michel z, Chanteur de Blues > Les dernières gigs > Deux gigs (4 et 5 juin 2010)

Le programme de la gig du BAM

Big Boss Man
Before You Accuse Me
Nothin In Ramblin
Rollin & Tumblin
Guess Things Happen That Way
The Same Love That Made Me Cry
Spoonful
Gone, Gone, Gone
That's All Right
Hoochie Coochie Man
Rock Me Babe
I'm A King Bee
Bo Diddley
La javanaise
Mojo Working
Jelly Roll
The Death Of JB Lenoir
Witch Doctor
Hallelujah (avec Poppins)
Nobody Knows You
You Shook Me
Spirit In The Material World
Routier (avec Ulys)
Comme à Ostende
Summertime
That's All Right Mama
Proud Mary
Roxanne
Everybody Needs Somebody To Love
What d'I Say

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Le programme de la gig du Picadilly

Clochette 76
La piave
Les filles du bord de mer
Pelot d'Hennebond
Le temps des fleurs
Esperanza
Padam
Les amants de St Jean
Emmenez-moi
Santiano
La mauvaise réputation
L'ivrogne
Coco Song
Le pieu
La jument de Michau
Petit papoose
L'accordéon
Milord
J'veux du soleil
Les copains d'abord
Les p'tits papiers
La butte Montmartre
L'accordéoniste
La Marine
Amsterdam
Sur le bout du banc

Deux gigs

Alors là, je raconte pas la merde. Plus de téléphone à la maison, la ligne est aussi coupée qu'une petite route à 12% dans les Cévennes par temps de neige. Du coup, plus de téléphone fixe, plus de télévision et surtout... plus d'internet!

michel z au BAM

C'est horrible, je ne peux plus mettre mon site à jour, je ne peux plus discuter le bout de gras sur facebook, je suis obligé de voir les gens en vrai! Et causer! Parler avec des paroles et tout et tout, du blabla, de la tchatche, de la vraie conversation à l'aide des cordes vocales et des oreilles... dur! Du coup, il faut bien accompagner tout ça d'une binouze, c'est bien normal et c'est le bon côté de la chose... Parce que la binouze sur facebook, j'y crois pas! Il y a bien des applications qui permettent de s'en jeter une virtuellement avec des copains, mais franchement leur bière est totalement insipide. J'ai beau lécher mon écran, rien à faire!

Toujours est-il que j'ai encore un téléphone mobile, et c'est par ce vecteur que je fus joint par le patron du BAM pour venir jouer ce vendredi. Normalement, c'était le bluesman Howard Lips qui devait officier, malheureusement, le bonhomme était à l'hôpital et avait dû annuler sa tournée en Normandie. Du coup, impromptu, je venais remplacer. Bien sûr, ça posait quand même un problème, c'était que ça m'obligeait à manquer la répète des fous de Bassan, et comme on approche à grands pas du spectacle (qui a lieu le 19 juin), ça craint quand même!
Mais d'un autre côté, je ne peux pas me permettre de refuser ce type de demande. Après des mois et des années de travail de fourmi, j'ai la chance d'avoir un petit réseau qui marche et c'est très important pour moi. Si je refuse trop, on ne me demandera plus... J'avais déjà décliné deux propositions du même genre, pour la même raison...

Me voici donc au BAM, pour remplacer le vieux bluesman malade. Je n'ai pas été fabuleux, sauf sur quelques chansons comme "Jelly Roll", "You Shook Me" ou les trucs de la fin. J'ai du mal avec mon répertoire en ce moment, c'est raide, putain. En plus, Sylvain n'était pas là car il s'était engagé avec JAO au Café de l'Orne le même soir, mais il faut bien que je sache aussi me démerder tout seul, hein. Il faut que je travaille plus, y a pas!

Heureusement qu'Ulys est venu me filer un coup de main avec Poppins. Il a magistralement chanté quelques unes de ses chansons, m'a accompagné sur "routier" et Poppins a aussi chanté "Hallelujah" avec moi. Ça, c'était très bon.


Le lendemain, on jouait à Lisieux, au Picadilly, avec Jule et Léon. C'est le Jule qui nous trouve tous ces plans à la chaîne, il n'arrête pas! Il est partout! Lui, qui n'a pas de téléphone mobile et une voiture avec... quelques problèmes (voir tous les épisodes précédents), il se démerde pour parcourir le pays à pied, à cheval, en tapis volant, je ne sais pas... en balai de sorcière si ça se trouve... en tout cas, il y va! Et il a plein de groupes à promouvoir, l'Air Éthique, les Ratures, Jule et Léon...

Le plus important pour lui, c'est bien sûr l' Air Éthique, le plus personnel, celui dans lequel il chante ses textes et ceux de son ami Alain, des textes qui viennent des tripes! Par contre, ce n'est pas le groupe le plus facile à caser.
Dans les Ratures, il y a le célèbre Arthur et son frère Raph, je pense qu'ils ne sont pas les derniers à aller chercher des dates, en ajoutant cette industrie avec celle de Jule, ça doit donner!
Et puis il y a Jule et LéoMZ, où j'officie. Là, c'est plus facile à caser. Musique festive, sans prétention, disons-le, pour se faire plaisir... les patrons sont preneurs en général!

Pour communiquer, ce n'est pas si simple! Entre Jule qui n'a pas de téléphone mobile et moi qui suis coincé avec mon internet, on fait une belle paire! Il nous arrive d'utiliser Léon comme relais de l'info, parce que lui, le Léon, il a tout depuis sa cambrousse! Entre ses oies et ses pommiers, au milieu de ses abeilles, il est doté de toutes les commodités de communication modernes! Il faut donc imaginer le Léon, grand échalas au milieu de la belle paire qu'on fait avec Jule. Pour peu qu'il s'accroupisse, Jule fera la même taille que moi et on ressemblera vraiment à la navette spatiale sur son aire de lancement, les boules...
C'est comme ça que dans ce petit combo de trois personnes, on parvient à discuter plus difficilement que les chœurs de l'armée rouge...

Bon, j'exagère, parce que mine de rien, on arrive des fois à se mettre au point en un rien de temps, pour un concert imprévu ou une répète au débotté. C'est souvent Jule qui s'y colle pour remuer le ciel et la terre pour que tout fonctionne comme un roulement dans un bain d'huile, il faut lui rendre hommage sur ce fait! Moi qui, en général, me contente d'arriver, de me brancher et de jouer, je lui dis clairement merci!

Grâce à la Fannette et à sa voiture, on a pu s'affranchir des problèmes potentiels de chauffage intempestif de moteur ou de crevaison inopinée (voir tous les épisodes précédents). Je le dis sans ambages, j'aime beaucoup la Fannette! Non seulement elle est super jolie, mais en plus elle est super sympa! C'est toujours un plaisir d'aller en gig avec elle.

Nous arrivons donc dans un Picadilly inondé de soleil. Je tiens à préciser que ce soleil était autant à l'intérieur qu'à l'extérieur car les deux patronnes nous ont fait un accueil mémorable, vraiment très sympa, merci!

La gig s'est très bien passée, avec une montée progressive de l'ambiance jusqu'à l'orgasme! Des amis ont fait le trajet pour nous soutenir, et il y a aussi ceux qui habitent justement à Lisieux, tel l'ami GL, célèbre coureur d'ultrafond qui revenait du Sahara où il a couru 280km en trois jours! Il m'a d'ailleurs proposé qu'on fasse un truc ensemble dans le cadre de ses performances, j'ai dit oui! On en reparlera en septembre.
Il y avait aussi Arthur et ses amis musiciens.

Arthur, on lui a justement proposé de chanter "La Piave" avec nous car il l'interprète aussi avec les Ratures. Quel sens de la scène il a! Il prend tout de suite le public par le colbac et ne le lâche qu'après supplication, qu'après que le dit public ait tout avoué, qu'il soit vaincu et ravi de l'être. Je sais que certains s'exercent à faire des comparaisons entre Jule et Arthur, deux chanteurs des ratures. Personnellement, je ne m'y risquerais pas! Et il est donc totalement hors de question que je signale qu'Arthur est fortement dans le partage avec le public, avec un sens naturel et inné de celui-ci! Jule est plus dans les tripes, celles du fond de son cœur (oui, il est bizarrement conformé), il est à l'intérieur de lui-même (probablement en train d'observer ses tripes dans son cœur, ça vaut sûrement le coup d'œil) et il expulse avec force, par son chant, la tempête qui s'y déroule vers le public. Le public prend ou ne prend pas ce torrent de sentiments déchirés dans la gueule, c'est beau je trouve! Plus dur à faire passer aussi, il faut le reconnaître.

Mais encore une fois, je ne le dirai pas, pas la peine d'insister!

Après cette excellente gig au cours de laquelle trois malheureuses gouttes de pluie ne nous interrompirent pas très longtemps, nous partîmes finir la soirée chez des amis d'Arthur, histoire d'aller taper un peu le bœuf. Je jouai ainsi avec le guitariste et le batteur de Manouska, deux fantastiques musiciens, vraiment très forts. Christian suivait avec sa contrebasse et la Fannette avait dégoté un petit tambourin qu'elle maniait avec dextérité.

Je retrouvais ainsi mon bon vieux répertoire blues, et c'était pas mal!

Une excellente soirée donc, dont la fin se passe dans les limbes éthérés du cosmos, au milieu de mes frères poètes disparus. Il y avait là Gustave le Rouge, et j'étais content de le retrouver, vieux frère! Et évidemment, il marchait bras dessus bras dessous avec Blaise Cendrars.

Un petit saut d'étoile et on voyait Brassens, encore quelques milliards d'années lumière et on tombait sur Francis Ponge. Et ça continuait comme ça, au fil des étoiles et des galaxies. J'avais quand même un peu le mal de mer car on ne franchit pas comme ça des distances faramineuses, à une vitesse supraluminaire sans que ça vous secoue un peu l'estomac.

Pour finir, Jule vint doucement gratter à la porte de mon univers. Grat, grat. Il resta discret dans cette démarche car, sans être totalement au fait de l'heure qu'il était à ce moment-là, je suppose qu'il n'était pas encore temps de réveiller les z. Donc, le Jule, tout doucement, grat grat, sur ma porte...

C'était pour me ramener mon chapeau que j'avais laissé dans l'hyperespace! C'est sympa car c'est mon chapeau fétiche (oui, je suis devenu superstitieux comme une vieille bigote défroquée). Je remercie donc le beau Jule et je me reglisse dans le cosmos poétique en agitant mon chapeau, "hé, les copas, me revoilain!"

De son côté, Jule était reparti vers de nouvelles aventures, ce qui ne l'empêchait pas de s'arrêter bien sagement au feu rouge, même à cette heure avancée de la nuit où les quidams en goguette sont plus rares que les oiseaux marins noctambules.
Justement, au bord de ce feu rouge devant lequel Jule faisait station, un superbe goëland marchait avec cette allure impayable qu'ils ont tous, mélange de "j'me la pète" et de "j'm'en fous un peu de tout ça". Le genre Mickael Vendetta du ciel, sauf que là, il était par terre. Avec la douceur et la délicatesse du papillon qui marche sur des œufs de chenille, Jule ouvrit sa fenêtre sans bruit. L'oiseau n'avait pas bronché. Avec l'habileté que donne un exercice régulier, Jule balança un beau glaviot tout neuf en plein sur la tête du volatile qui n'en revenait mais.
Et nous voilà vengés, lui et moi, de notre mésaventure de Trouville! Bon... je sais... ce n'était pas le même goëland si ça se trouve, et puis la veangeance est punie par l'évêché... N'empêche, bien fait pour sa gueule!