michel z, Chanteur de Blues > Aventures > Heure de pointe (12 janvier 2010)

Heure de pointe

Rien écrit hier! Que dalle, pas une ligne, pas trouvé le temps (pourtant long), polop! Nib d'article!
Et aujourd'hui, voilà-t'y pas que deux sujets se bousculent au portillon de la gare de triage de mon cerveau. En bon chef de gare, bien discipliné, j'interviens de ma voix la plus ferme: "pas plus d'une idée par article (ou par chanson, c'est Brassens qui a dit ça, et il s'y connaissait le bougre). Donc, une aujourd'hui, et l'autre demain, sinon, c'est le bordel et les visiteurs ne vont encore rien comprendre (et me traiter de fou)."

Les deux sujets veulent bien, à condition que chacun d'entre eux soit le premier! "Moi! Moi!" disent-ils de leur voix la plus suppliante, "Je suis un très bon sujet, je vais intéresser tout le monde, je vais t'inspirer comme jamais tu ne l'as été, tu vas adorer parler de moi et tu vas trouver des mots très beaux qui s'enchaineront tout seul comme des perles sur le collier de tes œuvres complètes. Si ça se trouve, tu seras dans un tel état de grâce que tu feras moins de fautes d'orthographe que d'habitude!".

J'hésite, c'est vrai que ce sont des bons sujets, pleins de recoins et de méandres dans lesquels il fera bon rebondir et se perdre. Ce sont de bonnes idées, pleines de tiroirs et de dessous qu'on a envie d'explorer.

Je les regarde, leurs yeux suppliants essaient de se faire tendre, séduisants, irrésistible. Le poids du choix à accomplir me tombe brutalement sur les épaules. En plus, il me faut être honnête avec moi-même. Il y aura un sujet pour aujourd'hui, mais l'autre... je ne sais pas quand il pourra être traité. Demain, je veux écrire la suite de l'histoire de Tarking, que 3 innombrables lecteurs me réclament. Après demain, il y aura sûrement le compte-rendu de la première gig en ligne sur le blog TV... Bref, ça nous emmène loin, tout ça. Et les idées, c'est comme les huitres, quand elles sont fraîches, c'est très bon, mais trois jours après, c'est déjà plus ça.

Donc, en réalité, choisir une des deux idées, c'est quasiment sacrifier l'autre. C'est beaucoup plus cruel qu'il n'y paraît, surtout qu'elles sont adorables toutes les deux... Je sais aussi que celle qui est délaissée, si elle est vraiment bonne, finira par revenir. C'est comme l'âge d'or, c'est inéluctable. Mais justement, si elle n'est pas si bonne que ça? Si je me dis, dans quelques jours, "finalement, ce n'était pas plus mal de la laisser tomber, celle-là, elle ne valait pas un cachou!" Quelle méchanceté! Idée non traitée, abandonnée, reconnue comme merdique... c'est trop pour ma sensibilité, je ne peux pas faire ça!

Choisir la plus mauvaise exprès? Pour lui laisser sa chance? En me disant que la bonne l'aura de toute façon, sa chance? Mais ce ne serait pas honnête vis-à-vis du lecteur à qui je ne dois qu'une seule chose: le meilleur de moi-même, en toutes circonstances! C'est déjà pas toujours si terrible... D'ailleurs, si ça se trouve, les deux idées sont mauvaises!

Il n'y a pas d'échappatoire, il faut regarder objectivement la situation, choisir et éliminer froidement l'un des sujets, vite, d'un coup de pistolet bien sec, comme on abat honteusement un chien devenu galeux, en regardant ailleurs et en s'inventant des tas de bonnes raisons pour se donner bonne conscience.

Voici les deux idées:
Première idée : raconter cette stratégie rhétorique typique du blues qui consiste à exprimer une généralité en début de couplet, ou de chanson, pour l'appliquer au cas particulier (du narrateur) ensuite. Remarquer qu'un chanteur comme Jacques Brel utilise cette construction, ce qui étaye ma théorie selon laquelle le chanteur belge fait aussi du blues, quelque part.
Seconde idée : chroniquer quelques disques de copains, de gens rencontrés dans les festivals, expliquer les souvenirs qui s'y rattachent, la jouer très subjective, comme toujours, mais avec quand même l'intention de donner envie de découvrir.

En observant mes deux idées, je m'aperçois que j'ai passé l'article entier à traiter d'une troisième. C'est terminé pour aujourd'hui, on n'ira pas plus loin, ce serait alourdir et affaiblir. Je range les deux idées dans mon disque dur d'où elles ressurgiront peut-être un jour, sous de meilleurs auspices, dans un meilleur timing.

En fin de compte je ne suis pas très surpris. C'est comme en amour, ou en politique, quand on hésite trop entre deux, c'est un troisième larron qui en profite.