Non mais, c'est pas vrai, j'y crois pas! Je rentrais de cette session de mixage de "fortune", il se faisait minuit/minuit et demi, bien crevé, et je sors les poubelles sur le trottoir en prévision du passage des gars de l'art le lendemain matin. Il s'agissait des gros sacs jaunes qui correspondent aux poubelles de
tri, à savoir, les boutanches en plastoc (mais pas les bouchons!), les boîtes de conserves de crème de marron Clement Faugier vidées et nettoyées à la petite cuillère, les papiers, quinze tonnes de prospectus publicitaires de merde par jour, tout ça... J'avais mon petit sac à la main et je tâchais de bien penser à ne pas le laisser traîner par terre avec les sacs en déposant ces derniers.
Seulement, voilà, avec tous les trucs à penser, les clefs à sortir, le mp3 à faire fermer sa gueule, pas faire trop de bruit pour pas réveiller les z, et ben c'est exactement ce que j'ai fait! Pas moyen de remettre la main sur ce satané petit sac le lendemain!
Dans le sac, il y avait dix beaux CD vierges comme Jeanne d'Arc que je gardais pour la musique qu'on s'évertuait à concocter avec Jano au studio Melody Music, et un beau livre de Nabe,
Visage de turc en pleurs, magnifique comme c'est pas pensable.
Mais comment j'ai fait pour être aussi con? Et pour tous ceux que je vois venir avec leurs gros sabots mal dégrossis, non, j'avais pas picolé! Je suis con pour de bon!
Je me rassérène en me disant que le pire a été largement évité, les CDs étaient vierges, la musique que nous avions faite avec Jano est restée en sécurité, bien au chaud dans une clé USB au fond de ma poche, quant au Nabe, ce n'est pas le plus difficile à trouver... En effet, pour obtenir certains ouvrages du divin binocleux, il faut vendre père et mère, trahir sa patrie et son dieu, et commettre toutes sortes d'actes que la morale réprouve. Celui-là, non, il s'achète tout connement sur amazon, et si les internautes étaient attentifs, ça fait longtemps qu'il serait épuisé.
Ce qui serait quand même très con, c'est qu'il ait fini dans le gros camion du tri, mis à la même sauce que les prospectus de merde, ce serait trop dur! J'espère qu'un type a tout piqué, attiré par les CDs vierges, et que du coup ça va lui faire découvrir le plus fulgurant écrivain de notre temps. Ça va l'obliger à dévorer tous les autres livres, comme moi, il y passera ses nuits et ce qui reste de ses jours sans pouvoir s'arrêter, bien fait pour sa gueule!
Quant à moi, ben je vais le racheter le roman d'Istanbul, bien obligé, j'ai trop envie de savoir ce qui est arrivé au fils de Zanini après qu'il ait joui dans le nombril en forme de vulve de la danseuse du ventre sur le tapis volant.
J'ai quand même des excuses, parce que j'étais bien rincé par le boulot qu'on avait fait avait Jano sur "fortune" tout l'après-midi et toute la soirée. On avait passé plus de sept heures à triturer les petites pistes pour que ça sonne comme on voulait! Jano avait commencé sans moi, et on a fini tous les deux vers 23h30, les yeux rivés sur l'écran du Macintosh, comme si ça aidait à mieux entendre.
Remonter untel, sauf à cet endroit, baisser truc, mais pas trop, un coup de delay, un coup de reverb, des effets... Jano et moi adorons y aller franchement, une note qui fait chier à la poubelle, une voix un peu fausse à remettre dans le droit chemin à coup de tatane dans le patapoum, un rire à laisser traîner, un coup de percu à décaler d'un micro poil.
La place est laissée à l'erreur humaine, comme toujours, mais il y a des erreurs dont la tronche nous revient plus que d'autres, c'est comme ça, à la tête du client. Et puis, on ose des trucs, jusqu'où faut-il aller trop loin?
Bankruptcy
bénéficie d'une partie de flûte (Romain) et de batterie (Jano) fabuleuse.
Sur
Hold On,
Nico
chante comme si sa vie en dépendait, quand on pense qu'il a enregistré ça à dix heures du matin! La fin est marrante, on se croirait chez John Lee Hooker, sur une de ses versions de
Dimples.
Nous appliquons le son à la Chris Isaak sur la guitare de
friends of my friends, trompette à la Ennio Morricone, un petit poil d'effet sur la voix de
Maria, mais pas trop, le naturel de cette interprétation est l'un de ses atouts, improvisation proche de la performance, superbe!
Jule
nous fait entendre sa belle voix toute juvénile sur
apprentissage, nous n'y touchons presque pas, pourquoi massacrer la beauté?
Sur zoo, nous y allons carrément sur la dynamique des accompagnements métalleux d'Ulys, bien derrière sur le chant, bien devant le reste du temps. J'adore le périlleux solo en cascades chromatiques!
Sur My Dear, les percus sont de nouveau à tomber par terre. Ça groove, bordel! Quant au solo de flûte... que dire? Rien, je ferme ma gueule et j'écoute.
Minimum vital
propose un petit scat que Jano tripatouille jusqu'à le transformer en sorte de solo de trompette pour parodie de film muet.
J'adore le départ de batterie et de clavier de
something unusual, l'effet de crescendo est bien réussi, nous installons un delay progressif sur la voix. Des effets sur la deuxième partie du solo de clavier en accord. La voix d'Alex me transperce le cœur à chaque écoute.
Jano aime bien les paroles de
routier, au moment où je dis "je m'appelle Georges, ça y a pas de doute". Nous faisons de la cousette sur le volume des splendides accompagnements d'
Ulys, un peu moins là, sur le solo de flûte, un peu plus ici, sur les transitions qui sont incroyables.
Sur
rester à dîner, il y a un contraste marrant entre mon agressivité rythmique et la douceur retenue d'
Ulys
empreinte de rubato. Son solo commence par quelques notes hautes suspendues tout à fait étonnantes. C'est beau boudiou. Sur le scat de folie de la fin, nous nous lâchons. L'ombre d'
Ozzy Osbourne
plane au dessus de nous. Ozzy, c'est comme Lemmy, il faut savoir que premièrement il a raison, ensuite on voit.
Lucky
attaque d'emblée. Entre
ZZ Top
et les
Fabulous Thunderbirds, quand je pense que le texte est inspiré de Dino Buzzati!... Ça nous donne l'occasion de discuter des mérites comparés de Jimmy Vaughan et de son frère Stevie Ray. Jano, comme moi, préfère Jimmy, plus roots!
Nous mixons finement les interventions de cuivre avec le trombone d'
Antoine Z
sur
harmattan.
Le dernier morceau s'appelle
i love u, il commence avec des harmoniques somptueuses jouées par Ulys. Nous les faisons bien ressortir. Nous coupons tout un bout de mon solo qui n'apporte rien. Sylvain, mon ami percussioniste, parfait tout au long du disque, est ici tout simplement génial. Jano a aussi enregistré des percus, notamment des cymbales excellentes. Les harmoniques d'Ulys viennent terminer le morceau comme elles l'avaient commencé.
Quel boulot! Il reste le mastering à réaliser, et ça va être encore un sacré truc, mais on va vers le chef-d'œuvre!