michel z, Chanteur de Blues > gigs > noir (3 juillet 2010)

noir

Ben merde, alors! Là, je dois dire, me v'là sur le cul et j'en suis carrément à me demander si je ne ferais pas mieux de tout plaquer pour le compte, organiser mes concerts moi-même pour être sûr de ne pas faire prendre de risque à qui que ce soit et jouer toujours complètement seul... Parce qu'enfin, je me pensais à peu près capable de voir si une affaire fonctionnait ou pas, si ça tournait rond et si la sauce prenait.

Par exemple, quand j'ai essayé de jouer avec JC, chanteur actuel des Witch Doctors, j'ai tout de suite vu que ça n'irait pas. Ce n'est pas le talent du bonhomme qui est en cause, d'alleurs il n'y a qu'à voir ce qu'il fait avec les Witch en ce moment, ça tourne du feu de dieu! Simplement, nous n'étions pas sur la même fréquence l'un et l'autre, ça faisait des grisouillis. Après une demi-répète, j'ai abandonné l'affaire.



Je ne suis donc pas du genre à m'accrocher absolument si je vois que ça va de guingois! Mais avec Jule et Léon, je trouvais que c'était tout comme une belle boule de bowling qui roule en zigzagant sur la piste glissante et qui, chlaaak, pète la gueule à toutes les quilles d'un seul coup dans un strike d'anthologie. Et presque à chaque fois! Bien sûr, tout n'est pas toujours parfait, et une malheureuse quille reste parfois debout, comme une pétasse qui veut faire son intéressante...

Mais là, à la Pizzeria de la Forge, à St Denis de Mailloc, le strike, on l'avait! Et puis voilà-t-y pas que les quilles qui traînaient par terre se sont toutes relevées comme par miracle au tout dernier moment et que ça a fini en zéro pointé, au moins en ce qui me concerne.

Je reprends chronologiquement pour qu'on essaie d'y voir plus clair, et si quelqu'un y comprends quelque chose, qu'il m'explique!

On était donc là, avec le groupe et la Mouette (qui a pris les belles photos, merci à elle), pour y faire notre boulot, à savoir, animer un peu tout ça, chanter, faire chanter... Jouer, en quelque sorte, le rôle de l'huile pimentée sur la pizza.

Il me semble qu'on a bien assuré le coup, j'en suis même sûr. Nous avions été reçus comme des rois, bonne bouffe, sourire, joie dans les cœurs et dans les assiettes. Nous avions joué, dansé, fait les cons. Jule, en grande forme scénique, avait ménagé de fort beaux silences théâtraux du meilleur effet, et aussitôt que, d'un signe, il y avait mis fin, une rythmique atomique avait deferlé sur les oreilles des auditeurs comme un tsunami radioactif sur les tentacules sensitives des jupiterriennes qui ont l'imprudence de bronzer en période de tempête gazeuse.


J'avais pété deux cordes, ce qui n'est pas marrant, mais qui m'arrive... mais sinon, je m'étais senti parfaitement en accord vibratoire avec la situation.


Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, à la toute fin de la toute fin de la soirée, quand on en était à boire la dernière goutte du dernier verre avant de mettre définitivement les voiles, quelle ne fut pas ma surprise donc d'entendre le patron dire que je ne collais pas dans le groupe. Il y avait une histoire de couleur, de chapeau noir (pourtant, j'ai le même que Léon) et de blouson aussi. Ce n'était pas cette couleur en soi qui était gênante, mais elle était bien symbolique du fait que je ne collais pas, que je détonais...
Jule et Léon, c'est un festival de couleurs et de pétillance. Au milieu de ça, je n'aurais été qu'un sombre ténébreux plus désolant que le chanteur de Joy Division juste avant qu'il ne se pende.

Ah ben, merde!

J'aurais vu débarquer Casimir en train de jouer au bilboquet avec l'éffigie de zébulon en guise de boule que je n'aurais pas été plus surpris!

Moi qui m'attendais plutôt à des félicitations, aux groupies enamourées jettant leur culotte hystériquement, aux cinglés cupides jaillissant avec des détecteurs de métaux pour récupérer les bouts de cordes cassées de ma guitare afin de les revendre aux enchères super chers dans le monde entier, à la résurrection du général de Gaulle ou même de Louis XIV exprès pour pouvoir me remettre solennellement la médaille de grand croix des arts et lettres, les palmes académiques (pour le côté éducatif de mon jeu) et le mérite agricole par dessus le marché (ben oui, je joue dans la cambrousse plus souvent qu'à mon tour).

Au lieu de ça... non mon petit gars, tu ne colles pas avec le groupe, trop noir...

Là, tu vois, j'ai l'air d'en rigoler comme ça, mais sur le coup, j'avoue que ça m'a dézingué le moral en deux temps, trois mouvements. C'est vrai qu'en ce moment, c'est pas la joie... tout merde, il n'y a jamais personne dans les gigs et j'ai dû en annuler une à la Fabrique (et c'est la première fois que ça m'arrive, heureusement que Ulys et Triste Tropique m'ont sympathiquement, et avantageusement, remplacé!)


Mais il y a au moins un truc qui tourne, c'est Jule et Léon! Bien sûr, c'est sans grande prétention créatrice, mais au moins, on se fait plaisir. Les gens connaissent et apprécient le répertoire, on est bien entre potes et ça marche! Moi en tout cas, j'adore ça.

Alors si on me dit que je détone, que je gêne, je me crois aussitôt maudit jusqu'au trognon. Tout s'effondre ma bonne dame, ça doit être leurs expériences, c'est pas possible...


À la limite, être nul à chier, ça ne me dérange pas trop. Plein de gens très bien sont nuls à chier, et mêmes des génies sont complètement lamentables! Tu prends Einstein, par exemple, d'accord c'était un génie de la physique et tout et tout, mais dans un match de tennis contre Nadal, je suis pas certain qu'il aurait fait trop bonne figure...

Dans un match de foot, il aurait pas été à la hauteur de.. euh... l'équipe de Fr... non, rien, j'ai rien dit, mauvais exemple! Pardon! On recommence, pouf, pouf...

Tout ça pour dire qu'un génie dans un domaine peut très bien être nul à chier dans un autre domaine! C'est juste tout à fait normal! Bon, moi, je suis peut-être nul à chier dans tous les domaines, mais nonobstant ce détail, on peut dire que je ne diffère pas tant que ça d'Einstein.
Dieu a créé des cordes qui pètent, faut être con quand même!

Ce qui me dérange diablement, c'est de n'avoir même pas envisagé cette critique là ! Je suis con ou quoi? Je n'ai rien vu venir, je ne suis pas beaucoup plus fortiche que sœur Anne, proche du prévisionniste économique dans le registre de la nullité, ce qui est tout de même vexant.

D'ailleurs aujourd'hui encore, plusieurs heures après le sinistre, je n'en reviens toujours pas! Incroyable! Ne ce serait-il pas agit d'une faille dans le continuum spatio-temporel qui aurait provoqué un mélange momentané d'univers parallèles? J'aurais vécu quelques instants dans cet univers dans lequel michel z est entiérement noir, qu'il détone complètement à côté de Jule et Léon et que le devoir d'un honnête patron de pizzeria est de lui faire savoir immédiatement, tellement cette vérité fondamentale gueule dans la tronche de tout le monde!

On m'aurait dit:
Vous devriez chanter des compos, les reprises, c'est pas de la création!

Je n'aurais pas été étonné! On me l'a déjà faite 87265242 fois, celle-là, et si je suis toujours en radical désaccord, je peux dire au moins que l'effet de surprise est aussi largement émoussé que la lame d'un opinel auquel on aurait oublié de mettre une lame.

On m'aurait dit:
Tout ça, c'est des vieilleries, faites du rap et de l'electro si vous voulez être dans l'air du temps.

Ça m'aurait paru prévisible! J'aurais répondu, entre deux coups de batte de base-ball pédagogiques sur le crâne du contradicteur, que le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con on est con (j'aurais appuyé mes coups de batte sur le mot "con", comme pour bien marquer l'idée) et que quand c'est bon c'est bon, que ce soit d'hier ou d'aujourd'hui...

On m'aurait dit:
Vous pouvez pas plutôt chanter en anglais?

Que ç'aurait bien été la première fois...

Mais qu'on me dise que je détone autant qu'un litre de nytroglicérine versée dans le nombril d'une danseuse du ventre... merde!

Parce que, si on regarde bien, avec Jule et Léon (et moi), scéniquement, c'est impeccable! Jule, c'est la figure de proue, le fer de lance, la pointe de la navette spatiale, la bite en quelque sorte; Léon et moi, nous sommes les rames du bateau, l'empennage de la sagaie, les boosters de la navette spatiale, les deux petites couilles, comme dans snatch. Sans vouloir me vanter, je trouve que je fais une excellente petite couille! Léon, qui est plus grand, est obligé de s'asseoir, sinon, ça ferait une grosse couille, une couille enflée, on suspecterait des oreillons ou un cancer ou une énorme envie de baiser, mais d'un seul côté...


Voici donc, magistralement, par la grâce de Jule et Léon, la reconstitution de la trilogie sacrée, le triangle mysthique, le trident miraculeux: la bite et ses deux petites couilles, toutes prêtes à orgasmer avec le public dans l'espoir que cet accouplement engendre du plaisir partagé.


Et surtout, n'oublions pas qu'une petite couille a sa fierté! Elle fait son travail de son mieux, elle fournit inlassablement du carburant à la bite, faut qu'ça dépote! Aussi, le fait d'avoir reçu comme ça un seau d'eau glacée façon douche écossaise, alors que la gig avait parfaitement bien marché, ça m'a tout ratatiné la gueule. Je n'étais plus une jolie petite couille pleine de sève, j'étais devenu aussi contrit qu'un raisin sec oublié depuis des mois derrière le placard de la cuisine.

Du coup, j'ai fondu au noir, comme on dit au cinoche. Je suis devenu ce qu'on me reprochait d'être! Alors que si on regarde bien les photos prises par la Mouette pendant le concert, on constate que je suis toute gaite, aussi pétant qu'une fusée de feu d'artifice! Mais après ce coup de Jarnac, asséné en toute fin de soirée, je n'étais plus que l'ombre du pétard, un triste point flou qui s'éloigne comme une petite bouse ambulante et inodore. En plus, j'ai pu gentiment ruminer tout ça pendant tout le trajet du retour, au lieu de m'en foutre et de passer à autre chose, comme j'aurais dû le faire si j'avais été moins con.

Me voici tout prêt à déposer les armes, à rendre mon tablier, à laisser choir, à passer à autre chose, à me lancer dans la politique ou la finance (faut-y que je sois désespéré). Heureusement par le truchement dominical de facebook, qui ne se repose jamais, j'apprends que ce n'est pas quelque chose que les autres ont entendu ou ressenti.

J'ai dû rêver.

Ou mal comprendre.

Si on exclut l'hypothèse de la convergence d'univers parallèles, somme toute assez peu probable, reconnaissons-le, comment expliquer ce cataclysme intérieur provoqué par le battement poussif de l'aile d'un papillon?
J'ai pu tout simplement mal entendre, ou mal comprendre quelque chose. Une blague, peut-être...
C'est peut-être un avis isolé, chacun a le droit d'avoir le sien, qu'est-ce que ça peut bien faire?

Vraie ou pas vraie, blague ou sérieuse, réelle ou imaginée, cette remarque m'a réellement plongé dans le désarroi alors que nombreuses autres remarques m'ont prouvé depuis longtemps que les amis du groupe me pensent bien intégré et utile. Placées dans une balance, ces dernières remarques auraient dû l'emporter si largement que cette petite plume négative n'aurait même pas pu faire frémir l'aiguille.
Je suis devenu complètement parano, tout simplement!


Il faut croire que je ne suis pas trop assuré sur mes bases en ce moment que je craigne à ce point-là que le travail de sape d'une fourmi puisse écrouler tout l'édifice.

Damned, la vie n'est pas facile pour un musicien quand le doute s'installe...