je sais pas quoi, j'étais à la bourre, j'étais à la bourre, voilà, mea culpa, on va pas y revenir jusqu'à la Noël! N'empêche, à quelque chose malheur était bon et on a fait le concert juste au bon moment. Avant, ç'aurait été trop tôt!
Jule était dans une forme exceptionnelle et nous n'étions pas mauvais non plus, surtout avec le support de Nico. Les gens restèrent jusqu'au bout pour nous écouter alors qu'ils avaient terminé leur pique-nique depuis longtemps, c'était extremely cool.
Dans un concert, il est très courant que quelqu'un vous demande de jouer quelque chose qui n'est pas à votre répertoire. C'est archi-classique et j'aime pas trop. Après, le gars insiste ou non, s'il insiste vraiment beaucoup, il fait péter l'emmerdomètre, ça arrive.
Ce coup-ci, ce fut spécial, l'emmerdeur de service était anglais et commença par le plus beau compliment que j'ai jamais entendu, il nous a dit que nous étions jazz. Alors là, moi, quand j'entends ça, je fais un petit saut en lévitation, youpi, youpla! C'est vrai qu'on swingait pas mal du tout entre ma rythmique et la basse de Nico, en rajoutant les nappes et les mélodies virevoltantes de Léon à l'accordéon et de Jule avec sa clarinette!
Une fois le compliment dûment encaissé (merci, vous voulez un reçu?), le type enchaîna dans la langue de Shakespeare pour nous demander subséquemment de jouer Petite Fleur. Franchement, j'ai vu des demandes plus stupides que celles là. C'est vrai qu'on pourrait très bien jouer ce genre de morceaux, ça nous irait comme un gant à un penis du côté de Tchernobyl, seulement voilà, ce truc, on ne le joue pas!
C'est à partir de ce moment là de l'affaire qu'on observe l'emmerdomètre pour voir 'il est excité. Justement, l'aiguille de l'appareil commençait à sacrément frémir! Soit il y avait une emmerdomètre femelle vachement sexy dans le secteur, soit le type ne savait pas s'arrêter d'étre chiant. La deuxième solution s'avéra, et je le regrette pour la démographie des appareils de mesures chers à Chirac, car le type insistait (et toujours en angliche): "mais si, petite fleur! c'est facile! vous connaissez, non?".
Pour les puristes, les amateurs de V.O., je veux bien vous restituer la bande son out of my head : "iou no? iou no ite? pueutite fluowe? izi no? iou awe djazze, iou no!"
Une bonne fois pour toutes, je tiens à dire avec la solennité de Villepin faisant son célèbre discours à l'ONU et la vigueur de Mike Tyson mettant son adversaire KO d'un seul coup au bout de dix-huit secondes de match, que les morceaux, on ne peut pas les jouer comme ça si on ne les a pas travaillés!
Bien sûr qu'on le connaît, bien sûr que ce n'est pas plus difficile que de jouer au bouchon, mais bon sang, il ne fait pas partie du répertoire! Nous ne sommes pas un juke-box! Et d'ailleurs, même un juke-box, quand il a pas le disque, il ne peut pas jouer le morceau, crénon de diou!
Et le type a insisté et insisté jusqu'à ce que l'emmerdomètre pète! Quel dommage, lui qui avait si bien commencé! Ça doit être un effet pervers des films dans lesquels on voit des gens chanter n'importe quelle chanson, avec une miraculeuse musique d'accompagnement qui semble surgir de nulle part, sans répétition ni rien. Il doit y avoir des gens qui croient que c'est comme ça dans la vraie vie, que Louis de Funès a dansé Rabbi Jacob comme ça, en regardant en temps réel comment faisaient les autres et sans y avoir passé des heures d'entraînement.
C'est beau la naïveté, j'espère seulement que ces gens là ne tomberont jamais sur Terminator, Yamakasi, ou Hostel, ça pourrait faire des dégâts!
Cela dit, l'un dans l'autre, c'était un excellent concert. On trouvera bien un autre emmerdomètre, ça se vend au kilo même quand on en demande pas. Et vivent Jule et Léon, vive Nico, vive Blangy le Château et vivent les castelblangiens!