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Les dernières gigs > Cet article n'a rien à voir avec la coupe du monde de foot (12 juin 2010)
Le programme de la gig
Clochette 76
La piave
Les filles du bord de mer
Pelot d'Hennebond
Le temps des fleurs
Esperanza
Padam
Les amants de St Jean
Emmenez-moi
Santiano
La mauvaise réputation
L'ivrogne
Coco Song
Le pieu
La jument de Michau
Petit papoose
L'accordéon
Milord
J'veux du soleil
Les copains d'abord
Les p'tits papiers
La butte Montmartre
L'accordéoniste
La Marine
Amsterdam
Sur le bout du banc
Cet article n'a rien à voir avec la coupe du monde de foot
Dans un groupe, c'est important qu'il y ait de la complémentarité. Prenez, par exemple, Jule et Léomz qui jouent à Trouville. Faut y aller à Trouville, pas vrai? Ça fait des bornes, avec le matos à trimballer, il faut une voiture! Jule, lui, il n'a pas de voiture. Enfin... si, il a une manière de voiture... si on veut... il en a une, en tout cas, ça y ressemble. Bon, c'est rouge, ça a quatre roues, un volant, des portières, un coffre pour caler le matos... à première vue, tout pour plaire! Une voiture, quoi!
Le problème, c'est qu'elle ne roule pas. Non. Ou si peu... Elle veut bien faire quelques kilomètres, et puis elle pète un câble, une durite, elle chauffe, elle bouillonne, la vapeur jaillit du moteur comme un geyser! Il faut attendre une heure ou deux, que ça refroidisse. Puis on effectue une vidange complète du circuit de refroidissement et on remet du liquide spécial, à dix mille dollars la pipette, avant de repartir. Deux trois kilomètres plus loin, on recommence.
Avec ce système, les voyages peuvent durer longtemps. Pour aller à Trouville, par exemple, on compterait environ deux jours. Donc, ce n'est pas possible, car si on ajoute le matos et les vivres pour deux jours, ça ne tient pas dans la voiture (il faut dire qu'on mange beaucoup).
Au contraire, moi, j'ai une voiture! Une vraie! D'abord, elle est rouge (et d'une), ensuite, elle a tout ce qu'il faut, quatre roues, un volant, des portières, un coffre pour caler le matos, tout pour plaire! Une voiture, quoi! En plus, elle a un clignotant vachement pédagogique, dès qu'on le met pour tourner, il fait un bruit d'enfer! On dirait Big Ben qui s'invite sur le tableau de bord, mais Big Ben qui clic-claquerait au lieu de bigbenner, y a intérêt à enfourner les quiès dans les conduits esgourdiers, sinon, les boules!
Du coup, quand on tourne, on le sait! Tout le monde le sait à plusieurs kilomètres à la ronde! Les patrons de bistrot de Trouville sont contents, ils entendent le clignotant et ils se disent "ah, ça y est, ils sont en route!"
Par contre, je ne conduis pas! Ah non! Ce n'est pas parce qu'on m'a retiré mon permis, pas du tout, c'est parce que je ne l'ai jamais eu! Ben non... oh, je saurais, hein, mais j'ai pas le petit papier qui va bien pour valider officiellement le truc. Et puis ça m'emmerde... oui, je sais, c'est bien utile quelquefois, mais ça m'emmerde quand même, j'y peux rien...
Heureusement, Jule, il conduit, lui! Un véritable Michel Vaillant, doublé d'un Fangio Shumarerisé à l'Ayrton Senna. C'est pas dur, il aurait pu être champion du monde de formule 1 pendant les 24 heures du Mans entre Paris et Dakar, mais il a laissé tomber parce qu'il est allergique aux auto collants publicitaires.
Comme ma tire n'est pas sponsorisée, il accepte d'en prendre le volant. Ma voiture plus Jule qui la conduit, c'est ce qu'on appelle la complémentarité du groupe! C'est même pour ça qu'on a fait un groupe ensemble! C'est pas pour des histoires de musique ou de chansons qui sont autant de prétextes. C'est juste parce qu'un conducteur sans voiture et un gars qui en possède une mais qui ne conduit pas doivent fatalement se rencontrer et faire un bout de route ensemble un jour ou l'autre.
C'est donc sans heurs mécaniques, pilotés d'une main de maître dans un véhicule fiable que nous parvînmes à Trouville dans les temps. Résultat: rien de saillant à raconter et mon article ne peut pas vraiment commencer.
Le problème en ce moment, pour nous autres les musiciens et les poètes, c'est la coupe du monde de foot. Ben oui, les gens sont devant leur télé, à regarder les matches, et pendant ce temps là, ils ne sortent plus de chez eux pour aller boire un coup au bistrot en écoutant les saltimbanques qui se plaisent à y troubadouriser. Si daventure ils sortent quand même, c'est pour aller dans les endroits où il y a des télés taille extra big qui diffusent les matches.
D'ailleurs, j'ai promis de ne pas parler de foot pendant la coupe du monde, histoire de ne pas faire encore plus de pub. Je ne dirai donc pas que le soir où nous jouiions au Dickens, c'était USA-Angleterre, 1 partout, je crois...
On va donc brancher nos fils dans des troquets déserts comme Gobi! On s'époumonne les tripes devant des chaises sur lesquelles aucun cul ne se frotte, devant des pistes de danse aussi vides que mon verre, là... oui, je veux bien merci... glub, glub, hhaaaa, je cause, je cause, ça donne soif...
Heureusement, au Dickens, même quand c'est vide, c'est plein! Ce n'était pas la plus grosse soirée du siècle, mais il y avait quand même un taux de densité corporelle supérieur à celui du métro de Shangaï aux heures de pointe.
Léon et moi avions le même chapeau, un peu genre blues brothers (oui, très lointainement, je sais). Je suis sûr que si les Blues Brothers jouaient de l'accordéon, on les appelerait Léon (et si ma tante en avait...)
Ce qui est curieux dans cette gig, c'est qu'on a eu droit à des cris "à poil le guitariste!" Surprenant! D'ordinaire, on s'attendrait plutôt à entendre "à poil, le chanteur!" D'ailleurs, il me semble que c'est plus intéressant de voir Jule à poil que moi. Mais cela dit, chacun ses goûts, hein...
Léon, avec son corps sec et nerveux comme des doigts d'accordéoniste, ça doit être pas mal non plus! Mais là, non, c'était à moi qu'on en avait... Pas de bol, j'avais pas du tout envie de me déssaper. Une autre fois, si l'ambiance s'y prête, pourquoi pas, je ne suis pas contre
a priori, mais là, dans un bar où on espère bien se faire réembaucher, je préfère éviter. Restons sérieux et digne! Le prochain coup, j'irai en costard, tiens.
Apparemment, il y avait une concentration de biologiste au Dickens ce samedi. Pourquoi des biologistes? Ou plutôt des biologues (ce qui est plus court et plus joli, à défaut de figurer dans le dictionnaire, et que nous entendîmes dans la bouche d'une charmante fausse maigre.)
Les biologues, à force de manipuler des molécules un peu bizarres, on se demande s'il ne sont pas devenus un peu génétiquement modifiés.
En tout cas, ils sont festifs! Avec Jule et Léon, nous aimons les organismes festivement modifiés!
En revanche, la jolie rousse de la dernière fois manquait à l'appel, alors qu'elle avait promis de venir! Heureusement, mes fidèles amis B. et M. étaient bien là, eux! Et on leur doit d'ailleurs les photos. Il me semble que c'était la première fois qu'ils entendaient Jule et Léon.
Ensuite, nous sommes rentrés, Jule et moi, c'est à dire lui au volant de ma voiture, tandis que Léon repartait de son côté, se préparant pour accueillir toute la tribu des z chez lui, le lendemain, pour une partie de campagne.
Ce que j'aime bien, quand on rentre avec Jule après une gig, ce sont les bonnes conversations qu'on a dans la voiture. Tiens, par exemple, nous nous sommes pris à comparer
Brel et
Cabrel. Oui, je sais, il faut oser! Ces deux là n'ont rien de commun que le nom, et encore, le Francis aurait peut-être du doubler le préfixe, ç'aurait été encore plus juste.
Je tiens à dire que je n'ai rien
personnellement contre Francis Cabrel, ce sont juste ses chansons que je trouve complètement merdiques, dignes de sa double préfixe, mais
lui, il a plutôt l'air sympa! D'ailleurs s'il veut produire un disque de Jule et Léon, je suis tout à fait d'accord!
Pour montrer avec quelle impartialité je traite le cas Cabrel, je vais exempler sur une de ces meilleures chansons
"La Corrida" ! Sans charre, c'est une de ses meilleures, en tout cas, une des très rares que je supporte sans massacrer le poste de radio à coups de lattes.
Donc, voici les dernières paroles de cette chanson:
J'en ai poursuivi des fantômes
Presque touché leurs ballerines
Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m'incline
Ils sortent d'où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier ?
J'ai jamais appris à me battre
Contre des poupées
Sentir le sable sous ma tête
C'est fou comme ça peut faire du bien
J'ai prié pour que tout s'arrête
Andalousie je me souviens
Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je ne pensais pas qu'on puisse autant
S'amuser autour d'une tombe
Est-ce que ce monde est sérieux ?
Pas mal!
On voit qu'il s'est appliqué, ça sonne tout du long, nickel... Je le disais, une des meilleures!
Ça tombe bien, chez Brel, il y a aussi une chanson sur ce thème, ça s'appelle
"Les Toros". Oh, ce n'est pas sa meilleure, ni sa plus connue (la preuve, tu ne la connaissais pas), on voit donc à quel point je me force à l'objectivité!
Je prends donc les dernières paroles, idem, chez Brel, ça fait ça:
Les toros s'ennuient le dimanche
Quand il s'agit de mourir pour nous
Mais l'épée va plonger et la foule se penche
Mais l'épée a plongé et la foule est debout
C'est l'instant de triomphe où les épiciers se prennent pour Néron
C'est l'instant de triomphe où les Anglaises se prennent pour Wellington
Ah !
Est-ce qu'en tombant à terre
Les toros rêvent d'un enfer
Où brûleraient hommes et toreros défunts ?
Ah !
Ou bien à l'heure du trépas
Ne nous pardonneraient-ils pas
En pensant à Carthage, Waterloo et Verdun ?
Verdun !
C'est tellement plus fort, plus beau! Rien qu'à établir cette démonstration, rien qu'à recopier ce second texte après m'être forcé à le faire avec le premier, je sens des secousses dans ma poitrine n'ayant rien à devoir à ce satané rhume des foins qui me persécute en ce moment.
Une des meilleures de Cabrel enfoncée, écrabouillée façon puzzle, par une des pas meilleures de Brel. C'est là que dans ma soi-disant objectivité, je suis encore plus salaud pour ce pauvre Cabrel, nhyark, nhyark, et ça je le savais depuis le début!
Et oui, la beauté ça fait mal! Ça explique sûrement pourquoi Cabrel refuse soigneusement de s'y frotter! Ça explique aussi pourquoi certains groupes marchent tous seuls et pas d'autres, car la beauté fait peur, elle rebute, il n'y a qu'à voir le succès des émissions du type "star academy"!
Les choses simples, qui ne font pas mal au bide quand elles passent, c'est quand même plus facile à encaisser. Je sais très bien qu'avec Jule et Léon, nous faisons avant tout une musique festive, faite pour foutre le bordel sur la piste mais pas déranger trop dans les têtes. Oh, il y a de très belles chansons de Charles Aznavour ou Edith Piaf (que Jule chante magnifiquement), mais elles sont bien intégrées dans l'inconscient collectif et donc acceptables.
Mais je crois toujours au beau, même s'il est plus difficile à imposer. Qu'on se fasse plaisir avec des
Jument de Michao
ou des
sur le bout du banc, Mamie m'appelle, c'est très bien! Mais jamais nous ne laisserons passer les trucs du genre :
Le quai clairsemé de visages
S'allonge dans le grondement
Des wagons le long du passage
D'un ravisseur indifférent
(...)
Le savais-tu à cet instant,
Qu'on ne se reverrait jamais
Le train est parti lentement
Comme notre amour, au coup de sifflet