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Artistes et chansons > Ça va le Nioouuuuuuuuuzzz? (25 mars 2010)
Ça va le Nioouuuuuuuuuzzz?
C'est un groupe de fous. Il y a les deux frères, Raphaël et Arthur, et il y a Jule et Léon. Ces quatre là constituent
les Ratures, un groupe hallucinant d'énergie, de fête, de joie. Je suis arrivé là dedans tandis qu'ils jouaient
Esperanza, mon morceau préféré. Je suis entré, accueilli par les cris de ces aimables déjantés de la calebasse, ouaaaaaiis, michel zèèèèèède! Ça se passait au Niouzz, évidemment, un Niouzz plein à craquer de fureurs joyeuses et de pétarades orgasmiques.
Dès la fin de la première chanson, ce dingue irrésistible d'Arthur sort le porte-voix qui lui tient lieu de bouche et il lance "ÇA VA LE NIOUUUUUUUZZZ ?", un hurlement lui répond, "OUAAAAAIIIIS!". Ce n'est plus le Niouzz, c'est le niouzénith! Il y a dix mille personnes dans le gigantesque bar et les cinq cents serveurs ne savent plus où donner de la tête. Le groupe jaillit d'un puits de lumière fracassante pour enfiler les chansons comme des perles sur le collier d'un gamin de maternelle surdoué et frappadingue. Une compo, une reprise, une compo, une reprise; en fait, on ne distingue pas les compos des reprises, TOUTES les chansons sont habitées. Les reprises, on les reconnaît, c'est ce qui devrait permettre de les identifier, mais les compos, ON LES RECONNAÎT AUSSI! Même quand on ne les connaît pas! Il suffit de viser la tronche d'Arthur quand il vous plante dans les yeux, et qu'il vous balance la chanson dans la gueule en soulevant le plafond avec ses bras écartés tel un Jésus shooté à la mescaline! Et tout devient limpide, les paroles défilent sur le prompteur de votre caboche comme si c'est vous qui les aviez écrites.
Raphaël bat le rythme avec une régularité qui donne envie d'appeler les secours, Léon virevolte son accordéon en poussant des cris d'oiseau moqueur, Jule crache le feu de sa clarinette gitane, il lui roule un patin magnifique. Ce n'est plus un concert, c'est une partouze!
Soudain, Raphaël se met à improviser les paroles comme si sa bière en dépendait, c'est le Charlie Parker des mots, un vrai jazzeux. Pendant ce temps, Arthur casse la figure de son cajon, il lui monte même dessus pour mieux happer les étoiles, il tient sa gouaille comme un flambeau fiché dans le ciel, il soulève son cœur avec sa main comme une table de la loi anarchiste; avec sa couronne d'épine et son piédestal percussif, je le regarde mieux... Mais oui! Ce n'est plus Arthur, c'est la statue de la liberté! Une vraie, celle-là, une qui a du coffre et pas seulement du coffre-fort, une qui a des poumons, qui crie ! Une liberté qui ferme sa gueule, vous avez déjà vu ça, vous?
Jule arrache les boutons de sa chemise déchirée, les filles crient, les gars hurlent, il chante "coco song" et Raphaël me saisit par la casquette pour me donner sa guitare comme il aurait vendu une fille à cent sous. Léon enchaîne les triples saltos, son soufflet réussit à assurer la survie respiratoire des innombrables corps compressés dans le bar. Les murs tremblent sous la fureur et la jouissance, ils crouleront bientôt et on aura plus de place.
ÇA VA TOUJOURS LE NIOUUUUUUUUZ ?
OUAAAAAAAAIIIIIIIIIIS
À la fin, la casquette fait le tour du monde et revient dégoulinante comme une fontaine à pognon. Léon compte les sous et empile des gratte-ciels monétaires, on dirait l'Empile State Bling Bling. Ça paiera l'essence, les cordes de gratte et les coupes corréziennes chantilly (c'est le nouveau nom du Picon bière bien noir).
Moi, j'adoooooore les concerts au Niouzz, celui-là, il était génial. J'ai aimé! Ça s'est vu dans l'article? À la fin, c'est pas dur, je me suis écroulé sur le sol, sanglant de bonheur, il a fallu passer la toile après moi. On m'a ranimé avec une Loburg, une tranche de jambon et un morceau de pizza mozzarella (c'est normal, il apprécie lui aussi).
Je suis rentré chez moi, les rues étaient désertes avec un silence chiant comme une gastro. Au bout d'un moment, j'en ai eu marre de ce calme aussi plombé que la queue de billard d'un Hells Angels à Altamont en 1969, je me suis planté au beau milieu de la rue et j'ai gueulé:
ÇA VA LE NIOUUUUUUUUUUUZ ?
OUAAAAAAAAIIIIIIIIIIS!!!!