michel z, Chanteur de Blues > Les dernières gigs > Il se passe toujours quelque chose (15 mai 2010)

Le programme de la gig

Clochette 76
La piave
Les filles du bord de mer
Pelot d'Hennebond
Le temps des fleurs
Esperanza
Padam
Les amants de St Jean
Emmenez-moi
Santiano
La mauvaise réputation
L'ivrogne
Coco Song
Le pieu
La jument de Michau
Petit papoose
L'accordéon
Milord
J'veux du soleil
Les copains d'abord
Les p'tits papiers
La butte Montmartre
L'accordéoniste
La Marine
Amsterdam
Sur le bout du banc

Il se passe toujours quelque chose

Jule avait rencontré G. au Niouzz avant de partir au concert. G. n'avait rien de prévu pour sa soirée, et en plus il possède une magnifique voiture qui avait certainement grande envie de se dégourdir les jambes du côté de Trouville.

Jule et LéoMZ au Dickens

Il apparaissait que l'échange de bon procédé était envisageable. G. prêterait son carrosse, Jule conduirait. C'est quoi comme voiture? demanda Jule, Grise, répondit G. . C'était parfait...

Après m'avoir chargé dans la belle voiture grise, nous partîmes fièrement, sans même nous tromper de route, vers les lieux de nos futurs exploits. La belle voiture grise accomplissait son office, volant légèrement au dessus de la route, ne faisant semblant de rien électroniquement aux feux rouges et passant devant les radars automatique à mille deux cent à l'heure sans jamais les faire flasher. Même la poulaga compagnie rangeait ses petits instruments de torture pulmonaire, se mettait au garde à vous et saluait le passage de notre voiture grise. Le réservoir se remplissait au fur et à mesure de notre avancée, les pneus exhibaient fièrement leurs pectoraux à la Schwarzie, le radiateur radiatait, les rétros visaient, les phares emmagasinaient du jour pour le resservir plus tard, la carrosserie grise se grisait, nous citrouillait comme des cendrillons faussement éffarouchées, avant même qu'il fut minuit. Les champs et les bois tous verdurés de printemps couraient de part et d'autre du véhicule en riant de plaisir. Tout allait beaucoup trop bien et Jule et moi commencions à nous inquiéter.

Normalement, quand on va giguer quelque part, c'est minimum une bagnole cassée, trente-huit points sur le permis et quinze jours de gardav en oubliette nucléaire pour insulte et voie de fait, et des tas de petits trucs rigolos du même tonneau. Là, tout était exactement en place pour que ça se passe pour le mieux, sans problème, sans panne ni retard ni rien... Inquiétant, Jule n'était pas tranquille. Et moi, qu'est-ce que j'allais bien pouvoir raconter? Ça donnait presque envie d'aller se flanquer dans un arbre, de foncer tête baissée sur un troupeau de rhinocéros laineux qui aurait eu la bonne idée de traverser la route au bon moment ou de prendre un tueur en série en stop, mais quelque chose, quoi, merde!

Arrivés au Dickens entiers et à l'heure, nous enfournâmes une pizza pur malt et montâmes le matos. Tout gazait toujours parfaitement bien, on se serait cru chez les bisounours.

Nous commençâmes à jouer concurrentiellement avec la fin des diffusions de foot. Ben oui, c'était le dernier jour du championnat, des matches, des buts, des premiers, des derniers, des qu'ont raté le coche, des qui vont faire la fête toute la nuit, des qui sont dans le ventre mou du classement... Tout ça s'étalait sur la télé du bar, et vu comme on était placé, on jouait pour les culs des jeunes qui visionnaient ça. Heureusement que ça n'a pas duré, le risque du coup de botte bien placé grandissait de seconde en seconde.

À la suite des matches de foot, nous eûmes droit à un film avec Johnny, plein de sang, de sexe et de flingages. D'où j'étais, je voyais tout ça très bien, mais je parvins à ne pas me laisser trop perturber ce qui aurait pu avoir pour effet de me pousser à jouer du rock variétoche au lieu de la belle musique de Jule et Léon.

L'ambiance montait très vite, tout marchait, tout passait, tout franchissait vigoureusement la rampe pour aller atterrir sur le public ravi. Ça fait du bien d'obtenir un peu de succès festif...

Les choses à raconter ne tardèrent plus à se pointer. Elles prirent la forme d'une brochette de belles filles, plus séduisantes les unes que les autres, qui se postèrent devant la scène en regardant fixement Jule de leurs yeux enamourés. C'était fascinant, et je crois qu'elles étaient fascinées aussi. C'était dingue! Quantité visuelle négligeable perdue dans la brillance astrale de Jule, je tricotais comme un fou derrière le héros pour lui fournir le tapis rythmique sur lequel il pourrait s'envoler en emportant l'une ou l'autre de ces princesses de mille et une nuits.

Léon n'était pas en reste, ses nappes et ses mélodies venaient saucer ma pompe, la huiler, et Jule flûtait et clarinettait pour montrer à ses admiratrices qu'il était parfaitement outillé.

Les belles venaient danser dans nos câbles comme des petites flammes follettes sur la tombe de la morosité. Leurs yeux s'aggrandissaient exponentiellement au fur et à mesure de la gig, et j'avais quand même peur que Jule finisse par tomber dedans.

Jule, c'est Mick Jagger, c'est Jim Morrison, c'est Freddie Mercury et Tina Turner à lui tout seul! Donc, moi, je suis Keith Richards matiné d'Ike, et Léon, c'est le Ray Manzarek de l'accordéon doublé du Brian May des campagnes.
Je Keithrichardais justement pas mal en matraquant ma rythmique comme un malade épileptique qui aurait confondu ses calmants avec du kérosène nitroglycériné (au tabasco). C'est comme ça que ça marche bien avec Jule et Léon! Par exemple, sur Clochette 76, une compo, je me suis particulièrement fait plaisir, j'ai balancé la locomotive sur toute la longueur, j'en avais mal au bras et aux zygomatiques. C'était bien, bordel, l'orgasme...

Entre deux créatures de rêves se pressant devant la scène pour accrocher le regard de Jule, nous aperçumes les amis de Mockery Box, Joy et Orel, qui nous avaient fait l'amitié de passer nous voir. C'est vraiment le genre de truc qui fait plaisir, j'adore ces deux là (comme tous ceux qui les connaissent).

Et Jule continuait à s'employer devant le parterre des déesses sous mon regard ébahi (et admiratif). Au milieu de cette brochette d'amazone, il y en avait une qui était encore plus belle que les autres, le genre de fille qui devrait pas être autorisée par la loi, que fait la police?

Elle est trop belle
On devrait mettre la censure sur elle


chantait Nougaro, c'était un peu ça. Quand on voit la façon avec laquelle elle regardait Jule, je me demande comment il a fait pour continuer à chanter, c'est beau le métier.

Nous jouâmes et rejouâmes jusqu'à deux heures du matin. Ça pétait des flammes là-dedans, les garçons de café allaient et venaient frénétiquement avec leur truelle pour replâtrer les murs qui ne pouvaient se retenir de s'écrouler sous le tonnerre de l'ambiance. Remarquez que moi, je m'en fous, au contraire, mais ça fait de la poussière sur le matos.

Finalement, on aurait de quoi raconter des trucs! Par exemple, on était dehors avec Jule, histoire d'évacuer un peu de la chaleur du four de la scène, quand un tombereau de merde tomba du ciel sur notre gueule. Il y en avait plein, incroyable! Au début, j'ai cru que c'était un soulot qui me dégueulait dessus ; en fait, c'était un goëland qui venait de chier! C'est dingue ce que ça produit comme fiente, un goëland! Au prix du guano, ça vaut le coup de se lancer dans l'élevage (encore que ça doit bouffer autant qu'un verrat de concours). En attendant, c'est sur mon blouson que la brouette excrémentielle était venue s'étaler. En plus, le bestiau s'était posé un peu plus loin juste après avoir avoir vidangé, et je voyais parfaitement dans son œil qu'il se foutait de notre gueule. Enfoiré! (bien visé, cela dit, on voit qu'il s'exerce.)

Et voilà, la musique, l'aura de Jule, les jolies filles, les amis, Mockery Box, la locomotive du rythme, la merde descendue du ciel, c'est la vie, tout ça...

Après le concert, nous sommes rentrés dans la voiture grise sans crever, sans que le moteur n'explose dans une gerbe de feu d'artifice, sans se perdre dans la profondeur du pays bas-normand... Mais s'il se passe toujours quelque chose, ça ne peut quand même pas être des emmerdes à chaque fois, non?