michel z, Chanteur de Blues > chroniques > Chaudron magique (1er avril 2010)

Chaudron magique

Encore une journée pas possible.

Une épidémie de gastro-entérite meurtrière était en train de décimer la z family, une vraie apocalypse. Je laissai pourtant les z qui n'étaient plus malades veiller sur ceux qui l'étaient devenus pendant que ceux qui ne l'étaient pas encore espéraient que ça ne les prendraient pas en plein ouikène de pâques chocolaté, et je m'en allai bambocher avec Jule.

L'idée, c'était d'abord de se rendre à Courseulles, dans ce bar dit "de la plage" où nous avons des espérances pour jouer cet été. Le problème de faire les choses à l'arrache comme ça, c'est qu'on risque de ne pas tomber sur la bonne personne et d'être obligé de revenir une autre fois, et c'est ce qui nous est arrivé.

Ensuite, nous avions prévu de nous rendre dans ce fameux appartement de la rue Écuyère car je devais récupérer une jatte à teurgoule. Il y avait concert ce soir là, un italien et des américains et suédois. La teurgoule leur était destinée, afin qu'ils découvrent les charmes culinaires de notre contrée.
Jule et moi entrâmes donc dans la ville avec l'intention ferme de garer la voiture et de se rendre sur place afin d'échanger notre bouteille de vin pleine contre la jatte vide. Tant qu'on y était, on écouterait un peu de musique et on ne se coucherait pas trop tard, histoire de faire face aux devoirs qui nous attendaient tous deux dès potron-minet le lendemain.

Mais la ville était en état de siège dépassé, c'était le carnaval étudiant et les remparts de la cité avaient succombé devant l'afflux de personnages colorés, lutins facétieux ou monstres épouvantables qui jonchaient le centre ville, si nombreux qu'on avait du mal à les distinguer de leurs confettis. Les premières victimes de l'assaut avaient été les places de parking et Jule dut longtemps tourner sur le champ de bataille avant d'en trouver une qui respirait encore (et encore, elle était toute petite).

Nous franchîmes bravement les rues mouvantes jusqu'à notre destination et y rencontrâmes les musiciens. En attendant le début du concert, l'hôte des lieux me tendit une guitare et j'eus le plaisir de taper quelques blues tandis que nos troubadours cosmopolites se tapaient le reste de la teurgoule. La fenêtre ouverte vomissait le tumulte estudiantin de la rue qui nous fricassait les tympans comme de l'huile bouillante le ferait d'une peau d'ennemi. Puis les choses sérieuses commencèrent.

Le premier à jouer était l'italien, sous le nom d' Above The Tree. Sa guitare ne payait pas de mine, on l'aurait dit taillée dans un gros bloc de contreplaqué massif. Son curieux accordage ouvert résonnait dans un micro rosace de très bonne qualité qui captait le son de ces cordes pour le diriger vers un ensemble complexe de pédales électroniques et de tables de mixages pleines de boutons sur la gueule. Il disposait du plus joli petit ampli VOX que l'on puisse voir (car un ampli VOX, comme un bon bassiste d'Ulys, c'est aussi agréable à l'œil qu'à l'oreille.)
Voila notre bonhomme qui se met à lancer des boucles plus girondes que les serpentins s'avachissant quatre étages plus bas. Il s'affuble d'un curieux masque de carton mi animal, mi extra-terrestre, mi objet (ben oui, ça fait trois mi, pourquoi?) et perd toute forme d'humanité pour se fondre à son tour dans les volutes sonores qu'il malaxe, derviche tourneur en plein trip flambeur. Sa prodigieuse machinerie fait naître des sons surnaturels sous ses doigts et ses pieds de cuisinier fou à la de Funès. Il tripote, il tripote, éteint celui-ci, rallume celui là, tourne l'un à gauche, détourne l'autre à droite, il descend sa corde grave de deux tons pour claquer une note basse qui résonnera à l'infini. Ses notes aigües sont slurpées à l'envers, son harmonica lance des nappes philharmoniques, il chante comme un oiseau blessé à mort...

Je réalise soudain que je me trouve devant le blues. Le blues du troisième millénaire, John Lee Hooker hybridé avec un robot déglingué par Tim Burton. Une fois de plus, je constate à quel point je suis dépassé par le siècle avec mon groove déjà has been dans les années soixante. Voilà le bonhomme qui joue le blues minimaliste, le vrai. C'est l'hypnose lancinante du healer qu'on me sert et ça marche! Je suis hypnotisé! Pour la vingt-cinquième fois cette année, je me dis que je vais tout changer à ma façon et revoir entièrement ma musique. J'aime ça, vivent les concerts qui vous chamboulent totalement, sinon autant rester chez soi.

Above the Tree

Après ça, je me demande si je ne ferai pas mieux d'embarquer ma jatte et partir, il y a sûrement quelque part un bon tram bien chaud qui serait ravi de me déposer aux marches de mon palais. Mais la nuit n'est pas propice à la sagesse; puisqu'elle est encore jeune, elle peut bien me laisser tendre l'ombre d'une oreille aux groupes qui suivent, juste un peu... pour voir ce que c'est... Malheureux suis-je!

Ce sont deux groupes de folk qui jouent ensemble et qui tournent ainsi à travers l'Europe. L'un est américain et s'appelle In Gowan Ring, l'autre est suédois et se nomme Lisa o Piu. Ils s'installent. Ils sont beaux, tous beaux et belles. Ils sortent d'un livre de conte de fée ou d'un dessin animé psychédélique. Leurs instruments semblent avoir été conçus par les esprits de Brocéliande. Ça y est, je sais où je suis, chez l'enchanteur Merlin! Ma jatte est un chaudron magique! Comment n'ai-je pas vu ça avant?
C'est surement à cause de ses artifices diabolico divin que je pleure, envouté par tant de beauté doucereuse. La musique est tellement douce qu'elle me violenterait presque. La son de la guitare et de la voix de B'Eirth, chanteur d'In Gowan Ring, me chavirent, la flûte, le violon, la merveilleuse basse, les voix des deux belles suédoises, les ondulations de l'autre guitariste, le percussionniste caché dans son petit coin, tout me plaît.

Certains morceaux sont joués plutôt par l'un ou l'autre groupe. Mes préférés sont ceux qui sont joués de concert, ils me remplissent et rien ne me manque plus.

Cette musique n'est pas la mienne et me touche moins directement que celle de l'italien, mais quelle beauté! Merci Merlin!
In Gowan Ring
Lisa o Piu

Il est temps pour moi de rejoindre mon domaine et les miens. J'empoigne ma jatte et fais mes adieux à Merlin jusqu'au prochain enchantement.

Dehors, c'est la folie. Les étudiants occupent toute la place disponible comme un cocktail de couleur le fait du verre qui le contient. Ici, le verre, c'est la ville. C'est plutôt une bouteille, une bouteille à l'amer comme disent les gars de l'Air Ethique. Je ne savais pas qu'il y avait autant d'étudiants à Caen, je ne savais pas qu'il y avait autant de jeunes, autant d'habitants sur la Terre!

J'ai l'air pas mal avec ma jatte, c'est un peu mon déguisement à moi, les jeunes me hèlent Héééé la teurgoule! Je me fais une petite popularité. Tout le monde a sa bouteille, moi j'ai une jatte, désolé mais pour un coup, s'il y en a un qui est moderne et qui a la classe, c'est bien moi! Has been du blues, je suis à l'avant-garde de la jatte, je créée une mode!

Je fais surtout attention de ne pas la lâcher, j'aimerais autant la ramener en un seul morceau sans quoi elle perdrait beaucoup de sa modernité.
Comme je m'éloigne du centre ville, la densité d'étudiant au mètre carré diminue un peu. J'atteins l'arrêt de tram en compagnie de ma jatte et constate, dépité, que le prochain ne viendra pas traîner ses guêtres dans le secteur avant une grosse vingtaine de minutes. Je commence donc mon périple à pieds, d'arrêt en arrêt. Le nombre de minutes qui reste ne diminue presque pas à chaque nouvel arrêt, à croire que je marche aussi vite qu'un tram.

Lisa o Piu
Lisa o Piu

Je finis par poser ma jatte sous l'arrêt du Bvd Leroy. Et j'attends...
Je suis bientôt rejoint par une charmante étudiante dont le déguisement est formé de très légers voiles qui se soulèvent au vent nocturne. Comme elle doit avoir froid!
Avec mes douze bonnets, mes quinze écharpes, mes treize pulls et ma jatte, je suis bien emmitouflé et je n'ai pas froid du tout ; je lui proposerais bien l'une ou l'autre de mes épaisseurs mais je ne sais pas comment elle prendrait l'affaire. Si vous étiez jeune, jolie, frissonnante sous un arrêt que le Tram a oublié et qu'un vieux sale de deux fois votre âge vous recouvrait d'une de ses couches douteuses, vous crieriez au viol et les apparences ne pourraient que vous donner raison, surtout dans notre région où le simple fait de dire bonjour est considéré comme une invite pressante à venir forniquer sur le premier capot de voiture qui se présente. À la rigueur, je pourrais lui prêter ma jatte pour protéger la sienne, mais je n'ai pas ce glorieux culot.

Je la laisse donc se cailler les miches sans intervenir et nous discutons tout de même un peu sans qu'elle appelle la police.

Au bout d'un moment, il devient évident que le tram ne viendra jamais. Je saisis donc ma jatte et mon courage et entreprends un retour pédestre. Notre sympathique apprentie géographe, je le sais maintenant, décide de s'accrocher encore un peu à son attente. Après quelques centaines de mètres, j'entends son pas derrière moi! La fine renarde a pris un raccourci et me salue une dernière fois avant de s'engouffrer dans un virage qui la déposera chez elle. Pour ma part, je continue à suivre le rail du tram en expliquant bien à ma jatte que je ne suis pas géographe, moi!

Enfin rendu chez les z qui dorment à poing fermés, je m'écoute un p'tit coup la démo de l'Air Éthique que Jule m'a justement apportée l'après-midi. Je suis satisfait d'avoir réussi à convoyer ma jatte saine et sauve jusqu'à bon port, je suis aussi heureux et surcomblé de toute cette belle musique. Chose promise...
Another impossible day!

A terrible gastro-enterritis epidemic was on the way to decimate z family, a real apocalypse.

Anyway I left the healed zs take care of the sick one, while those not yet affected were praying god the avoid this annoyance during the eastern week-end. I left them to mess around with Jule.

Our first intention was to visit a Courseulles Bar where we expect to gig during the summer, le "bar de la plage". As we warned nobody of this move, we took the risk to meet the wrong person and to have to come back later. That's exactly what happened!

Above the Tree
Above the Tree
Then we had planned to go into this famous flat in Ecuyere Street as I had to get a teurgoule bowl back. There was a gig that evening! An italian, americans and swedishes. The teurgoule bowl had been made to have them discovered the good taste of cooking in our country.
Jule and I came in town with the intention to park and go there and trade our full wine bottle to the empty teurgoule bowl. As we were here, we could listen to the music and go to sleep quite early because we both had to face our duty the next morning.

But the town was in a state of siege because of the students carnival. The city walls didn't resist to the amount of colored and magical characters, pixies, goblins and awful monsters were strewing downtown. They were so many that it was impossible to tear them appart from their confettis. Off-street parking had been the firt victims of this attack and Jule had to look down the battle field for a long time to park the car in a very small space. We bravely passed through the moving streets until our destination and we met the musicians. Waiting for the beginning of the show, the greeter lent me a guitar and I had the pleasure to play some good old blues while our cosmopolitan troubadour were eating the teurgoule. The open window was vomitting the student uproar that burned our eardrums just like boiling oil do with ennemy skin. Then we got serious and moved on to business : the show began.

The italian guy performed first, under the name Above The Tree. His guitar had no rich outside, looking like a solid block of wood. His strange open-tuning was picked-up by an excellent mic and send to a complex network of electronic devices, mixing tables, foot switches, and to many buttons to enable me to count. He was in possession of a very cute VOX amp; a VOX amp is like a good Ulys' bassplayer, as beautiful to watch as to hear!
Take a look at this guy launching loops everywhere! He wears a strange cardboard mask, mid animal, mid extraterrestrial, mid artifact (this is three "mid", so what?) and renounce to any human shape to be mixed into his own music. He whirls into it as a dervish. His extraordinary set of machines create supranaturals sounds, his fingers and his feet frantically turn this, shut that down, swith another one on like a schizophrenic cooker coming out from a french Louis de Funès comedy. Suddenly, he tunes his low string two tones below to create a bass note that will echo forever! His high notes are played backward, his harp triggers philharmonic waves, he sings like a wounded bird...

Il suddenly realize that I'm in front of the blues. The third millenium blues, an hybrid of John Lee Hooker and a Tim Burton's dilapidated robot. Once again, I see for myself how much the era left me behind with my groove that was already old-fashioned in the sixties.
This is the guy who plays the real minimalist blues. The healer tries to hypnotize me, and it works! It's the twenty-fifth times that I have to change everything in my music. I like that! I like gigs that deeply moves me, otherwise, rather stay in bed...

Above the Tree

After then, I think I'd rather take my bowl and go. For sure, there is a good old cosy tramway somewhere, glad to take me back home and give me back to my queen's arms. But the night is not wise, it's still young and may let me lend my hears to the next musicians... just a little bit... just to know what it is... oh poor me!

Two folks combos play together and tour around Europe this way. One is american and is called In Gown Ring, the other one is swedish and named Lisa o Piu. They set up, they are beautiful, beautiful people. They come out from a fairy tales book, their instrument seems to be made by a broceliande spirit. Ok! I know where I am! At Merlin's place! My bowl is a magic caldron How the hell didn't I notice that earlier?

It's probably because of his magic that I weep, bewitched by so much smooth beauty. The music is so smooth that it almost hurts me. The guitar and voice of B'Eirth, who is the singer of In Gown Ring, delight me. The flute, the fiddle, the marvellous bass, the voices of the the two beautiful swedish girls, the waves of the other guitarist, the drummer, hidden in his corner, everything suits me. I'm in heaven...

In Gowan Ring
In Gowan Ring

Some tunes are performed by one band and other ones by the other band. My favorites are those played by both together. They fill me, I'm... satisfied...
It's not my music. I'm not moved the way I was with the first band, but how beautiful! Thank you Merlin!
In Gowan Ring
Lisa o Piu

It's time to go back home; return to my domain and my people. I take my bowl and say goodbye to Merlin until the next enchantment.

Outside is becoming crazy! Students invade every empty place just as a liquor fill the glas that contain it. In our case, the glas is a bottle, I wasn't aware there were so many students in Caen, so many young people, son many people on earth!

I look odd with my bowl, it's my kind of fancy dress, the kids hail me heeeyyyy Teurgoooooooule ! I become kind of famous. Everybody has got a bottle, I have a big teurgoule bowl! Sorry but this time, I'm in the vanguard. Old-fashioned in the blues, I'm hip for the bowl, I launch a new style!

I care not to let it fall, I would like to keep it safe until the end, otherwise... so much for my new style...
As I move away from downtown, students density decreases a bit. I reach a bus stop with my bowl and notice that the next one won't be there before twenty minutes. I decide to walk a little. Each new stop I reach shows me the same number of minutes to wait, just as if I walked as fast as a bus...

I finally put my bowl down the Leroy Bvd bus stop, and I wait.
I don't stay alone for a long time because a young and charming student girl arrives, dressed very lightely under night wind, how cold must she be!
I got twelve bonnets, fifteen scarves, thirteen sweaters and my bowl, I'm wrapped up warmly and I'm not cold at all; I could lend her one or two of my layers but I don't know how she would take that! If you were young, pretty, shaking under a bus stop forgotten by the bus and if a dirty man, twice as old as you, tried to protect you with one of his layer, you would call the police immediatly, especially in this country! We tend to consider the simple 'hello' given to someone you don't know as an invitation to savage fucking on the firt available car bonnet. I could possibly lend her my bowl, to protect her, but I don't have the nerve to do it.

So I let her freeze without intervention and we manage to chitchat a bit without her calling the police.

After a while, it becomes clear that the bus won't ever come. I take my bowl and my courage ad start to go back home by foot. My friendly geographer, as I know now, decide to wait some more. After a few hundred meters, I hear her steps just behind me! The foxy girl took a shortcut and gives me the last greeting before disapearring in a street supposed to take her home. On my own for sure now, I continue to follow the bus way, explaining to my bowl that I'm definitely not a geographer.

At last at the place where z people are deeply asleep, I listen to the demo of l'Air Ethique that Jule precisely gave me this afternoon. I'm so glad to have my bowl safely brought back, I'm also happy and so satisfied with all this marvellous music...