michel z, Chanteur de Blues >
Les dernières gigs > Esperanza (20 février 2010)
Le programme de la gig
Le Pieu
La mauvaise réputation
Esperanza
Les filles du bord de mer
et plein d'autres trucs...
Esperanza
Tout ça, c'est la faute à Esperanza.
Il fallait qu'on répète avec Jule et Léon en vue de la gig du 5 mars pour les enfants d'Haiti. J'avoue que ça avait une certaine tendance à me mettre dans une certaine extase. Quand on a attaqué
Esperanza, morceau que le père Léon m'a fait découvrir, quelque chose s'est passé en moi. Je me suis dit:
"Pourquoi ne pas jouer avec Jule et Léon plus régulièrement, s'ils veulent bien de moi? Pourquoi bouder un tel plaisir? Pourquoi ne pas les accompagner, le soir même, à la rue Ecuyère où se déroulait une gig dans un appartement. Pourquoi rester devant ma télé, à la regarder comme un con toute la soirée, éteinte en plus, parce que je n'aime pas les programmes télé et que ça fait un sacré bail que je ne la regarde plus (la preuve, je ne sais même pas qui passe le samedi soir, Jacques Martin? Patrick Sabatier? Léon Zitrone? Guy Lux? Denise Fabre? Jean Nohain? sais pas...).
Je pourrais aller plutôt jouer Esperanza, avec l'accordéon, avec la clarinette, avec ma guitare, avec la vie, avec les gens, même si c'est pas Léon Zitrone. Y a pas que Zitrone dans la vie."
Donc, je leur dit, à Jule et Léon, "Vous avez pas besoin d'un guitariste dans Jule et Léon?" Eux, ils ont dit oui, comme ça, cash. On a répété, puis on a embarqué dans la voiture du père Léon, direction: la ville.
La ville, le samedi soir, c'est beaucoup plus vivant qu'une télé éteinte. Je n'y vais pas très souvent, du coup c'est très intéressant. En passant devant le centre paul Doumer, le père Léon s'est écrié: "tiens, c'était la gare routière, ici!". Le père Léon et moi, on est au top du dernier cri.
Nous arrivâmes dans l'appartement. C'est pas mal une gig dans un appartement, c'est étrange, surprenant. Ça me rappelle le nombre de fois où je me suis dit que si j'étais immensément riche, je gérerais bien une salle de spectacle pour y jouer et y faire jouer mes potes. Il y a un type qui n'a pas attendu d'être riche et qui a fait ça, comme ça, dans son apparte, la classe!
Il y avait une petite scène, et sur la scène, un type qui faisait sa balance. Des fois, il n'y pas besoin de cinq heures pour entendre que quelque chose est spécial, et bien ce type-là, c'est ça. Il a chanté trois micro-secondes pour voir si le micro était d'accord, et dans ces trois micro-secondes, boum! Jeff Buckley n'était pas loin. Une voix magnifique, les tripes sur la table à chaque instant du concert qu'il a donné. Il vient de Nancy le bonhomme, et bien il n'a pas oublié ses couilles à Nancy! Quel engagement! Quel expressivité! Et le talent! Il a un jeu de guitare très original, je n'ai pas reconnu une seule position sur ces doigts (mais je ne suis pas une référence non plus, il faudrait montrer ça à Ulys).
Il s'agit de
Yoan and the Silent Phonograph, artiste dont on devrait entendre parler!
Mais voilà que je chamboule toute la chronologie, et que je raconte cul par dessus tête, comme dans les films de Tarantino.
Avant d'écouter Yoan, nous sommes entrés et ça m'a fait plaisir de voir que pas mal de gens connaissaient mon nom. Ça a mis un peu de baume sur mon vieux cœur.
Et puis on a joué avec Jule et Léon, on était là pour ça, à la base. Festive et joyeuse, la musique était bien différente de celle de Yoan; tant mieux, que vivent les contrastes!
Après le set de Yoan, j'ai rejoué un peu. Le père Léon était reparti. J'ai tapé un peu de rock'n'blues. D'autres ont joué également. Il y avait du talent dans cette soirée et de la diversité, ça m'a fait plaisir.
Arrive néanmoins un moment où on doit regarder son destin en face, où il faut arrêter de se masquer la réalité: j'allais devoir rentrer à pied! Plus de père Léon, plus de voiture salvatrice! J'avais choisi de rester et me faire plaisir, parfait, ça se paierait d'une petite trotte.
Me voici donc parti par les rues pavées de Caen. Je croise des jeunes qui vont ici et là, j'ai ma guitare à la main et je marche vers mon lit en me guidant aux étoiles. Soudain des jeunes me hèlent. Ils me mettent au défi de leur jouer quelque chose. J'hésite, je pense aux kilomètres qui restent à me mettre dans les arpions. Il faut savoir s'arrêter, être raisonnable; ils insistent. Et puis merde! Quand je serai mort, il sera bien temps d'être raisonnable. Qu'est-ce que ça va changer à la face du monde si je retarde mon retour d'une chanson?
Je déboîte donc la guitare et chante. Il fait froid, mes doigts s'engourdissent, ma voix est déjà cramée des précédentes prières aux dieux du rock'n'roll, mais qu'importe! Je chante, une, puis deux, puis dix chansons. je termine par du Brel. J'ai froid, je ne peux plus, mais ça me plaît. Après avoir bien sympathisé avec ces jeunes, mais pas bu un coup, car tout est clos, je me décide à reprendre mon périple.
Il ne pleut pas. On se gèle les miches mais quand on marche, on se réchauffe, on pense aussi, c'est un moment d'introspection toujours intéressant. Je suis un bon marcheur, et c'est une heure après, environ, que j'ai poussé la porte de ma tour d'ivoire, la guitare toujours pendue au bout de mon bras.
Ce qui m'a plu dans cette soirée, c'est cette mosaïque de plaisirs, entre la répète avec Jule et Léon, la gig, l'écoute de Yoan, les rencontres dans cet appartement (salut Hugo, Pascal et les autres), les morceaux de
son
joués par un certain Laurent avec beaucoup de talent en me regardant particulièrement m'a t'il semblé (comment savait-il que j'aime cette musique? Ça devait se voir), les morceaux joués pour les jeunes, la marche solitaire dans la nuit glacée, et toujours dans ma caboche comme le bruit à quatre temps du moteur de mon ciboulot...
Esperanza.