Tribute to Dominique Voquer
Le trio jouait un morceau ou deux pour lancer la mayonnaise et les saxos et les trompettes commençaient à arriver. Il y avait surtout des saxos, plein de saxos, et de temps en temps une trompette. Je m'en souviens, il y en a un qui s'appelait Elvis.
Il arrivait que l'un de ces saxos joue un peu trop longtemps. C'est comme ça les saxos des fois. On raconte que Miles disait à Coltrane:
- Pourquoi ne prends-tu pas 27 chorus au lieu de 28?
- Je sais, je joue trop longtemps, mais je ne peux pas m'en empêcher, quand j'ai commencé, je ne sais plus comment m'arrêter...
- Tu devrais essayer d'ôter le bec de ta bouche!
Au cours des bœufs à la Poterne, Miles n'était pas là (en tout cas, je ne l'ai pas vu) et c'est Dominique Voquer qui interrompait le bavard. Tout le monde avait sa place.
Il était jeune avec des cheveux blancs. Je l'ai toujours connu comme ça, à mon avis, il est né avec sa moustache et ses cheveux blancs.
Ça se passait au Lux, il a au moins dix ans, c'était une soirée spéciale Chet Baker. On commençait par un film, une gig de Chet dans un club à Paris, je crois, au début des années 80. Chet, à cinquante ans, en paraissait facile soixante-dix. Il bouffait le micro et pourtant on l'entendait à peine. Dès qu'il collait sa sourdine dans le pavillon de sa trompette, pareil, on n'entendait plus rien, mais c'était super beau tout ce qu'on entendait pas, c'était Chet, l'ange grillé par la dope, comme j'aurais bien aimé le voir en vrai.
Janie et Jean-Luc, des Namasspamouss étaient avec moi. Après le film, il y avait un concert autour du répertoire de Chet avec le quartet d'Annette Banneville. À la batterie, jean-Benoit Culot, à la basse... je ne sais plus, et à la guitare, Dominique Voquer. Nous eûmes droit à un concert sublime dans le cinéma. Vers la fin, le trompettiste Christophe Le Loil vint se joindre au quartet. J'ai toujours été fan de ce type là; une grande soirée.
J'ai eu affaire à Voquer trois ou quatre autre fois, pour l'entendre jouer ou pour discuter, vu qu'il avait des responsabilités dans la CulTure. C'était un type sympa, ouvert, sérieux, quelqu'un dont j'aurais bien aimé être l'ami.
C'est lui qui avait fait découvrir le jazz à Manu, le fabuleux guitariste de Clarksdale. Comme c'est le Manu qui, par la suite, me l'a fait découvrir et approfondir à son tour, on peut dire que je dois le jazz à Dominique par Manu interposé. Qu'ils soient remerciés tous les deux pour ça, on peut dire qu'ils n'ont pas perdus leur temps!
Plus directement, il avait aussi essayé de le faire aimer à mme z, avec un peu moins de succès, c'est moi qui écoutait ses compils en douce... Ça ne retenait pas Juliette de beaucoup apprécier le bonhomme.
Depuis toujours, je me promettais d'aller prendre des cours avec lui pour apprendre plein de trucs sur la guitare, des accords, des gammes, des modes. Mais maintenant je ne pourrais plus le faire, il a succombé à une saloperie d'AVC, avec sa moustache et ses cheveux blancs. Salut l'ami.