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P'tit con
Il s'agit d'une compil: les meilleurs moments de Nabe à la télé. C'est pas mal fait du tout par le monteur, avec des petits intermèdes Marilyn Monroe bien sentis.
Ça commence par un passage sans Nabe. C'est chez Ruquier, et c'est Naulleau qui parle. Moi, Ruquier, je l'aime beaucoup! Pour un certain nombre de raisons, et notamment parce qu'il me semble que c'est un type honnête, et ça, c'est déjà important. Chez Ruquier, donc, on parle de la réédition de ce livre "Au régal des vermines" qui a fait scandale. On devine déjà que Nabe est un sale bonhomme et ce qu'on ne sait pas encore, c'est si on va l'aimer ou si on va l'adorer
(je laisse ce lapsus je voulais écrire - si on va le haïr). Ce qu'on soupçonne aussi, c'est qu'il a du talent, le Nabe, mais comme on ne connaît pas, on est intrigué. On entend aussi les mots "extrême-droite", "antisémite"... ouyouyouye! Qu'est-ce que c'est que c't'affaire?
On enchaîne sur l'émission fondatrice. En 1985, Marc Edouard Nabe vient de publier la première édition de "Au régal des vermines". Il est invité chez Pivot pour une émission qui fera date.
On y voit donc, pour la première fois à la télé, ce jeune type étrange, au look totalement à côté de la mode des années quatre-vingts (quand on s'en souvient, de cette mode, on lui donne raison), qui persifle devant un parterre d'écrivains qui fument sur le plateau, ce qui est très rigolo... aujourd'hui, on ne pourrait plus.
"J'estime que quand on écrit, le premier 'je' qu'on inscrit sur sa page blanche, c'est l'extermination des six milliards d'individus que nous serons bientôt.(...) L'écriture est un subjectivité, la subjectivité est un crime, il faut aller au bout de cette subjectivité." dit Nabe. Les autres invités ont du mal à se contenir, Nabe cherche à se faire se faire detester et ça marche. Pivot est parfait, il cite Nabe et fait rire la dame d'à côté. On y est, Nabe est le p'tit con. On en vient à parler des noirs et du jazz. Car Nabe adore le jazz. Il faut dire qu'il est le fils de Marcel Zannini, grand clarinettiste et saxo de jazz, et qu'il a joué sur les disques de son père. Il a cotoyé beaucoup de grands jazzmen et il en parle apparement magnifiquement.
"Je suis tellement négrophile que je mets dans le même sac, j'ai tort d'ailleurs, les noirs de jazz et les noirs africains qui sont des sorciers merveilleux." Cette phrase me semble absolument fondamentale car Nabe dit qu'il a tort mais ça ne l'arrête en rien. Nabe s'en fout d'avoir raison ou tort, il cherche le beau, il le trouve dans l'absolu, dans la haine, dans l'excès et la provocation. Il n'a rien de raciste, ni d'antisémite, ni de pro gangsters ou pro terroriste, comme on le dira plus tard, il cherche le beau...
Notons que je n'ai encore presque rien lu de Nabe, j'en parle donc avec beaucoup d'aisance, merci de m'appliquer ce que je recommande pour lui et laissez moi dire n'importe quoi. Ne faites pas comme Morgan Sportès, invité lui aussi chez Pivot, et qui n'y tient plus et qui commence à citer les
épouvantables
passages du livre. "Votre livre est absolument insensé de connerie."
Sportès dit des choses intéressantes, il faut le reconnaître. Il explique par exemple que Nabe est "paumé dans sa subjectivité", Nabe est un peu déstabilisé et se remet en selle grâce à une phrase terriblement provocatrice à propos de la LICRA. J'ai l'impression que cette phrase était prête à l'avance dans la tête de Nabe; elle lui vaudra d'être attaqué par la LICRA qui sera déboutée. Juste avant il dit "je vomis la terre entière dans ce livre, il n'y a pas de raison que les juifs soient exclus de ma gerbe d'or." Et si Nabe était le moins antisémite de tous? Celui qui considère vraiment les juifs comme tous les autres, sans même la gêne qu'on peut éprouver par rapport au passé terrible?
On enchaîne avec une nouvelle émission de ruquier, quelques années plus tard. Gérard Miller, tout vibrant de révolte et de colère, dénonce ce "salaud" de Nabe. Je pense que Miller est totalement sincère, mais il me semble qu'il tombe dans le panneau (cela dit, il a lu le livre, et pas moi...). Comment prendre tout cela au premier degré? C'est si évident! Miller le dit lui-même "Qui, en France aujourd'hui, dit encore pour parler des juifs : les youtres?" Personne, justement, M. Miller! Si Nabe était véritablement antisémite, il se garderait bien d'employer ce genre de mots. Mais le psychanaliste de Ruquier est tellement indigné que sa souffrance est visible de devoir citer cette ordure. Son allusion à Fabrice Lucchini vient de ce que l'acteur a lu Céline sur scène. On compare Nabe à Céline, un génie antisémite? Il me semble que Céline l'était effectivement, Nabe, je ne sais pas encore.
Retour à Apostrophe de 1985. Sportès rend malgré tout hommage au potentiel de Nabe. Suit le passage du "p'tit con". Nabe se conduit indéniablement en p'tit con, mais d'une variété rarissime au milieu de la foultitude des p'tits cons vulgaires. Si tous les p'tits cons étaient comme Nabe, le monde serait moins emmerdant. Notons qu'on ne voit pas l'épisode le plus célèbre, après l'émission, quand le journaliste anti-raciste Georges-Marc Benamou vient le frapper au visage, le blessant sérieusement.
On termine par un splendide extrait du film "New Orleans" dans lequel Billie Holyday chante, accompagnée par Louis Armstrong. Mythique.
Pour en savoir plus sur Nabe, je conseille son très bon site:
http://marcedouardnabe.com/