michel z, Chanteur de Blues > Aventures > t'as voulu voir Gabriac (on the road again, le 16 juillet 2009)


t'as voulu voir Gabriac

La route, c'est toujours la route. Une longue bande bleue-grise, régulièrement peinturlurée de blanc, qui semble interminable et qu'on finit par terminer néanmoins. Une route, c'est une route, n'importe qui est capable de la décrire et de la visualiser, même s'il ne l'a jamais vue.

Pourtant, il y a route et route.

Il y a l'autoroute. Boulotage de kilomètres entre deux pauses pipi sur des stations qui ne ménagent pas toujours leurs efforts, vains, pour tenter de faire croire qu'elles ont une âme. Et vas-y que je te dépasse Clermont-Ferrand comme qui rigole, vas-y que la portion truc, la bretelle machin, à fond de train et sans m'en apercevoir.
vue d'une aire d'autoroute, quelque part du côté de Clermont-Ferrand
vue d'une aire d'autoroute...
vue d'une aire d'autoroute, quelque part du côté de Clermont-Ferrand
... quelque part du côté de Clermont-Ferrand


Ça monte bien un brin de temps en temps, puis ça descend tout aussi sec. Les volcans d'Auvergne se mettent à pousser, bientôt suplantés par des montagnes couvertes de forêts. C'est beau.
Sur l'autoroute, on voit les choses à voir dessinées sur des panneaux marrons. Le château ceci, l'Abbaye cela. Les loups du Gévaudan. À chamallières, on ne voit pas la figure de Valery Giscard d'Estaing, mais nous ignorons alors que notre présidentialité ne fait que commencer.
Sur l'autoroute, on s'autosatisfait du travail accompli, on est en avance sur le planning.
Et toujours, dans la tête, cette ritournelle insistante :"T'as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul. T'as voulu voir Vierzon et on a vu Vierzon..."
la route
la route
la route
la route


Puis on quitte l'autoroute. Il reste un peu de route nationale, puis un peu de départementale, ça se tire les amis! ça sent la soupe, l'écurie, la douche!
Ouh la, elle monte et elle descend drôlement cette nationale! Et puis si ça c'est la nationale! une route où on peut à peine se croiser, encore moins se doubler, qu'est-ce que ça va être que la départementale?

Je me mets à penser à ce grec qui avait démontré que la flèche ne peut jamais atteindre sa cible et dont le nom ne me revient pas (celui du grec, pas de la flèche, la flèche, je m'en souviens, s'appelait "droit au but et pas d'histoire", en grec ancien évidemment).
Ce grec, donc, expliquait que, quel que soit le chemin qui restait à parcourir, il fallait d'abord faire la moitié de ce chemin. Puis, avec ce qui restait, il fallait encore commencer par la première moitié et ainsi de suite. Donc il restait toujours d'abord une moitié, puis une moitié de moitié... les moitiés devenaient petites, petites... n'empêche, on atteignait jamais la cible!

Ce raisonnement imparable tint nos matheux en haleine pendant pas mal de temps. Il faut dire que la vraie flèche, elle, atteignait la cible sans faire de manière, dzoinng, tout juste comme si elle n'avait jamais su ce qu'était une moitié, et encore moins une moitié de moitié! l'inculte!

Ce fut résolu aussitôt qu'on eût compris qu'il y avait des conditions au limites, tout ça... là n'est pas mon propos.

Parce que, pour la route, le coup des moitiés m'a paru vertement pertinent. J'ajouterais même des corollaires au théorème, moi. Par exemple, des fois, les moitiés, eu lieu de se rapetisser, elles s'allongent! Il faut dire que, contrairement à ce que j'ai toujours cru, les kilomètres n'ont pas tous la même longueur! oh, non! et je peux dire que les derniers qu'on a fait, ils étaient beaucoup plus long que les premiers!

On se serait cru sur le tour de France. Je me demande d'ailleurs comment font les coureurs pour descendre ce genre de col, à toute berzingue, sans se tuer tous les vingt mètres. C'est de la folie!

Après une départementale pas pire que la nationale et des petits chemins perchés tels qu'on ne les voit que dans ses cauchemars ou dans les dessins animés de Vil Coyote, on a fini par arriver.

Sur le chemin, on trouve un patelin du nom du "Pompidou", joli nom s'il en fût qui nous fit nous sentir toujours plus présidentiels.

Nous voici installés à St Romans de Tousque, non loin de Ste Croix Vallée Française, non loin de Gabriac.

T'as voulu voir Gabriac? t'as vu Gabriac! mais on ne s'en est pas aperçu car on n'a pas vu la pancarte "Gabriac". C'est tout petiot, Gabriac!