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dieu te bénisse
j'ai emmené un de mes fils voir le film "this is it", documentaire sur les répétitions des concerts que devaient donner Mickael Jackson si le destin n'en avait
pas décidé autrement.
évidemment, en franchissant les portes du cinéma, un certain nombre de questions se posaient:
- les chansons de Mickael Jackson sont funky en général, très bien faites et tubesques, c'est pas pour rien qu'il en a vendu des millions de milliasses à travers le monde. mais quand même, ça reste relativement de la variétoche à mes oreilles. allais-je tenir le coup de supporter ça pendant deux heures?
- Mickael Jackson est un immense danseur, je ne me lasse pas d'admirer ses performances. si, musicalement, j'étais nettement dans le "clan" des amateurs de Prince au plus fort de leur rivalité des années 80 et 90, pour ce qui est de la danse, je suis tout aussi nettement dans celui des amateurs de Mickael Jackson. seulement voilà, à cinquante ans, maigre comme un clou et visiblement fatigué, notre fulgurant génie saurait-il renouveler ses fulgurances? ne risquait-on pas de s'enliser dans le spectacle pitoyable d'un type qui a été, mais qui n'est plus et à qui personne n'ose dire la vérité?
- les grands shows hyper mis en scène et organisés de façon titanesque, c'est pas mon truc. je préfère les petits bistrots dans lesquels un vieux bluesman fait glisser son verre de bière sur les cordes de sa guitare déglinguée pour faire du slide. ne risquais-je pas de sortir écœuré par une débauche de moyen qui a le seul mérite de justifier le prix exorbitant auquel les places des futurs concerts devaient être proposées?
- pourquoi le prix des places de cinéma est aussi élevé?
il est donc facile d'imaginer l'appréhension qui était la mienne. d'autant que j'accompagnai l'innocence de la jeunesse de mon rejeton, confiant, frémissant d'avance, tout cela validé, justifié, par la présence et la caution de son vieux père! ne risquait-on pas le traumatisme irréversible?
nous posâmes donc nos postérieurs sur les fauteuils de la salle harmonieusement décorées de popcorns répandus un peu partout (ce qui explique le prix des places, quand on sait combien coûte l'art contemporain!) et le spectacle commença.
au début, on évoque le casting des danseurs. pour être heureux, ils sont heureux les gars et les filles recrutés! ils pleurent de joie et font bien sentir à quel point le fait de se retrouver sur scène à côté de leur idole constitue le sommet de leurs aspirations, de leurs espérances! on se dit même qu'ils en font un peu trop, ça sonne bizarrement. en fait, on rentre dans le ton du film: amour, travail, sueur, précision, professionnalisme, mickael on t'aime, god bless you.
mickael himself assiste au casting et regarde les candidats se donner à fond pour le séduire. sous ses lunettes teintées, on devine l'œil scrutateur de l'expert. il est peut-être maigre et fatigué, mais il est bien là, et à fond même. il regarde, et il intervient "c'est celle-là que je veux!". tout star qu'il est, on le sent attaché à tous les détails et soucieux de ne pas voler son public. la suite confirmera cette impression.
l'équipe est incroyable. un chef metteur en scène, des techniciens, des décorateurs, des spécialistes des effets spéciaux, des costumiers, des chorégraphes, des musiciens (hallucinants!), des danseurs (les meilleurs)! on se croirait sur le tournage d'un film américain à gros budget, et ce n'est pas loin d'être le cas.
c'est là qu'on commence à s'étonner du fait que mickael jackson domine chacun de ces éléments. soit il maîtrise carrément et se montre capable d'en remontrer au spécialiste et de faire la remarque qui va améliorer, apporter la touche qu'il faut. soit il est suffisamment conscient de ce qu'il veut et ce qu'il faut pour l'obtenir du spécialiste.
maigre oui, fatigué, indéniablement, mais pas décidé pour autant à se reposer sur ses lauriers et à laisser le train rouler tout seul. il est partout avec un talent et un professionnalisme qui m'épate. il explique au pianiste comment il faut qu'il soit juste un poil en retard sur tel rythmique
"comme si tu venais de te réveiller". il exhorte l'extraordinaire guitariste (une jeune femme) a faire monter la pression lors de son solo pour en obtenir le maximum d'effet. il n'y a pas un détail de la musique, de la chorégraphie et de la mise en scène qui échappe à son attention. il sait exactement ce que son public attend et il est déterminé à lui
donner jusqu'au bout.
dans les domaines où il n'est pas lui-même un expert, il apporte sa collaboration totale. ainsi pour les passages filmés qui seront projetés lors des concerts. on retrouve ici l'acteur qui se donne à fond.
tout cela est fait avec beaucoup d'humilité de sa part et le film ne laisse jamais percevoir de morgue ou de prétention, c'est incroyable. d'ailleurs l'ensemble des rapports humains semble être imprégné de beaucoup d'affectif à fleur de peau. c'est étonnant de voir ce professionnalisme, dont je parle depuis le début, mélangé avec autant de précautions affectives. chaque parole est dite avec une volonté palpable de ne pas blesser, de reconnaître le talent. à tous moments, les membres de l'équipe se félicitent, se congratulent, se servent de l'amour et du respect. tout le monde à très envie que ça réussisse.
chacun parle à mickael jackson en prenant soin de lui montrer ostensiblement tout l'amour et l'admiration qu'il a pour lui. "mickael on t'aime", "mickael a fait du super boulot". on devine que c'est à ce prix que michael, modèle d'hyper sensibilité, pourra continuer à travailler, confiant.
de son côté, il est dans le registre du drame permanent. il ne dit jamais "merci", mais toujours "dieu te bénisse", "je vous aime"... quand il exprime un problème, on sent encore cette sensibilité exacerbée "pourquoi me faites vous cela?", "j'ai l'impression d'un poing qui cogne dans mes oreilles, ne m'en veuillez pas, je ne suis pas habitué à cela". les autres s'empressent alors de le rassurer "on t'aime, michael", "nous allons régler, surtout dis-nous s'il faut changer, on t'aime". "god bless you" répond-il alors.
quant à l'artiste mickael jackson, il est encore diablement bon. un des meilleurs danseurs du monde! mais on voit qu'il s'économise, il ne veut pas se brûler avant le spectacle, comme un athlète qui ne voudrait pas trop s'entraîner avant les jeux olympiques, de peur de casser son influx. il répète, il répète énormément pour que tout se mette bien en place, il est partout et apporte beaucoup, mais il ne chante pas toutes les phrases, il esquisse simplement certains pas de danse. c'est là qu'on peut se poser la question de savoir s'il aurait tenu le coup physiquement. néanmoins, sur ce qu'il donne dans ces répétitions, on ne peut que constater une chose: mickael jackson n'était aucunement diminué artistiquement avant sa mort.
je suis donc bien content d'être allé voir ce film. je suis sûr que le public de mickael jackson en aurait effectivement eu pour son argent. j'ai assisté à une belle leçon de travail en équipe à l'américaine et à une belle démonstration de professsionnnnalisme (avec pleins de "s" et de "n", parce que, merde!). je retourne à mes vieux bluesmen qui font grincer le verre sur l'acier et dont la voix rocailleuse n'a rien à voir avec celle du "king of pop", bienheureux de constater qu'en ce bas monde, il y en a pour tous les goûts, et du bon!
bien sûr, c'est un film. donc un montage. on peut me rétorquer que seuls les bons moments ont été conservés.
peut-être, et alors? je m'en fous de la vérité, moi! seul le rêve est mon affaire.
god bless you all