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Les maléfices de 2010, fils

2010 en binaire
2010 en binaire
À première vue, 2010, ça semble tranquille et anodin. Déjà, un truc qui finit par 10, c'est carrément méchamment rond, pas drôle, banal, triste quoi! Il s'en est passé des choses dans les années 10, pourtant.
1610, Henri IV assassiné par Ravaillac.
1710, naissance de Pergolèse.
1810, naissance de Chopin, Schumann, Liszt et Mendelssohn (bon, y en a un qui est de 1809 et un autre de 1811, mais la moyenne reste bonne), la génération romantique.

D'autre part, méfions-nous de ces nombres à l'allure bonhomme, innocente, peut-être cachent-ils bien leur jeu...

En effet, si on décompose 2010, on trouve 2*3*5*67! Incroyable! Ce 2010 qui paraissait si simple, et ouvert comme un cœur ouvert, ce 2010 recèle un sacré nombre premier dans ses entrailles! 67, il est pas beau celui-là? Mastard comme pas un, sonnant comme du bronze, nombre premier chanceux et irrégulier (me demandez pas ce que ça veut dire, moi je suis bluesman, au delà de douze, je ne sais plus compter).
2010 en lettre en font Meroitic - hyérogliphics
2010 en lettre en
font Meroitic - hyérogliphics

Et là, ça rigole beaucoup moins. 1967, c'est l'été de l'amour! Les manifestations contre la guerre du Vietnam, les Stones en prison pour consommation de drogue, la sortie de "Sergent Peppers Lonely Hearts Club Band" des Beatles, la guerre des six jours, le naufrage du Torrey Canyon chanté par Gainsbourg, la naissance de Joey Starr, la mort de Che Guevara et de Marcel Aymé (et ma naissance à moi aussi).
En plus, le 67 ricane avec son 6 et son 7 qui se suivent comme s'ils avaient peur d'arriver jusqu'au 8, ce 8 abominable, tournant sur lui-même à l'infini jusqu'au vertige... 67, c'est comme si on s'arrêtait aux portes de l'enfer pour mieux regarder l'abîme sans jamais y tremper le pied.
2010 n'a même pas la franchise d'annoncer sa perversité, il préfère s'avancer en cachant son 67, innocent en apparence... (en plus, 67, c'est le chiffre du Bas-Rhin, c'est fou, non?)

Et puis, c'est quoi cette façon de commencer par le double de la fin? 20, c'est deux fois 10. On promet double et on tient moitié! C'est du joli, on dirait un mauvais politique une année d'élection. Là, franchement, autant le 67 me plaît parce qu'au moins, il a de la gueule à défaut d'être aussi clair que de l'eau de roche, autant le coup du double de la moitié, c'est carrément immonde! Rien que pour ça, il faudrait boycotter 2010 et rester tranquillement en 2009. C'est déjà assez galère comme ça avec la grande crise, c'est pas la peine d'en rajouter (d'abord 2010, ça rime avec saucisse, c'est tout dire!)

Le seul truc positif que je vois, c'est que divisé par 2, 2010, ça donne 1005 (c'est tiré par les cheveux, en plus). Or l'œuvre de Bach qui porte le numéro 1005 dans le catalogue, c'est la troisième sonate pour violon seul, une merveille! On y trouve l'incroyable Fugue Alla Breve, douze minutes de bonheur où on a l'impression d'entendre deux violons qui jouent ensemble.

2010 en nomre romain, en font Oldcar
2010 en nombre romain, en font Oldcar

Bon, ne voyons pas tout en noir, 2010, selon Arthur C. Clarke, c'est l'Odyssée 2, celle qui voit Jupiter se transformer en un deuxième soleil du nom de Lucifer. Évidemment, on a déjà raté l'Odyssée 1, mais ça n'empêche pas d'espérer...

Si on prend 2010 physiquement en plus, par rapport à 2001, il s'est passé un mouvement intéressant! Ces deux zéros côte à côte ont pas mal inspiré les plaisantins pendant neuf ans. Leur allure est sympathique, avec un peu d'imagination. Le fait que le 1 se soit glissé entre les deux... bon, il y a de l'idée, mais je ne la developpe pas, d'autres le feront mieux que moi, j'en suis sûr.

Voilà, je suis pour le bénéfice du doute, je ne vais pas condamner 2010 alors qu'elle n'est même pas née! Laissons lui sa chance. Peut-être qu'en 2010, la paix, l'amour et la musique régneront sur le monde, qu'on stoppera enfin la spirale infernale du réchauffement climatique, que Seasick Steve sera le fer de lance d'un nouveau Blues Boom, que les conflits mondiaux de toutes sortes se résoudront autour d'un couscous au bistrot du coin. Peut-être que l'homophobie, le racisme, la phallocratie, la xénophobie, la peur de l'autre, le besoin de mettre sur la gueule de quelqu'un, et tous ces trucs qui nous polluent la tête aussi sûrement que le pétrole du Torrey Canyon a pollué la Manche en 1967, disparaîtront et se dissiperont comme une mauvaise fumée.
Peut-être que ceux qui en ont vraiment, mais vraiment ras-le-bol, de toute cette merde et qui voudrait bien que ça s'arrête vont enfin avoir droit à la joie, au plaisir et à l'insouciance en 2010? (je ne parle pas de bonheur, j'ai horreur de ça).
Peut-être que plus personne n'aura faim, que plus personne ne sera battu, violé, volé, spolié, injurié, maltraité, ignoré, humilié... Oh, ça viendra, c'est inéluctable. Mais déjà? en 2010?

Peut-être, peut-être, on verra ça... Pour ma part, je continuerai à jouer trois accords avec six cordes sur des séries de douze mesures. si ça peut aider...