Je suis devant mon ordinateur, mon écran rectangulaire s'inscrit dans l'ovale de mes lunettes. Rien d'extraordinaire, c'est là que je passe le plus clair de mon temps, quand je ne bouffe pas, quand je ne dors pas, quand je ne fais pas l'amour, quand je ne joue pas de trompette ni de guitare, quand je ne chante pas, quand je vais pas chercher mes enfants à l'école, quand je ne vais pas écouter un concert quelque part, quand je ne regarde pas un film de Tarantino, quand je ne suis ni dans le bus, ni dans le tram à lire du Céline ou un tract de Nabe et à écouter du Django et du Monk, quand je ne prépare pas la bouffe, quand je ne suis pas aux chiottes à lire Iznogoud et Scrooge McDuck, quand je ne suis pas à la piscine, quand je ne suis pas en train de toiler le salon, ni en train de faire les courses à Carrouf, quand je ne surveille pas les devoirs de la petiote ou le trombone du petiot, quand je ne suis pas à la répète de théâtre avec les fous de Bassan, quand je ne regarde pas "C dans l'air" (ce qui m'arrive de plus en plus souvent), quand je ne me prépare pas un café, quand je ne vais pas écouter mon grand qui joue du métal en fusion, quand je ne suis pas à boire une binouse dans un de mes bistrots préférés, quand je ne marche pas dans la rue enveloppé d'un froid piquant en méditant, quand je ne suis pas en train de jouer du blues quelque part...
première réunion au Niouzz
Je suis devant ce putain d'ordi. Soit au boulot, à attraper les ballons de rugby de celui qui court juste devant moi et à les repasser à celui qui court juste derrière dans un beau mouvement de bras fluide et ample; soit chez moi, à écrire, composer, échanger, écrire, bidouiller des images, triturer des vidéos, écrire surtout, écrire, enregistrer, écrire, des articles, des chansons, des tracts comme Nabe, des bouquins, des poèmes, des lettres, des injures, des petites phrases, des fautes d'orthographes, des phrases lourdingues pleines de répétitions moches, des alexandrins, des mails, du code html, des idées...
Nous sommes le 16 janvier 2010 et pour l'heure, j'ai le doigt tendu juste au dessus de la souris, comme un sexe en érection, et je me demande si je vais l'abattre sur le bouton gauche. Si je le fais, ça validera la création d'un groupe sur facebook, et j'ai un petit moment d'hésitation.
point presse
Tout à commencé quand quelqu'un a émis l'idée de faire un concert, tous autant que nous étions, en faveur d'Haïti, d'organiser quelque chose. Ça se passait sur facebook, donc, c'était Maria qui avait eu cette idée. Et voilà que sur un coup de tête, je décide de réagir, de m'y mettre, de lancer l'affaire. Je créé donc le groupe "pour l'organisation d'une gig en faveur des enfants d'Haïti", je fais tout bien comme il faut et voilà... je n'ai plus qu'à cliquer sur le bouton pour valider, envoyer des invites à tout le monde et laisser la sauce monter. Je le fais ou je le fais pas?
Quand je fais quelque chose, je sais très exactement pourquoi, c'en est maladif. Ça m'arrive de dire "je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça", mais c'est histoire de causer, en fait, je sais toujours.
Je sais quels sont mes objectifs dans la vie : me faire plaisir et accéder à la conscience (je ne parle pas de l'objectif de survie que je considère tacite). Je ne fais rien d'autre, ou alors je le fais mal, en traînant la patte. Pour chaque chose en particulier, je connais en détail ce qui me pousse à avancer, dans le cadre de ces objectifs. Par exemple, comme j'écris le présent article, mon moteur utilise deux carburant:
- la volonté d'être le plus exhaustif possible sur le contenu de mon disque dur cervical
- l'envie de faire un truc tellement long et illisible que seuls mes plus fervents aficionados auront le courage d'aller jusqu'au bout.
C'est mon plaisir pervers que je trouve là, quant à ma conscience, je saurai dans un siècle ou deux, une fois devenu sage, si ça a contribué.
Qu'est-ce qui me pousserait donc à cliquer sur ce satané bouton et à créer ce groupe? Pourquoi je ferais un truc pareil?
- parce que ça me botterait grave de faire un concert entre potes avec tous les musicos qui tricotent des guibolles dans la même fourmilière que moi.
Jule et Léon
- parce que j'ai besoin de me prouver à moi-même qu'on peut organiser quelque chose efficacement en appliquant les règles de gestion de projet que j'ai apprises et que tous ceux qui suivaient le cours avec moi ignorent superbement, comme si c'était purement théorique et en dehors de la réalité.
- parce que j'ai besoin d'accomplir quelque chose de ce genre là pour mon auto-estime.
Quoi? Pas un mot pour Haïti là-dedans? Ben non! Haïti est juste un prétexte fédérateur. Je plains très sincèrement les habitants qui ont tellement souffert et qui souffrent encore et encore, depuis des siècles et sans doute encore pour longtemps. Je compatis de tout mon cœur avec eux, mais je crois, bien au fond de moi, que l'humanitaire n'est qu'un des visages du colonialisme. Ces pays crèvent du colonialisme plus que de tout autre chose, bien plus que du plus meurtrier des tremblements de terre. C'est une des raisons qui me font hésiter à cliquer sur ce bouton.
Ça ne me fait pas hésiter tant que ça, car quand on passe en bateau à côté d'un type qui coule, on le récupère d'abord et on se demande si on a bien fait ensuite. Il faut assumer ses incohérences.
Avec Namasspamouss, nous avons joué en 2006 pour une association qui s'occupe d'aider les enfants sur le long terme, SIDEL Haïti. C'est parfait pour mon affaire, je m'occupe du concert, ils se démerdent avec les sous.
Si j'hésite donc à laisser mon doigt débander, ce n'est pas parce que je ne sais pas ce que je veux, c'est parce que je suis assez mauvais pour mesurer les conséquences. Si j'y vais, si je laisse mon coup de tête s'abattre, qu'est-ce que ça va faire? Qu'est-ce que je risque?
JZB
Si j'étais Jeremy, je pourrais deviner le sort promis. On peut imaginer que beaucoup de groupes vont répondre à l'appel, bien plus que ce que je prévois, et même des groupes que je ne connais pas du tout mais qui ont envie d'y aller. Ce serait dingue!
On peut se figurer que le groupe attirera du monde, jusqu'à une centaine de personnes... Je ferais alors des réunions au Niouzz, selon ma méthode, avec des objectifs précis pour chacune d'entre elle. La première serait grosse, on lancerait le projet. Des membres de chaque groupe seraient là; on mettrait au point le programme, on se mettrait d'accord sur le prix d'entrée, sur la salle, sur les principes. Il y aurait un groupe (Hygiaphone) qui proposerait de faire toute la sono pour tout le monde, avec son matériel et son sonorisateur, Bertrand, ce qui résoudrait dix mille problèmes d'un coup. Il y aurait un type que j'aime par dessus tout, Ulys, qui écouterait bien sans rien dire et qui sortirait soudain l'idée géniale de faire deux pôles de concert distincts pour les gros groupes et les petites formations acoustiques. Il y aurait une femme, Isabelle, qui offrirait l'aide de son association, qui s'occuperait de la SACEM et des autorisations. Il y aurait des filles, Sylvie, Françoise et Poppins qui prendraient en main la question de la buvette et de la restauration. Et il y aurait des groupes bien sûr, plein de groupes, trop de groupes.
Namasspamouss
Après cette réunion, je pondrais un compte-rendu précis, comme je sais faire. Je serais aussi obligé de dire "non" à deux groupes, ce qui me crèverait la tripe, et ce qui serait une bonne raison de ne pas cliquer. Mais les groupes seraient des seigneurs et ne me feraient pas sentir le poids de leur hire sur mes pauvres épaules.
J'enverrais des messages à tout le monde sur facebook, les choses se mettraient en place assez miraculeusement.
Je ferais une seconde réunion pour parler buvette, restauration et communication. Pour la partie buvette et restauration, tout se passerait comme dans un rêve, par contre pour la partie com...
On peut imaginer des tas de choses. Et si quelqu'un, absent à la première réunion, et n'ayant rien dit jusque là, mais fort compétent, plus que la plupart des autres sur les questions culturelles, plus que moi en tout cas, se mettait à remettre en cause les décisions déjà prises? Trop de groupes, droit d'entrée trop faible... Si ça arrivait, alors je pourrais devenir presque cassant et dire clairement mon principe, celui que j'ai appris. Pour prendre une décision, on lance les propositions, on débat, on réfléchit, on défend son point de vue et on vote pour finir. Une fois que tout ça a été fait lors de la réunion prévue pour, avec tous les gens dûment invités pour, on passe à la suite et on ne revient pas dessus, sinon c'est sans fin et ce n'est surtout pas très démocratique.
Namasspamouss et michel z
Je préfère une démocratie qui se goure à un totalitarisme qui a raison, je suis comme ça. En plus, je pense que ça permet d'arriver en haut de l'escalier, on gravit une marche après l'autre. Si on se demande, arrivé à la cinquième marche, si on a bien franchi la première et qu'on se retourne et qu'on réessaie pour voir, on se casse la gueule.
On finirait donc par parler de l'affiche et il y aurait pas mal de discussions. Heureusement que le gars qui serait chargé de s'en occuper est de bonne composition. Il écouterait tous les avis et en tiendrait compte sans s'offusquer. Ce serait donc un type qui partagerait mes convictions sur la démocratie, c'est beau! Ce serait aussi un photographe exceptionnel, mais c'est une autre histoire et j'en parlerai plus tard.
On me ferait aussi un caca nerveux à cause du manque de visibilité sur les associations. Que font-elles? Qui sont-elles? Le maigre lien Internet que j'ai placé dans le groupe facebook ne serait pas suffisant. Je me trouverais bien emmerdé, car après tout, ils ne m'ont rien demandé ces gens là, est-ce que je peux venir les faire chier comme ça, faire leur bonheur malgré eux? Voilà qui va me coûter. En même temps, je ne pourrais que m'avouer, en mon fort intérieur, la pertinence de cette défécation hystérique. On ne peut pas donner de l'énergie, du talent et de l'argent à des associations si on ne sait même pas ce qu'elles font. Je ne pourrais pas demander aux gens de s'investir sans leur donner les billes nécessaires... C'est absurde et totalement logique en même temps, dois-je vraiment cliquer?
Au final, j'aurais de la chance, comme j'en ai pris le parti depuis longtemps, et les choses s'arrangeraient au mieux avec SIDEL, ça me ferait pas de mal de me secouer un peu là-dessus.
Clément, de l'Air Éthique
Je ferais un site internet pour lequel je m'astreindrais démocratiquement à demander les avis et à en tenir compte. Ça me changerait du mien pour lequel je ne fais que ce qui me chante. J'apprécie fort qu'on me corrige les fautes d'orthographe mais j'envoie balader les critiques. C'est mon site et je fais ce que je veux bordel.
Mais là, pas du tout, c'est le site du collectif!
C'est quand même bien de savoir tout le temps exactement où on va et dans quel cadre. Je sais quand je suis démocratique et quand je suis autocratique. Je sais quand je suis collectif et quand je suis individualiste. Pour mon disque en cours par exemple, je suis totalement autocratique. C'est MON disque, je suis heureux que plein de gens y participent, mais il n'est pas question de démocratie, à prendre ou à laisser. En revanche, pour la gig Haïti, c'est un travail de groupe. Si je ne suis pas d'accord avec la majorité, j'applique la décision du groupe, de toute ma force! Ça surprend, des fois, ce solide compartimentage, mais pour moi, c'est très clair. Je ne me trompe donc jamais... sauf quand j'ai tort bien sûr.
Une troisième réunion serait consacrée aux bénévoles. Le monde ne s'y bousculerait pas, à ma surprise. Mais on avancerait très bien et tout serait parfaitement mis au point. Il faut voir le boulot qui serait fait par Domi, Marie, Françoise et tant d'autres que j'oublie ou dont je ne connais pas le nom. Au final, il y en a un qui ne foutrait rien, c'est moi!
Rentré chez moi, j'aurais l'envie subite de me mettre moi-même au défi et de réaliser un compte-rendu très fidèle... entièrement rédigé en alexandrins, avec des rimes pas trop pourries quand même. Le plaisir que j'en tirerais serait intense. Mais les candidatures aux postes de bénévoles seraient un peu rares et longues à venir et il faudrait trois relances pour compléter l'effectif... avec succès donc!
Ulys et poppins
Rien n'arrive jamais sans fausse note, c'est ce qui me fait hésiter à baisser mon levier digital sur le furoncle de ce rongeur en plastique. Il y a toujours des fêlures, et le plaisir ne saurait être total. On pourrait supposer que ce coup de doute surviendrait à propos de la com.
Et si on me disait ce qu'il faut faire pour maximiser les chances de succès "commercial" de la gig et que je m'apercevais que c'est une montagne pour moi? Du genre de montagne que je n'aurais pas de plaisir à gravir? Et si on me faisait comprendre que lancer une affaire comme celle-là rend le lanceur responsable de ce succès auprès des participants et qu'il doit donc s'impliquer jusqu'au bout. Si toutes les personnes qui travaillent comme des fous, tous les groupes qui s'impliquent se retrouvent devant une salle vide, ce sera de ma faute. C'est terrifiant. Ça ne colle pas du tout avec mes objectifs, plaisir et conscience, il n'est pas question de
devoir là-dedans. Je m'en fous, du devoir, je m'en torche le cul, c'est le plaisir que je porte à ma bouche. En plus, il me semble que tout le monde est impliqué, tout le monde est coupable de la réussite comme de l'échec, pas uniquement celui qui aurait cliqué sur ce maudit bouton. Alors, j'y vais ou j'y vais pas?
Les Kidney Beans
Mais tout s'arrangerait car mon adorable contradicteur, comprenant mon désarroi, prendrait les choses en main avec une efficacité et une compétence qui me laisserait pantois. Presse, radio, télé, tout y passerait. Je ne cause pas très bien sur les ondes personnellement, mais Maria et Poppins feraient un gros numéro, ainsi que le président de SIDEL Haïti. Je n'oublierais pas de citer Coco dans cette affaire, quelle contribution de notre bistrot woman préférée! Hallucinant! On aurait même la pub chez Twisto grâce à Daniel, des Don Quichotte.
Sur facebook, ce serait la folie. Les invitations pour la gig se multiplieraient, j'en recevrais moi-même une bonne dizaine. Tout se mettrait en place.
Désireux de me reposer de la démocratie, je reprendrais le boulot sur mon disque et organiserais enfin la première journée de studio, une semaine avant la gig. Tout se passerait excellemment bien.
Isabelle Vauvarin et michel z
Puis le jour J arriverait. Il y aurait les petites merdes de dernière minute, Leo Xeno qui me demanderait de changer son heure de passage du matin pour l'après-midi; je dirais non, bien sûr, fidèle à mes principes démocratiques, je ne flanque pas au feu une organisation approuvée par le groupe. Il manquerait les câbles et les micros à la sono prévue pour les groupes acoustiques, mais avec Ulys, l'Air Éthique et Leo Xeno, on pallierait au manque. Voilà, c'est tout ce qu'il y aurait comme souci. Pas mal. Croyant chercher les fils promis par Alain de l'Air Éthique, j'irais farfouiller et foutre le bordel dans la boîte de pédales de Clément, le guitariste. Si jamais je clique et que je fais ça, Clément, pardonne-moi! J'ai horreur qu'on touche à mes fils, alors j'aurais bien honte de le faire à mon tour...
J'écoute Nabe comme j'écris cet article, Nabe interviewé par Jamel Debouzze sur radio Nova en 1998. Nabe est génial, rien ne l'arrête, même pas les pantalonnades de Jamel et Omar, il n'est jamais déstabilisé et transforme Jamel en bon intervieweur, il le manipule comme une pâte à modeler. Nabe, c'est mon Charlie Parker. Sa voix est étrange, déroutante, dérangeante même, mais c'est exactement la musique que je désespérais d'entendre jamais. Et je ne peux plus m'arrêter de l'écouter.
Hygiaphone
Les bénévoles mettraient tout en place avec talent et bonne humeur conjuguées. Bertrand et Hygiaphone régleraient la sono, Leo X attendrait le dernier moment pour disposer ses escargots tout autour de la scène dans la cafète. Couleur Femmes viendrait apporter les plats, la Case à bière viendrait disposer la tireuse, les agents de sécurité de ESE prendraient place, le bureau de l'association s'installerait également pour récolter les dons. Alain fourbirait son appareil photo, prêt à mitrailler de son œil expert!
À cinq heures pétantes, je dirais à Léo X d'attaquer son set. Commencerait alors un numéro étrange où l'humour involontaire d'un Darry Cowl ou d'un Pierre Richard le disputerait à l'agacement du potentiel gâché. La foirade à ce niveau là, c'est de l'art! Ça pourrait être du Grand Art, même, à peu de choses près; Faudrait-il contrôler ces dérapages incessants? Serait-ce plus drôle?
Ce qui est drôle, n'est-ce pas justement la complète sincérité de ce n'importe quoi? C'est du n'importe quoi pour de vrai! Le coup de la chaise mal placée par rapport au micro, le coup de la guitare bricolée maison qui ne tient pas l'accord, le coup des paroles oubliées, le coup du téléphone qui sonne et qui occupe l'artiste pendant plusieurs minutes! Le coup du "j'vous la fait merdique, là, la prestation, mais ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de cachet."
Mockery Box
Si c'était volontaire, maîtrisé, et avec la même fraîcheur, ça emmenèrait le Leo tout droit vers les étoiles, enfoncés Raymond Devos, Marc Ronay, Garcimore, Robert Hirsch... Comme tu pourrais être grand mon Léo, si tu dominais un poil ce... si tu... tiens, comme
ça
. Voilà ce que ça pourrait donner avec presque rien de plus que la bouillasse que tu nous ferais ce vendredi.
En seras-tu capable un jour? Te comparer à Robert Hirsch, c'est un joli compliment que je te fais. Te critiquer, t'engueuler si je le pouvais pour ce foutage de gueule que tu nous servirais est un acte de tendresse à ton égard. Si tu le prends mal, sache que pour une fois, je ne m'excuserai pas! Ce que tu as fait est digne d'engueulade. Tu as pris l'affaire par dessus la jambe, tu n'as pas revu tes textes, tu ne t'es pas assuré que tes musiciens étaient disponibles, tu n'as même pas pris deux minutes pour t'installer avant de commencer. En plus, il a fallu que France 3 se pointe à ce moment là et que ce soit toi qui sois filmé, en plein naufrage.
Si je savais comment ça va tourner ce set, là, maintenant, au moment de cliquer sur ce putain de bouton, je n'hésiterais plus. Je cliquerais immédiatement. Il ne faut pas rater ça, ce drame grandiose et ridicule aurait quelque chose d'Homérique qu'il ne faudrait pas perdre.
michel z par Alain Malfilâtre, quel artiste!
Après Léo X, ce pourrait être le tour de Jule et Léon. Ce pourrait être l'occasion d'une belle aventure pour moi. Comme j'aurais été contraint de me virer moi-même du programme pour cause d'embouteillage, plein de gens m'auraient proposé de jouer avec eux! Jule et Léon seraient du lot! En l'occurrence, ça nous aurait même amenés à jouer ensemble pour de bon, même s'il faut que je bosse et que ce sont bien les erreurs d'accords que j'aurais fait lors de ce set qui me rendraient indulgent pour Leo. Mais quel plaisir de jouer avec ces deux là!
Ensuite, on attaquerait dans la grande salle avec JZB. Curieux, les JZB. Ils ont plein d'idées dans tous les sens, la plupart sont tout à fait bienvenues, mais on sent chez eux un léger manque d'adaptabilité. Doit-on commencer un set d'une demi-heure, c'est très court, par une introduction parlée avec une sono en train de se mettre au point et un texte qu'on ne comprend pas à cause d'une reverb pas encore totalement réglée? Au bout d'un moment, les JZB feraient oublier tout le reste par leur talent. Personnellement, je n'ai pas beaucoup de goût pour les tralalas, jeux de lumières, théâtralisation... j'aime la musique.
Celle de JZB est magnifique, savante, inspirée et pleine de tripes, tout ça en même temps. Pas besoin d'en rajouter.
michel z présente le numéro suivant
On enchainerait avec Namasspamouss dans la cafète. Eux, je les connais bien, chaque fois que je les vois, c'est mieux que le coup d'avant. Quoi qu'il se passe, s'ils sont là, je serais heureux. Ils commenceraient par trois chansons de leur répertoire, dont le merveilleux et poignant "ça". Puis ils m'inviteraient, eux aussi! On jouerait alors nos bons vieux airs du temps ou "j'y étais" et c'est justement le moment que choisirait Patrick pour arriver. Ancien membre, lui aussi, du temps ou ça s'appelait les Dissidents, il viendrait chanter avec nous. Comme j'aimerais ça! Comme je me sentirais bien à chanter avec mes amis! Peut-être que Charly, le formidable chanteur d'Hygiaphone me ferait quelques compliments qui me provoqueraient une bonne montée d'auto-estime! Ce serait trop cool; ça me donne envie de cliquer immédiatement sur ce bouton!
Jule, de l'Air Éthique
On irait ensuite écouter l'Air Éthique dans la grande salle. Je suis un fan de Jule, le chanteur, mais je n'en ai pas autant sur le groupe dans son ensemble. Sauf que là, ils me scotcheraient sur place. Une prestation tout simplement géniale! Ils auraient un nouveau bassiste, et surtout ils auraient travaillé tous les petits détails qui en avaient besoin. Talent et travail, le résultat serait là. Flamboyants sur un rythme enfin implacable, jouant les notes qu'il faut et donnant l'assise pour que Jule et Clément puissent s'envoler, irrésistibles! Tomber enfin sous le charme d'un groupe, et pas seulement de son chanteur, apprécier le boulot accompli et pouvoir enfin jouir du talent sans entrave, ça mérite un clic, non?
Simon regarde son Kidney Beans de père
Après une telle décharge, ce ne serait pas simple d'enchaîner dans la cafète. Qui s'y collerait? Un type que j'aime par dessus tout, Ulys! Rien n'arrêtera Ulys cette année. Les années suivantes non plus, j'espère. Pour cette année, je le sais. Il roulera et les obstacles fondront à son arrivée, les gens s'évanouiront de bonheur et il crèvera le plafond du ciel. Jouer après le feu d'artifice Éthique ne lui poserait exactement aucun problème. Si je clique sur ce rectangle informatique et qu'Ulys joue après l'Air Éthique dans cette salle de Venoix, ne le ratez pas; en tout cas, moi, je l'écouterai et je saurai que mes objectifs sont biens remplis sur ce coup. Si vous le ratez ce jour là, si je ne clique pas sur le bouton et que ça ne se fait pas, guettez-le partout ailleurs. Entrez dans la légende. Ne regrettez pas plus tard d'être passé à côté.
Pendant que tout le monde jouerait, je ferais mon boulot de minuteur chieur time keeper. Tout serait pointu à la minute près! Les gigs d'une demi-heure se succéderaient avec la régularité du sable s'égrainant dans le sablier du Dr Goule.
Le batteur des Kidney Beans, j'adore son allure
Viendrait le tour des Kidney Beans, de la joie de se retrouver et de jouer pour ces vieux potes. Je serais content de voir que mon fils apprécierait particulièrement ce set. Le petit Simon viendrait regarder son père jouer et ça donnerait l'occasion à Alain de faire une de ses plus belles photos. Cette photo, à elle seule, pourrait justifier le clic. Quant aux Kidney, ils ne seront jamais finis, parce que ce serait trop con, voilà tout!
Pendant le set des Kidney, on commencerait à s'inquiéter un peu. Où serait Dominique Achille qui devrait jouer juste après? Toujours pas là! Isabelle Vauvarin, sans trop le montrer, serait morte de trouille. Enfin il arriverait et on l'installerait dans la cafète. Les deux swinguant et fous chantants donneraient un magnifique récital. Il y a des gens sur lesquels on peut vraiment compter, dans tous les cas, même quand la vie n'est pas facile facile. À la fin, je chanterais "la chanson des vieux amants" avec Isabelle, j'adorerais ça, encore une fois.
Dominique Achille et Isabelle Vauvarin
Viendrait le tour d'Hygiaphone. Je les aurais vus le mardi au Lycée Jule Verne et j'aurais déjà pu apprécier leur talent et leur énergie. Peut-on imaginer plus sympas que ces types qui se seraient coltiné toute la sono pour les autres groupes? Et en plus, ils jouent du rock comme si leur vie en dépendait! Si le monde était rempli de gens de cette trempe, ça serait beaucoup moins la merde et on n'hésiterait plus à cliquer sur les boutons sur facebook! Vive Hygiaphone!
Et puis, ce serait le tour des Mockery Box. Je ne connais personne qui puisse dire du mal des Mockery Box, il y a le charme de la magie de l'innocence et la beauté des chansons, comme une évidence. Je ne pourrais plus causer pendant des heures sur ce groupe, je veux juste les entendre. Si je clique sur ce bouton, est-ce qu'ils viendront?
Joy, des Mockery Box
On terminerait avec un gros groupe, avec des références: les Yétis. Je danserais un rock endiablé avec ma chère Coco. Ils sont vraiment bons les Yétis, si je cliquais sur ce bouton et qu'ils venaient pour la gig, ce serait la classe, comme la fois où les Spoonful étaient venus jouer pour les Don Quichotte. Ça clôturerait drôlement bien la soirée et on parviendrait à rendre la salle avec juste quelques minutes de retard.
L'affaire conclue nous permettrait de donner un millier d'euros aux associations. Je m'en fous un peu, de la quantité de fric que ça ferait. Ce qui compte pour moi, c'est de se faire plaisir, même si c'est pas bien. Je veux qu'on fasse un truc et qu'on l'emmène au bout, du mieux qu'on peut. Ce que je veux, c'est réunir le maximum de musiciens que j'aime dans la même soirée, avoir des images, des souvenirs de fierté.
Farid, batteur des Yétis
ne résiste pas à l'envie d'accompagner Ulys
Alors, je clique ou je clique pas? Est-ce qu'avec mon état d'esprit actuel, je ne vais pas me foutre plein d'ennemi sur le dos? Moi qui m'écroule en poudre sanguinolente au premier conflit? Je clique? Moi qui me sens diplomate comme une batte dans la main d'un neuski en 1978. Je mets le pied dans l'encoignure? Je bouffe du fruit de la connaissance du bien et du mal? J'y vais?
Je clique pas? Je reste peinard? Je m'occupe de mon disque? Je me fais pas chier avec la démocratie?
Nous sommes le 16 janvier 2010, j'ai le doigt au dessus du bouton gauche de la souris. La petite flèche est sur le bouton qui validera la création du groupe "pour l'oganisation d'une gig au profit d'Haïti, à Caen". Qu'est-ce que je fais, bordel?
Ulys et Poppins