une chanson: Jelly Roll
Je chante très souvent cette chanson de Charley Patton car c'est quasiment le succès assuré en gig. On la connaît sous plusieurs titres et j'aime bien celui de "Jelly Roll", mais on la rencontrera plus souvent sous celui de "Shake It, Break It". De toute façon, le côté grivois de l'affaire n'échappait à personne à l'époque. Le Jelly Roll, c'est le gâteau roulé, mais il sert aussi à désigner, de façon détournée, un attribut masculin qui a à peu près la même forme cylindrique. Aussi, quand Charley Patton dit "secoue-le, casse-le, envoie le contre le mur, balance le par la fenêtre mais rattrape le avant qu'il ne tombe, sweet mama, ne le laisse pas tomber!", on note qu'à cette époque, dans les années vingt, on savait rigoler!version de Charley Patton
Cela dit, si j'aime cette chanson, ce n'est pas à cause de cet aspect comico-paillard, mais c'est à cause de sa musique irrésistible. Le jeu de guitare de Charley Patton est une chose extraordinaire. Riche et subtil, je me garderais bien de seulement essayer de l'imiter. Sur "Spoonful blues", son slide est une des dix merveilles du monde, rien de moins. Sur la chanson qui m'occupe aujourd'hui, il y a ce rythme assez marqué et propice à la danse. Il s'accélère au fil du morceau et fait monter la sauce jusqu'au jaillissement final. La petite ritournelle de fin de couplet fait mouche, "My Jelly, my Roll, Sweet mama don't let it fall" chantée de plus en plus vite et de plus en plus fort.
Ma version date de l'époque où je jouais avec les Clarksdale. Ça commence par des arpèges à la guitare, les basses ne sont pas encore marquées et on dirait un morceau doux. À partir du deuxième couplet, on attaque les basses à deux temps ce qui donne un genre de rythme country très lisible. Puis il suffit d'accélérer et accélérer encore jusqu'à la limite du possible. Je veille cependant à deux choses :
- que l'articulation des paroles reste correcte
- que le marquage des basses reste bien audible.

Charley Patton vu par Crumb
En fonction de mes possibilités du moment, je juge donc jusqu'à quelle vitesse je peux aller et j'appuie sur le champignon. Je ne chante que deux couplets, en alternance, là où Patton en fait plus mais dont le (double) sens m'échappe la plupart du temps. Je privilégie exclusivement la musique qui est déjà assez réjouissante en soi.
Je fais donc un couplet à débit rapide

Charley Patton vu par Crumb
(d'après la seule photo qu'on connaisse de lui)
" You can shake it, you can break it,
you can hang it on the wall
Throw it out the window, catch it 'fore it roll
You can shake it, you can break it,
you can hang it on the wall
...it out the window, catch it 'fore it falls
My jelly, my roll, sweet mama, don't let it fall"
puis un couplet avec beaucoup moins de syllabes
"Everybody have a jelly roll like mine, I lives in town
I, ain't got no brown, I, an' I want it now
My jelly, my roll, sweet mama, don't let it fall"
Cela créé un autre rythme dans la chanson avec cette alternance couplet au débit
rapide - couplet au débit lent. Ajouté à l'accélération progressive, cela me fait
immanquablement penser à "La valse à mille temps" de jacques Brel qui utilise
exactement le même procédé. On peut également citer le célèbre "Rock Island Line" dans le genre.
Quand je sens que je suis à la limite du possible, j'envoie un couplet au débit rapide puis un couplet instrumental. Il est important de particulièrement bien marquer les basses lors de cet instrumental, et notamment la montée de basse du cinquième degré vers le premier suivi de la même en descente. C'est archi-classique, pas compliqué à faire, et ça fait son effet.
Je termine enfin, toujours par un couplet au débit rapide, avec la ritournelle de fin répétée trois fois. La fin doit être parfaitement nette sur une cadence parfaite V-I que je laisse sonner mais que je ne prolonge pas.
Cette chanson est l'une de celles pour lesquelles j'ai le plus de vidéos. Il faut dire que je la chante beaucoup, je l'ai même chantée devant une classe de maternelle! (sans donner le sens des paroles évidemment...)