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Le programme de la gig

Grand Jacques
Les flamandes
La valse à mille temps
Ne me quitte pas
Le moribond
Les bourgeois
La statue
Madeleine
Le plat pays
Bruxelles
Le caporal casse-pompon
Rosa
Les bigottes
Quand maman reviendra
La fanette
Mathilde
Les bonbons
Le dernier repas
Au suivant
Amsterdam
Ces gens là
La chanson de michou
L'âge idiot
La chanson des vieux amants
Les remparts de Varsovie

michel z chante Brel : présentation

Jacques brel
Ça faisait longtemps que ça me démangeait.

Chanter du Brel, je le fais depuis toujours. Quelques chansons au cours de soirées, ou même en concert, mais juste une ou deux. L'idée de faire tout un spectacle me hantait, mais la raison m'envoyait quelques bons arguments bien dissuasifs.

Les arguments de la raison

Voici ma réponse à ces excellents arguments que nous donne la raison en réajustant sa belle cravate grise.
Jacques brel
Me voilà donc parti sur ce tour de chant. Deux dates pour lancer l'affaire en octobre, le 2 à l'Ambassadeur, rue de la Délivrande et le 10 au Niouzz, boulevard Leroy. On est en terrain ami!

Pour le programme, j'ai décidé, bien sûr, de chanter ce qui me faisait plaisir, mais avec le souci que tout le monde s'y retrouve. Il faut donc quelques "tubes". Mais il s'avère que les deux aspects du problème ne sont pas incompatibles et que le liste est assez bien équilibrée, à mon avis.
Deuxième parti-pris, celui de chanter la liste par ordre chronologique. Comme tous les artistes, Brel a évolué dans le temps, et on a un aperçu de cette évolution dans le programme. Cependant, j'ai mes périodes préférées, et on voit que certaines années de Brel sont beaucoup plus représentées que d'autres dans ma setlist.

Les chansons

Grand Jacques (1954)

Les premières chansons de Brel ne sont pas celles que je préfère. Il les avait d'ailleurs lui-même sévèrement jugées. Il y en a néanmoins quelques unes qui sortent du lot. Il y a évidemment "Quand on n'a que l'amour", mais je n'ai pas vraiment la clef z pour la chanter celle-là. Par contre, j'aime bien ce "Grand Jacques" tout simple et drôlement éfficace. Brel est très bon quand il parle de lui-même.

Les flamandes (1958)

J'en connais plein, de ces flamandes, de ces personnes dont la vie est déjà toute tracée à la naissance. Chaque étape est prévue, et si ça se passe autrement, c'est la catastrophe! Quelle tristesse. Brel tourne ça en ridicule avec son talent pas encore si habituel à l'époque.
L'architecture de la chanson est archi-classique chez Brel, on parle de la flamande à vingt, puis à trente, puis à soixante-dix et cent ans. On repasse toute sa vie en deux minutes. Il m'arrive de me mélanger les pinceaux entre les paroles étant donné le parallélisme des couplets. Aussi, j'espère que personne ne m'en voudra si je dit "mollir" à la place de "sentir" ou "sourire" au lieu de "frémir".

La valse à mille temps (1959)

Je l'ai beaucoup chantée celle-là. On est dans l'exemple le plus criant du crescendo brélien. Ce qui est rigolo, ce sont les paroles du refrain débitées de plus en plus vite, un bel exercice de diction. Je m'en sors bien, sauf sur la phrase "333 fois l'temps de bâtir un roman". Je n'arrive pas à articuler le 333, même à vitesse lente au premier passage.

Ne me quitte pas (1959)

Le voilà donc ce monument! Je n'ai jamais osé chanter ça jusqu'à présent, mais, inspiré par des artistes qui l'ont reprise avec bonheur, j'ai trouvé la clef z! Je suis donc beaucoup moins dans le drame que Brel, mais je mets un petit groove (si, si) de ma façon. Je modifie également très légèrement l'harmonie pour y caler une petite sixte comme je les aime! (sur "où l'amour sera loi, ou tu seras reine...")
Johnny avait aussi repris cette chanson en 1984. Beaucoup se sont moqués de lui; moi, j'avais trouvé ça pas si mal.

Le moribond (1961)

Celle là aussi, qu'est-ce que j'ai pu la chanter! Elle est très festive, malgré son titre et son sujet. Tout le monde peut reprendre le refrain "j'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse...". C'est bien du Brel! Il a repris ce thème plusieurs fois (le tango funèbre, à mon dernier repas).

Les bourgeois (1962)

Autre fameux cheval de bataille, succès assuré (dans tous les milieux, même les plus concernés!). Là encore, tout le monde peut reprendre le refrain arci-célèbre. Normalement, au dernier refrain, ça change. Comme c'est le vieux bourgeois qui le dit au commissaire, rapportant ce que les jeunes peigne-culs lui ont chanté, le ton est très pincé. Mais il est impossible de chanter ça de cette façon si tout le monde s'y met! Ce sont automatiquement les jeunes peigne-culs qui reprennent le dessus, et c'est très bien comme ça!

La statue (1962)

Quand Brel se moque des autres, il est très dur. Quand il se moque de lui-même, il est impitoyable! Cette chanson est une réussite absolue, un véritable chef-d'œuvre. Le génie s'exprime. Je suis content d'avoir trouvé la clef z car ça faisait longtemps qu'elle me trainait dans la tête cette chanson.
Jacques brel

Madeleine (1962)

Jazz au pays de Brel!
Pour les paroles, on est en terrain connu : départ en vainqueur et fin en vaincu, avec un retour de l'espoir pour le lendemain, même si l'auditeur sait parfaitement que le lendemain sera comme aujourd'hui: une défaite.
Pour classique qu'elle soit chez Brel, cette construction est toujours efficace et réjouissante. Ici, c'est magistralement réussi, l'archétype du genre.
Pourtant, ce que je préfère dans cette chanson, c'est la musique jazz que ne renierait pas un bon groupe New-Orleans. Les harmonies sont breliennes archi-classiques, là encore, et pourtant il y a un je-ne-sais-quoi de spécial, swinguant. Un jour, Brel fut accueilli par cette musique jouée par une fanfare jazz, j'ai vu les images à la télé.

Le plat pays (1962)

La seule chanson dont Brel disait qu'elle pouvait se passer de la musique. C'est aussi la seule pour laquelle il jouait de la guitare sur scène. Comme si elle n'avait pas eu besoin non plus de la gestuelle de Brel pour donner tout son effet.
C'est vrai que le texte est extraordinaire. Il est clair qu'à cette époque, Brel a acquis un savoir-faire, une maîtrise absolue. C'est d'ailleurs pour cela qu'il finira par arrêter de chanter et qu'il passera à autre chose (le cinéma).

Bruxelles (1962)

C'est curieux, je trouve que cette chanson s'apparente plus à celle des débuts de Brel, avec la maîtrise en plus, peut-être. C'est à nouveau le rythme jazz, mais un peu moins réussi que dans "Madeleine".
Ce qui est excellent dans cette chanson, c'est le passage récurrent "y avait mon gand-père, y avait ma grand-mère"... irrésistible!
Par contre, la fin est un peu ratée...
Jacques brel

Le caporal casse-pompon (1962)

La chanson préférée de mes enfants. Pourtant, elle a beaucoup vieilli, puisque le ressentiment envers les allemands dû à la guerre est quand même une chose ancienne, en 2009. Mais elle garde tout sa force comique, et je crains que cet accent allemand ne garde longtemps cette connotation autoritariste.
Elle n'est pas facile à chanter, car il faut vraiment appuyer sur les effets, et donc passer par dessus ses inhibitions. Je n'ai pas envie de découvrir une clef z qui me permettrait de passer outre... Il faut donc relever le gant après Brel!

Rosa (1962)

Ce n'est pas ma préférée, je trouve même qu'elle est en dessous des autres dans le sens où la construction n'est pas aussi magistrale. En effet, le dernier couplet (le quatrième - c'est le tango des récompenses qui allaient à ceux qui ont la chance d'apprendre dès leur enfance tout ce qui n'leur servira pas) fait un retour sur le deuxième (c'est le tango des forts en thème, boutonneux jusqu'à l'extrême) avant la conclusion "naturelle" (c'est le tango qu'on regrette, une fois que le temps s'achète).
Néanmoins, elle est réjouissante par son refrain que tout le monde connaît (et qui permet de se souvenir de sa première déclinaison!) et parce qu'elle est truffée d'idées géniales.

Les bigottes (1962)

En général, je préfère quand Brel se moque de lui-même que quand il se moque des autres. Mais là, c'est tellement réussi! Comme pour les flamandes (il y a d'ailleurs une parentée entre les deux personnages).
J'aime bien le fait que, tout en se moquant cruellement d'elles, il leur réserve un fond de tendresse à ces bigottes.
Chanson géniale, une de plus pour Brel (en cette année 1962 qui en compte beaucoup, vous avez remarqué?)
Jacques brel

Quand maman reviendra (1962)

Nouveau chef-d'œuvre. Brel s'invente une famille. C'est un procédé dont il use souvent avec succès. Ici, le héros c'est le père, un père bien éloigné de celui de cette autre superbe chanson : "Mon père disait". Ici, c'est un pauvre looser alcoolique que la femme a quitté et dont l'un des fils est en prison. Du reste, aucun de ces pères ne correspond à Romain, le vrai père de Brel.
Brel réussit ici un tableau particulièrement saisissant en mêlant l'humour au drame, j'adore...
En ce qui me concerne, la difficulté consiste à ne pas se mélanger les pinceaux sur la grille d'accords. Il faut faire attention notamment à ne pas confondre avec Rosa, car je joue les deux dans la même tonalité (en mi). Or les harmonies breliennes sont toujours un peu semblables...

La fanette (1963)

Je n'adhère pas aux valeurs de cette chanson; "je la croyais à moi...", (comme si l'être que vous aimez pouvait vous appartenir d'une quelconque façon). Il y aussi le côté "trahi par son meilleur ami", tout ça. Et puis un brin de la mysoginie de Brel: on ne peut vraiment pas faire confiance aux femmes (qui pervertissent vos meilleurs amis).

Pourtant, cette chanson est une de mes préférées, parce que c'est une des plus belles et des plus implacablement triste. Brel avait donné cette chanson à Isabelle Aubret qui y ajoutait une petite introduction. Il fallait en effet expliquer que c'était un homme qui parlait.

Mathilde (1964)

Mon père disait, après avoir vu les images sur scène de Brel chantant Mathilde, "comment peut-on chanter comme ça et ne pas crever aussitôt après?"
C'est vrai que c'était un sacré spectacle. Brel répandait ses tripes et son sang pour envoyer au public les affres de cet amoureux bafoué. On voit, dans cette chanson fantastique, ce côté de Brel que j'aime beaucoup, il essaie d'être macho sans y parvenir, l'amour étant le plus fort. Je crois que Brel était assez mysogyne, mais pas macho.

On retrouve donc la problématique récurrente: comment chanter ça après Brel?
J'ai trouvé la solution sur "Ne me quitte pas", mais pas ici. Tant pis, je la chante quand même parce que ça me plaît!

Les bonbons (1964)

Je ne suis pas un inconditionnel de cette chanson, mais c'est un gros tube, et j'aime bien les petites modulations majeur-mineur (très classiques).
En plus, elle est quand même rigolote.
Le passage que je préfère, c'est quand il dit "sur le kiosque, on joue Mozart", en détachant bien le i du o dans kiosque, accent belge oblige, et qu'on entend une jolie ritournelle de violon qui figure ce mozart qu'on entend. Évidemment, avec ma guitare, je suis bien incapable de reproduire cet effet, pas de bol!

Le dernier repas (1964)

Je préfère ma version de cette chanson à celle de Brel! et oui!
En effet, j'applique la même clef z que pour "Ne me quitte pas", c'est à dire un petit groove des familles. Cela allège la chanson qui est, chez Brel, assez lourdement enregistrée, franchement.
Du coup, ça devient une de mes préférées! Bon, j'espère que le public aura la même appréciation...

Au suivant (1964)

Nouveau morceau d'anthologie. Là encore, il faut laisser ses inhibitions au placard si on veut que ça marche.
Je ne chanterai plus jamais cette chanson sans penser à cette version sympathique que nous fîmes, avec mon ami Jule, chanteur de l'Air Éthique, quand nous étions en vacances dans les Cévennes.

Amsterdam (1964)

C'est sans doute la chanson de Brel que j'ai le plus chantée, un monument. C'est drôle, mais Brel n'avait pas vu tout de suite que cette chanson ferait un effet terrible. Il pensait que c'était un titre secondaire. Keith Richards avait fait la même erreur d'appréciation avec "Satisfaction".
La réaction du public, dès le premier soir où il la chanta, lui fit comprendre qu'il tenait un gros truc!
Jacques brel

Ces gens là (1965)

C'est en entendant cette chanson, un jour aux nouvelles galeries, à Caen, que j'eus mon deuxième choc brélien. Oh, je la connaissais déjà! Mais, je ne sais pas ce qui s'est passé, je me suis mis à ne plus rien écouter d'autre que Brel pendant des mois.
Ce tableau familial est encore plus réussi que celui de "quand maman reviendra". La force de cette chanson est incroyable. En plus, il se moque de lui-même et c'est là qu'il est le meilleur et le plus dur.

La chanson de Michou (Jacky) (1965)

Une chanson festive façon "bourgeois" ou "moribond", c'est à dire avec un refrain que tout le monde peut reprendre. Ici, c'est particulièrement réussi, original et très brélien ("être une heure seulement, beau et con à la fois").
Il y a un petit rythme sympa, la chanson est du meilleur cru, et je la chante depuis longtemps en remplaçant "Jacky" par "Michou", et voilà!

L'âge idiot (1965)

C'est une des chansons les moins connue de mon programme. Elle est pourtant excellente, avec un crescendo brélien, une construction chronologique qui reprend toutes les étapes de la vie. Le final est fabuleux (on a les yeux enfin ouvert mais on ne se regarde plus... on redevient petit enfant dedans le ventre de la terre). En plus, la musique est du type tango, originale chez Brel.
Je la chante aussi depuis longtemps.

La chanson des vieux amants (1967)

Je ne pensais pas reprendre celle_là jusqu'à ce que j'y applique ma clef z, celle de "ne me quitte pas" ou "le dernier repas", à savoir un petit groove et un chant allégé. Du coup, je m'y sens très bien!

Les remparts de Varsovie (1977)

Cette chanson fait partie du dernier disque de Brel, quand il a refait un album après des années d'arrêt. Cet album "les marquises" et celui de mon premier choc brélien. Je m'en souviens parfaitement, j'avais douze ans et je l'écoutais en boucle. J'ai dû user le vinyl de mes parents jusqu'à la corde!
Il y a des chansons plus fortes que d'autres sur ce disque. Moi, j'adorais "La ville s'endormait" (chanson très mysogyne) ou "Orly". J'ai choisi ces "Remparts de Varsovie" pour clore le tour de chant car c'est plus rigolo et festif pour terminer!
Pas facile de se carrer toutes les paroles dans la caboche, mais ça devrait le faire!