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Voyage en Borderie

Le livre que j'ai trouvé

Voyage en Borderie
pdf, 1,5 Mo
Je dois avoir quelque part des vieilles partitions de chansons françaises qui pourraient être intéressantes. L'autre jour, pendant qu'il neigeait et que je me trouvais bloqué à la maison, j'ai décidé de me mettre à leur recherche. Mais où peuvent-elles bien se trouver?
Après avoir retourné tous les placards, armoires, buffets, secrétaires qui se trouvent chez moi, après avoir été jusqu'à faire des fouilles archéologiques dans le capharnaum jouetesques de mes enfants, j'avais retrouvé:
- une facture EDF que j'avais oublié de payer
- des francs (deux francs et quatre-vingt sept centimes pour être précis)
- la recette du Rontonton mirabeau que j'ai cherché pendant des heures sans succès en décembre
- un slip sale et une demie paire de chaussettes
- un playmobil à l'éphigie du président de la république
- quatre post-it avec des numéros de téléphone dessus (mais pas les noms qui correspondent)
- le DVD de "Million Dollar Baby"
- quatorze médiators de toutes les couleurs
- un autographe de Johnny que j'avais laissé traîner.

Mais pas de partitions. Rien, que tchie.

Il restait bien un endroit où je n'étais pas encore allé: le grenier. Il faut dire que c'est un endroit très bizarre, et même inquiétant. Nettement plus ancien que le reste de la maison, il est plein de toiles d'araignée, de recoins sombres qu'on a plus explorés depuis très longtemps. Si ça se trouve, il est peuplé de créatures étranges, des espèces presque disparues, du genre lézards ou iguanes.

Mais je voulais vraiment retrouver ces satanés partitions, et quand on veut, on peut. Je me suis donc armé de mon courage et d'une bougie qui trainait et je suis monté par le vieil escalier torve.

J'ai marché précautionneusement à travers le bazar, faisant fuir les araignées devant mon ombre dansante. Quelques chauve-souris roupillaient, accrochées au plafond. Je me gardai bien de les réveiller.

Ce que je retournai de trésors oubliés, ce que j'avalai de poussière, je ne saurais le dire qu'en perdant de ma légendaire modération. Ce fut épique, et même homérique. Entre les pointes de flèches en silex déposées là par les néolithiques, les torques celtes en bronze et les cartouchières de la première guerre mondiale, je me sentais bien petit et éphémère. N'empêche, tout ému que j'étais de me retrouver au milieu de ces vestiges de l'histoire de l'humanité, je n'en étais pas moins grosjean comme devant: pas de partitions.

Il restait une grosse malle, tout au fond, qui semblait m'aguicher ou me narguer. "Tu ne m'as pas encore explorée", paraissait-elle me sussurer. "Aurais-tu peur de ce que tu risques de découvrir dans mes entrailles? Un passé que tu préfères oublier? Tes remords enfouis peut-être?"
Et c'est vrai qu'il n'est pas toujours bon de trop creuser dans les choses enterrées depuis si longtemps. On risque surtout de réveiller de vieux démons. Et si on a oublié des choses, c'est qu'on en avait pas vraiment besoin, mieux vaut laisser le passé au passé, l'inconnu à l'inconnu, et se tourner vers un avenir lumineux, sans araignées ni chauve-souris.

Seulement, maintenant, c'était devenu un défi. Je n'allais quand même pas me laisser impressionner par une vieille malle! Je devais y mettre le nez, en remuer le contenu à plein bras, si besoin. Mon honneur était en jeu! Qu'importe ce que j'y découvrirais... Si l'être humain avait du être prudent, il n'aurait pas mis le pied sur la Lune.

La malle s'ouvrit dans un grincement de pierre tombale et j'osais un regard dans le gouffre pâlement illuminé par la maigre flamme de ma chétive chandelle.

C'était surtout des livres, de vieux grimoires et reliures de maroquin. Une bible œcuménique, illustrée par Gustave Doré, un manuel de Kung-Fu, "La porte étroite" d'Andrée Gide, un vieil album de photos, le journal de mon arrière grand-mère...
Au milieu de tout cela, détonnant un peu, je dois dire, se trouvait ce vieux pdf tout poussiéreux ayant pour nom "Voyage en Borderie". J'étais intrigué car je ne connaissais pas cet endroit. Je pris le fichier et commençai à lire.
Comme c'était malcommode, dans ce grenier mal éclairé par la lumière vacillante de ma bougie, je redescendis avec le document et m'installai dans l'endroit le mieux approprié pour lire tranquillement: les toilettes.

C'est ainsi que je découvris ce récit étonnant. Je ne sais pas comment il est arrivé là. Mais maintenant que je l'ai découvert, je ne peux pas faire comme s'il n'existait pas. Je me suis dit que je devais peut-être en faire part au reste du monde, j'ai longuement hésité. Et puis, tant pis, j'y vais, qu'importent les conséquences...

PS : avec tout ça, je n'ai toujours pas trouvé les partitions.