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les mauvais

Critiquer, parler des mauvais, c'est cooool

hagne donc
hagne donc
La critique est un métier épouvantablement difficile, critiquer les critiques est, au contraire, un sport à la portée de tous les comptoirs. La critique est indispensable car il faut bien être aidé dans sa quête de musique (ou de films, ou peintures, ou ce qu'on veut) vu l'énorme volume de l'offre. Il y a évidemment la critique subjective (j'aime ou j'aime pas) qui ne regarde que son auteur, qui n'appartient qu'à lui et qui doit être respectée à l'instar de sa liberté individuelle la plus sacrée. Et il y a la critique objective (c'est bon ou c'est pas bon) qui mérite d'être partagée et discutée, qui repose sur des critères (objectifs, eux aussi) qu'on peut également discuter, qui donne lieu à de longs et passionnants débats et qui, au final, permet de nous guider dans nos choix (et malgré tout ces efforts, de temps en temps, on tombe carrément à côté, c'est dur, dur, et seul le temps tranchera!).

Aujourd'hui, le thème de l'article est donc les mauvais. Il s'agit bien des mauvais très objectifs, ceux qu'objectivement tout le monde reconnaît pour des mauvais, ce qui n'empêche pas certains de les aimer, de les écouter, et ils ont bien raison, au nom de leur liberté individuelle la plus sacrée (voir plus haut), à condition qu'il n'emmerdent pas les autres en mettant ça à fond dans le tram, par exemple.

Bien. On arrive donc en terrain extrêmement délicat. Dire de quelqu'un qu'il est objectivement mauvais, faut quand même être un brin gonflé. J'ai connu des tas de gens qui n'aimaient pas ça, et même quand on leur détaillait pendant deux heures toutes les bonnes raisons objectives pour lesquelles on les qualifiait ainsi, ça ne les calmaient pas, bien au contraire!
Et puis, quelque part, ça sous entend qu'on est déjà moins mauvais qu'eux. On a beau se parer de la plus belle couverture d'objectivité du monde, ça sent son mépris… En plus, on en rajoute pour se rassurer, parler des mauvais, c'est relativiser sa propre médiocrité, c'est se dédouaner, montrer qu'il y a pire que soi! On a donc du mal à ne pas penser que les intentions ne sont pas totalement honnêtes et détachées de tout intêret inavouable.

Et bien, je vous rassure tout de suite, je ne parlerai que des mauvais que j'aime. Et oui, la seule façon d'être objectif est de commencer par reconnaître sa subjectivité. On ne critique correctement que ce qu'on aime! Ça semble paradoxal, mais le dicton populaire nous le fait comprendre : "qui aime bien, châtie bien". D'ailleurs, je trouve que la vie est trop courte pour s'emmerder à parler de ce qu'on aime pas. Pour connaître ce que je n'aime pas, c'est facile, c'est ce dont je ne parle jamais!
Pour les autres, hagne donc, j'enfourche ma massue et je suis sans pitié, si j'éclate les têtes, c'est par amour, ce qui est une considérable consolation.
Pour terminer, je ne parle pas des gens que je connais personnellement, ce qui permet d'éviter des conflits directs avec des gens qui, possiblement,
- n'ont pas forcément la même vision que moi de la subjectivité/objectivité/sens de la liberté sacrée/qui aime bien chatie bien
- ont une massue plus grosse que la mienne (si ça se trouve), hagne donc, on n'est jamais trop prudent non plus…

Du coup, ceux que je connais personnellement ne peuvent pas savoir si je les trouve mauvais ou pas, nyark, nyark. En même temps, je pense qu'il s'en foutent pas mal, ce en quoi ils ont bien raison, hagne donc.

Le plus mauvais groupe du monde

Les Shaggs, mauvais cultissimes
Les Shaggs, mauvais cultissimes
Ce n'est pas inintérressant d'être "le plus mauvais"! C'est beaucoup mieux que d'être noyé dans la masse, ça créé du buzz, et ça peut rendre culte. Le problème, c'est qu'on ne peut pas non plus le faire exprès, faire semblant, il faut que ce soit pour de vrai, brut de fonderie, sincère. Voilà, c'est le mot, il faut être, sincèrement, le plus mauvais groupe du monde. Pas facile!

Un certain consensus se fait autour des Shaggs pour cet enviable titre. Trois sœurs dont le papa, très riche et pas très lucide sur le talent de sa progéniture, produisit le disque "philosophy of the world". C'est remarquable tellement c'est mauvais, c'est juste comme il faut. Rythme approximatif, chant lamentable, son dégueux, paroles insipides, hagne donc.
Il se dégage pourtant quelque chose de l'affaire. Une naïveté, une forme d'art brut qui donne envie de s'attarder malgré tout. Du coup, avec le temps, les Shaggs sont devenues cultes, Frank Zappa les classait 3ème de son top personnel, le disque est régulièrement réédité. C'était pas facile, bravo!

L'art d'être mauvais

Edouardo, personnage attachant et sympathique
Edouardo, personnage
attachant et sympathique
Les moins de vingt ans ne se souviennent peut-être pas de ce sympathique mauvais, objet d'un énorme buzz au milieu des années 90: Edouardo. Il faut comprendre qu'à l'époque, Internet était bien loin de ressembler à ce qu'il est aujourd'hui et c'est par la télé que l'Italien fit son trou. Il y avait une petite chaîne indépendante qui proposait de venir enregistrer son annonce à l'écran. Ceux qui connaissent les parodies d'Elie Semoun voient de quoi je parle. Et bien, notre Edouardo décida d'utiliser ce vecteur pour promouvoir ses petites chansons. Rapidement, il se retrouva dans tous les zapping et eût droit à un magnifique quart d'heure de célébrité. Son tube, car on peut parler de tube, s'appelait "je t'aime le lundi". Je suis convaincu qu'il était totalement sincère en le chantant (sinon, ça ne le fait pas). Mais j'ajoute qu'il a montré par la suite une capacité d'autodérision vraiment excellente (pas si idiot, le bestiau).
Il fut invité à venir se faire foutre de sa gueule dans toutes les grandes émissions de variétés et il y alla avec une gentillesse et un sens de l'humour qui me font infiniment respecter cet hurluberlu.
Il est intéressant de voir, en revanche, le degré d'honnêteté des réactions de ceux qui se trouvaient avec lui sur les plateaux. Je me souviens clairement que Patrick Sébastien n'avait pas cherché, comme tous les autres, à faire croire à notre Edouardo qu'il était un génie, et j'avais apprécié cette honnêteté dans l'hypocrisie ambiante. À l'inverse, j'avais été douloureusement impressionné par les commentaires dithyrambiques de Frédéric Mitterand. Je me souviens que, un peu plus tard, notre ministre de la culture actuel avait comparé Loana à Marylin Monroe. Hagne donc! Ça me fait un peu peur, monsieur le ministre…

Pour en revenir à notre chanteur au si doux accent transalpin, je trouve qu'il a su être mauvais avec talent et j'aimerais bien en dire autant.

Les mauvais super bons

Luther Perkins
Luther Perkins
Il y a les mauvais et il y a les bons qui sont mauvais. Personne n'étant parfait, les bons ne sauraient être bons partout, tout le temps et dans tous les domaines. Voici donc un petit florilège des mauvaisetés qu'on peut relever chez quelques bons (et même hachement bons).

- la chanson des Rolling Stones "the singer not the song"
Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est vraiment le top du top de la merde en barre, cette chanson. Les Stones n'ont pas tout réussi, c'est bien normal, mais qu'ils aient sorti ça! et qu'ils l'aient laissé paraître sur un disque! c'est tout simplement hallucinant.

- la guitare de Pete Townshend
Pete Townshend est certainement l'un des plus grands créateurs de la pop anglaise des années soixante, ce qui n'est pas rien. Mais il avait tendance à être frustré de son propre jeu de guitare assez limité techniquement. On dit que s'il cassait toujours sa guitare à la fin du concert, c'est en partie à cause de cette frustration. Bon, limité techniquement, peut-être, mais intelligent, as de la construction, de l'arrangement qui paraît si simple, des paroles à tomber par terre et des harmonies vocales qui flinguent. Des mauvais comme ça, il m'en faudrait plein d'autres s'il vous plaît.

- Luther Perkins Guitariste soliste de Johnny Cash, il a sa bonne part de responsabilité dans la mise au point d'un son parmi les plus excitant des années cinquante. Pourtant, il est plus que limité techniquement et il n'arrête pas de se gourer dans la mesure, c'est sur les disques! Ajoutons à cela que si le Cash avait une grande présence scénique, on pourrait comparer celle de son guitariste avec celle d'un poisson vendu par Ordralphabétix après une bagarre.
Mon vieux Luther, je te bastonne comme ça, mais si j'avais réussi à apporter à la musique du monde le millième de ce que as fait toi, je serais peut-être enfin digne de nouer le lacet de ta sandale.

- la basse de Johnny
Pour terminer ce petit billet d'humeur, un mot d'un excellent morceau de Johnny "cheveux longs, idées courtes". On se souvient que Johnny chantait cette chanson en réponse aux élucubrations d'Antoine, lequel prétendait enfermer Johnny en cage à Medrano. Bien. J'ajoute, que pour moi, c'est Johnny qui gagne le combat haut la main, sa chanson n'a pas vieilli d'un pouce là où celle d'Antoine.... aïe, aïe, aïe! (cela n'engage que moi).
Mais si on écoute bien le morceau, à la fin, on s'aperçoit que le bassiste se plante et oublie de changer d'accord au bon moment. Incroyable! il se rattrape, et on imagine bien le type, ni vu, ni connu, se gardant bien d'avouer sa faute au prix d'une nouvelle prise! Le plus beau, c'est que personne ne moufte puisque c'est sur le disque! c'est carrément dingue, mais c'est vrai.C'est un des quelques fameux pains qui resteront gravés pour l'éternité, bravo!