michel z, Chanteur de Blues > Artistes et chansons > Rencontre avec Nabe (13 avril 2010)

Rencontre avec Nabe

Les petits z rangés chez les grand-parents, mme z et moi-même abandonnâmes la z house au grand z ainé afin de s'embarquer pour Paris. Nous avions rendez-vous le soir même au Petit Journal St Michel pour écouter Marcel Zanini accompagné notamment de son fils : Marc-Édouard Nabe!
Nous nous rendîmes donc à la gare où je fis l'acquisition du numéro d'Avril de Chronic'Art, excellent magazine qui mettait justement Nabe en une! Il se disait que l'article était bon et quitte à passer deux heures dans le train, autant en profiter pour juger par moi-même.

Au moment de monter dans le train, nous aperçûmes la haute silhouette de Benji, batteur de Noussoundia, qui y grimpait lui aussi, salut camarade! Puis nous eûmes droit à une belle bousculade, quel bordel, et je faillis péter un câble et massacrer tout le monde. Au dernier moment, je me retins, me contentai de planter mes coudes pointus dans les côtes des gens pour parvenir jusqu'à ma place, en virai sadiquement la charmante personne qui s'y était installée alors que c'était moi qui avait la réservation, et fermai les yeux cinq minutes en pensant très fort à Laurel et Hardy pour retrouver mon calme légendaire.


La tour Monparnasse dans le
ciel du Jardin du Luxembourg

Le reste du trajet se déroula sans autre événement qu'une lecture exhaustive et passionnée du fameux magazine, et au bour des deux heures réglementaires, nous débouchâmes dans la gare St Lazare avant de réemboucher dans la station de métro du même nom. Là encore, quel bordel! J'entendais, comme venue d'outre-tombe, la voix du Dr Goule qui me disait :
- j'ai trouvé la solution pour résoudre la cohue dans le métro parisien! Il suffit de... le supprimer, tout bonnement! Plus de métro, plus de cohue! Héhé, je sais, mais il fallait y penser!

Sacré Dr Goule! Je me demande où il est passé, sangdieu.

En attendant, le métro nous emmena entier jusqu'au jardin du Luxembourg. Ben oui, quand on arrive à Paris avec Mme z, on fait comme tout un chacun, des trucs de touristes. Un jour, quand on aura des couilles, on fera semblant de parler anglais, juste pour déconner.

Le jardin du Luxembourg, c'est notre premier truc de touriste. On regarde la gueule que ça a, avec la tour Monparnasse plantée dans le ciel, et on essaie de voir si Matzneff avait raison de dire qu'il n'y remettrait plus les pieds à cause de ça.

La rue Férou
adresse d'Athos

Depuis le jardin du Luxembourg, je me rends systématiquement, et sans me gauffrer, jusqu'à la rue Férou. Je ne me trompe jamais! Moi qui me paume encore à Caen, bien que j'y vive depuis quarante et un ans, je ne rate jamais la rue Férou, je la flaire, je l'ai dans la caboche, longitude, latitude, gravées au burin dans les circonvolutions des boyaux de ma tête. Si un jour je suis perdu de chez perdu, vraiment, vraiment, et depuis longtemps, envoyez les équipes de secours rue Férou, ça devrait marcher.
Mais qu'est-ce qui s'y passe donc de si spécial rue Férou? Ben, c'est la rue d'Athos, tout simplement. Un peu plus loin, il y a la rue du vieux Colombier, adresse de Porthos et de d'Artagnan. Voilà, des trucs de touristes, mais pas la peine d'attendre de belles photos, je ne sais pas faire! Si vous en voulez, il y en a plein internet, les miennes ne servent qu'à illustrer mon propos.


La rue du Vieux Colombier


Le Caveau de la Huchette

Par hasard, nous tombâmes sur la rue de l'ancienne comédie, qui m'évoque Pierre Albert-Birot et mes souvenirs de théâtre.


La rue de l'ancienne comédie


Évidemment, quand on est à Paris, en plein quartier latin, chaque plaque, chaque coin de rue évoque quelque chose d'un peu magique aux provinciaux que nous sommes.

Nous enfilâmes la rue de la Huchette, histoire de reluquer le Chat Qui Pêche. Est-ce bien là, l'endroit qui a accueilli Stan Getz et Chet Baker ? Aujourd'hui, ce n'est qu'un restaurant, pour le jazz, il faut aller voir en face, au Caveau de la Huchette.


Le Chat Qui Pêche

Sur l'île st Louis, ou près de Notre-Dame, nous n'avons pas vu René Miller...

Avec tout ça, il allait être temps de se rendre au Petit Journal. C'est vrai que nous y arivâmes un peu en avance, provinciaux incorrigibles, mais personne ne nous en tint rigueur.



Nous dinâmes dans une ambiance très appréciable. Une cave... en plein quartier latin, avec promesse d'y entendre du jazz... il y avait de quoi nous titiller pas mal d'appétits.
Tout en dégustant mon saumon, je ne pouvais empêcher une question me tarauder in petto : sera-t'il présent? Normalement, il accompagne religieusement son père tous les mois dans cet endroit, mais ne fera-t'il pas une exception justement ce soir?
Avec le succès, le bruit médiatique qui commence à vraiment agiter les branches autour de son dernier livre, l'homme qui arrêta d'écrire, et son concept d'anti-édition, il a peut-être beaucoup de choses à faire...
Je voyais bien la chaise rouge qui ne peut être là que pour lui, avec un micro placé devant qui m'inquiète, il joue de la guitare électrique, non?

Nous étions installés à côté d'un vieux couple et nous sympathisâmes immédiatement. La moitié mâle de cette paire se lança dans une discussion érudite jazz avec la partie tout aussi mâle de ma propre paire, c'est à dire moi! Nous devisâmes sur les hot five et hot seven de Louis Armstrong. Mais qui en était le clarinettiste? Pas Jimmy Noone, ni Barney Bigard (le préféré de Madame), non, c'était Johnny Dodds, bien sûr! Le batteur de Zanini nous rafraîchit la mémoire, lui qui a joué avec Lil Hardin, la femme d'Armstrong. Car les musiciens étaient arrivés et s'installaient! Maître Marcel himself, droit comme un i avec ses quatre-vingt cinq printemps, faisait chauffer ses binious et humectait ses anches. De Nabe, toujours point... mes craintes se faisaient plus fortes, et je tâchais de m'habituer tout doucement à l'idée de son absence.

La musique va commencer. Soudain, une vive émotion m'étreint! Le voilà! Marc-Édouard Nabe, le grand écrivain, le peintre, le musicien, l'homme aux vingt-huit livres, l'homme aux innombrables ennemis, le fils de Zanini!

Maintenant que je sais qu'il est là, je suis apaisé et heureux. Je décide d'aller lui serrer la pogne illico! Il est au bar et je lui dit que je suis son lecteur et admirateur, venu de Caen. Ça l'intéresse et il s'inquiète de savoir si je n'ai pas eu de problème pour recevoir le bouquin là-bas? Aucun, cher maître, aucun!

Je marche sur des œufs, il ne s'agit pas de jouer le fan inconditionnel trop stupidement empressé, je ne pense pas que Nabe apprécie ce genre. Je ne veux pas faire copain-copain avec lui non plus, je ne sais pas très bien ce que je veux exactement, mais aucun bonhomme ne m'a bousculé autant que lui, aussi loin que remontent mes souvenirs.

Mais la musique va devoir commencer, je m'eclipse!

Il s'installe sur sa chaise rouge et entreprend d'entourer les doigts de sa main gauche de sparadrap. Est-ce par qu'il a mal aux doigts quand il joue? Est-ce pour le son? Je ne sais pas, et je m'en fous après tout, c'est Nabe! il fait ce qu'il veut avec ses doigts. La musique s'élève, du magnifique jazz, de l'humour, Marcel Zanini est un formidable saltimbanque et quand je serai vieux, je veux lui ressembler!


Juliette et moi sommes idéalement placés, juste devant le grand saxo-clarinettiste à moitié turc. Nabe gratte le rythme fidèlement, dans sa position préféré, celle de Freddie Green, son maître.

Les musiciens sont tous parfaits, la musique splendide, l'humour fin, le vin excellent, la soirée s'annonce grande!
En plus de sa santé éclatante, Marcel nous épate par son métier et son savoir-faire et savoir-rire. Quand on lui demande s'il peut jouer Fly Me To The Moon, comme s'il était une sorte de Juke-Box à standards, au lieu de s'énerver et de tirer dans le tas, comme moi à chaque fois qu'on me fait ce coup-là, il dit simplement:
- on ne l'a jamais jouée celle là, mais on va vous en faire une autre à la place.

Pendant les pauses, je vais voir Nabe et ses copains. Il y a là un des gars qui font le site extraordinaire www.alainzannini.com. Ça me permet de le féliciter et de le remercier.

Comme je ne veux pas être copain avec Nabe, je fais exprès de lui balancer tous les trucs avec lesquels je ne suis pas d'accord; le problème, c'est que je ne dis que des conneries...
J'exprime mon regret sur le dictionnaire amoureux du jazz qu'on lui a proposé d'écrire et qu'il a refusé. Le gars du site m'explique que ç'aurait été un livre formaté, dans une collection qui comprend des dictionnaires amoureux des chats, de ceci ou de cela, rien à voir avec notre génie. Le dictionnaire du jazz de Nabe, on le trouve ici et là, dans les milliers de page qu'il a écrites. Accepter aurait été une compromission et Nabe n'en fait jamais, comme Thelonious, et moins il a de fric, moins il cède!

Je me rattrape un peu en lui parlant de Monk et de cette émission de 1983 au cours de laquelle il lit son texte sur Monk avant de jouer Ruby My Dear avec l'orchestre de Zanini. Ce texte contient tout le livre de Laurent de Wilde sur Monk, en mieux, et en trois pages! Bien sûr, j'ai entendu parler du livre bien avant de connaître l'article de Nabe, car de Wilde avait eu droit aux médias, lui!

Je lui livre aussi ma vision des dernières émissions de télé.
- Vous étiez meilleur chez Giesbert, car Taddéi vous aime trop!
- C'est une analyse... reconnaît-il.

Sur Facebook, il y a aussi du rififi. Le profil de Marc-Édouard Nabe n'est pas tenu par lui, comme je l'ai toujours su, certains quiproquos naissent de cette affaire et il y a de quoi être irrité.

Entre deux pauses nabiennes, il y a le concert zaninien. C'est un pur délice! Nous sommes aux anges. Bien sûr, c'est du swing, du jazz des années trente, mais Zanini ne craint pas de se frotter au bebop et aux compositions de Monk. Son modèle est Lester Young, un précurseur du bop.

De nouveaux voisins nous sont présentés, et nous sympathisons avec ceux-là comme nous l'avions fait avec ceux-ci. Ce sont des amis de Zanini, ils connaissent donc Nabe, mais n'en sont pas spécialement fan. Avec eux, je n'ai pas besoin de ne pas être copain, je laisse donc libre cours à ma logghorrée.
Nous discutons du dernier livre et aussi des tracts, ma passion les impressionne. Comme Zanini vient près de nous, la femme lui dit que je suis un inconditionnel de Marc-Édouard, avec son accent inimitablement drôle, le grand jazzman dit alors:
- ah bon? ce n'est pas pour moi qu'il est venu?
- oh mais si! C'est aussi pour vous monsieur Marcel!
- de toute façon, je m'y habitue, avant, il était le fils de Zanini, maintenant, je ne suis plus que le père de Nabe.


La tendresse et le respect entre le père et le fils sont palpables à chaque instant. ce n'est pas ce qui est le moins émouvant et intéressant quand on s'intéresse à Nabe. Pour moi qui ai toujours adoré le jazz, cette collusion directe avec la littérature est simplement formidable.

J'oublie de dire que, culotté jusqu'au bout, j'ai aussi filé un disque de michel z à Nabe. Je ne sais pas s'il va l'aimer mais ça n'a aucune importance, ça m'a fait plaisir de lui donner.

Au moment de partir, je glisse une dernière parole d'admiration au fils.
- pour moi, vous êtes Charlie Parker!
- il ne faut rien exagérer...
- si, vous dites les paroles qu'on désesperait d'entendre, même si elles sont dérangeantes quelquefois.

J'abandonne le grand écrivain à ses amis et à son dîner et nous repartons à notre hôtel.

Le lendemain, Paris nous a donné encore un peu de lui, nous croisâmes un superbe Goëland argenté dans l'étang du jardin du Luxembourg, nous en conclûmes qu'il existe une espèce de Goëland des rivières, se limitant peut-être à ce seul specimen...

Dans le train du retour, sans nous en rendre compte, nous partageâmes le wagon avec Isabelle Vauvarin.


Arrivés à Caen, nous nous étonnâmes du nombre considérable de représentants de la maréchaussée, c'était une véritable invasion de flic et de véhicules pour les ranger. Mais que se passe-t'il? La révolution?

En fait, c'était tout simplement à cause du match PSG-Quevilly qui avait lieu au stade d'Ornano.