michel z, Chanteur de Blues > chroniques > Lettre à Éric Naulleau (26 mars 2010)

Lettre à Éric Naulleau

Cher M. Naulleau

Je suis en train de lire "l'homme qui arrêta d'écrire" de Marc-Édouard Nabe, je viens de franchir le passage où il parle de vous. Bien sûr, il vous égratigne un tantinet, il le fait avec tous les gens qui le soutiennent, mais après tout, comparé à ce qu'il fait subir à Philippe Sollers, vous ne vous en tirez pas si mal.
Au delà des formules ("patapouf du PAF"), il pose une question qui n'est pas sans intérêt. À quoi bon vous demander de critiquer des livres qui n'en sont pas? Des témoignages signés, sinon écrits, par des people dont le seul talent est d'être connu? C'est du gâchis, ça vous fait perdre votre temps (ça finira par vous énerver un jour), et surtout vos critiques tombent à côté de la plaque, comme si vous dénonciez la nature merdique d'un etron! Absurde!

Nabe est le plus grand écrivain vivant, je suis très bien placé pour pontifier sur ce sujet vu que je ne connais pas tous les autres. En fait, j'adore parler de ce que j'ignore, c'est d'ailleurs ce qui m'interdirait de prendre votre place, même avec salaire doublé, si on me la proposait. Je serais alors bien obligé de renoncer à ce plaisir pervers mais sans prix.
Nabe est le plus grand disais-je, mais ça ne signifie pas qu'il a toujours raison; quand il a tort, c'est avec génie, voilà tout.

En l'occurence, il me semble qu'il se gourre et ce pour trois raisons.

Premièrement, parce que de temps en temps, entre deux diahrées à gros tirage, Ruquié (orthographe Nabe) vous lance sur un bon livre, tous les deux ou trois milliers d'années. Des fois, c'est pas exprès! Un Kersauson, un Giraudeau...

Et vous voilà enfin heureux et même béatement empêtré dans une de vos contradictions qui me font vous aimer encore plus. En effet, vous usez habituellement votre jeunesse à déconseiller aux acteurs de prétendre écrire de la littérature, chacun son métier.. À Giraudeau, vous ne lui avez pas dit! Vous n'avez pas non plus renvoyé Kersauson à son bateau! Ainsi, pendant que vous attendez le gars qui vous dira "de quel droit?" après que vous ayiez encensé son ouvrage, j'attends le jour où renverrez un acteur à ses films après qu'il vous ait pondu un chef-d'œuvre.
Nabe se gourre aussi parce que c'est quand même bien que quelqu'un signale clairement à la télé la nature merdique de l'étron! Normalement, ça devrait tomber sous le sens, mais à force d'entendre partout que c'est du diamant, c'est le sens qui finit par tomber sans dessus dessous.

Nabe se gourre ensuite et surtout parce qu'enfin on retrouve la vraie critique, ça nous apprend même ce que c'est. Je ne m'étends pas sur cette question sur laquelle vous dissertez vous-même soixante-sept fois par émission devant vos clients, ébahis, qui ont oublié, eux, ce que c'était que répondre à une critique.
Interdire Zemmour et Naulleau, comme le prônent ces malheureux et tant de mes amis, c'est à coup sûr bien plus facile que leur faire face avec la même puissance de feu.

De temps en temps, le miracle a lieu, pas toujours là où on l'attendait. Attali prend la fuite avec mépris, mais Tariq Ramadan, Ségolène, ou Akhenaton (chez Ardisson avec Zemmour) et d'autres relèvent le gant pour notre plaisir. On évite pas toujours les énormités, mais on échappe aux petitesses, c'est l'essentiel. Pour un Michael Youn ou un Doc Gynéco lamentables, on trouve un Christophe Willem qui ne se laisse pas faire. Pour une Calixthe Beyala qui confond la force de la parole avec le gueulage et un Lalanne aveuglé par la colère, il y a une Rama Yade qui nous épate, un Guy Marchand plein de charme...

Un des talents de Ruquier, c'est de constituer des plateaux. Avec vous, Zemmour, Polac, Miller (qui ne peut pas encadrer Nabe), Isabelle Alonzo ou Jean-François Derec, on peut dire que le distributeur de blagues à deux balles a su redonner le goût de la conversation eclectique au téléphages pleins de sucre et de gras que nous sommes devenus.

Cette introduction à la Zemmour devait aboutir à une question: est-ce que ça vous flatte que Nabe vous immortalise ou est-ce que ça vous énerve qu'il vous asticote, vous qui l'avez toujours soutenu?
Ça vous chatouille ou ça vous gratouille?

Bien à vous, cher "Naulleau", comme on vous nomme sur les plateaux.

michel z