michel z, Chanteur de Blues > Aventures > Pas le même blues de merde 3 (11 juin 2009)

Pas le même blues de merde 3

J'étais au States, du côté de San Francisco. C'était le jour du "Doggy-Bag", dans un restaurant Thaï ( voir les paroles de cette chanson qui figure sur "charity beans" ). J'étais avec des collègues et nous prenions l'avion le lendemain au petit matin après trois jours de labeur. Comme il nous restait un peu de temps avant le repas, nous décidâmes d'aller dans un magasin de disque, histoire de dénicher des trucs introuvables en Europe.
Et nous passâmes une bonne heure à flâner dans les rayons de ce magasin, cherchant des artistes rares. Je me souviens qu'il y avait UNE galette d'un certain "Johnny Hollyday". Pour le reste, ce n'était pas facile de dégoter les perles au fond de cette mer inconnue (ou plutôt une pépite dans cette rivière, n'oublions pas que nous étions en Californie).

Jazz et 29 blues

Jazz at Massey Hall
J'ai dû acheter cinq disques et je ne me souviens même plus précisément desquels. Il y avait celui du "Quintet at Massey Hall" que j'avais déjà, mais dans une édition plus intéressante (oui, je sais, d'ailleurs j'y suis allé chez les fous, à Picauville, mais ils ne m'ont pas gardé). Ce disque extraordinaire restitue l'enregistrement d'une "dream team" qu'on n'aurait pas osé rêver. Dizzy Gillespie à la trompette, Bud Powell au piano, Charlie Mingus à la basse, Max Roach aux drums et un certain Charlie "Chan" au sax alto. La tête de ce Charlie est coupée sur la photo de la pochette. Par contre, on l'entend bien, et on le reconnaît tout de suite, dans le disque. Il s'agit bien sûr de Charlie Parker qui se dissimulait ainsi pour des raisons contractuelles, "Chan" étant le nom de jeune fille de sa femme (Charlie Chan est aussi un célèbre détective). Mais qui espérait-il tromper?

Robert Johnson
Robert Johnson
Voilà, je ne me souvienne pas que d'aucun fit réellement l'acquisition de quelque chose introuvable en Europe ou sur Internet (ouah, la prase! je ne sais même pas si c'est correct). J'avais cherché sans succès un enregistrement de Charlie Parker (toujours lui) en 1952, au moment où il donnait sa chance à un petit jeune, un certain Chet Baker. Je finis par dégoter ça deux semaines plus tard à la FNAC St Lazare. Ça fait partie de ces enregistrements réalisés par les inconditionnels du Bird. Ces gars là trainaient partout où jouait Charlie, en trimbalant des magnétophones à bande. Pour économiser cette dernière, ils ne prenaient que les moments où leur idole jouait et stoppaient quand c'était le tour des autres, ce qui est une belle absurdité musicale. Mais c'est comme ça! On est ainsi privé des tous ces solos que les comparses du maître lui donnaient en guise de réplique. Red Rodney, Chet Baker et bien d'autres ont été amputés d'une partie de leur contribution à l'histoire...

Pour en revenir à notre magasin étatsunien, il me semble que mon collègue hollandais fit l'acquisition d'une intégrale de Robert Johnson, dont il existe une bonne vingtaine de versions chez différents éditeurs, à mon avis. Je lui racontai que Bob avait enregistré 29 chansons en tout et pour tout au cours de sa vie. Il me prit aussitôt pour une bille, vu que les plages du disque étaient numérotées jusqu'au ... 41.
Mais il en faut plus pour démonter un z bien lancé. Je lui rétorquai aussi sec que le beau Robert avait enregistré certains titres deux fois. Si on recomptait bien tout, on arrivait à 29 titres différents, et toc! Là-dessus mon collègue vérifia, recompta, s'aperçut que j'avais raison et comme c'était mon boss à l'époque, il m'augmenta de 29% dans le même mouvement. Bon, moi, j'aurais préféré 41%, mais il faut accepter son destin.
Notons qu'à l'époque, je croyais que ces deux versions de certaines chansons répondaient au besoin de choisir éventuellement la meilleure des deux... Pas du tout! En fait, c'était pour des raisons techniques. Il valait mieux avoir deux gravures pour faciliter et faire perdurer la reproduction future, et ça, c'est Jano, l'ingénieur du son de mon disque qui me l'a appris bien plus tard.

opossum, gros dégueulasse

not the same old blues crap 3
Mon boss acheta aussi une compil de la maison de production Fat Possum, compil dénommée "not the same old blues crap 3", soit, si je comprends bien, "pas le même vieux blues de merde 3". Il avait été attiré par le titre. Moi, je connaissais ce truc dont m'avait parlé Mehdi, l'ex chanteur de Clarksdale.

Une pochette d'une mocheté qui dépasse celle des pires pochettes des Rolling Stones! (par contre, c'est fait exprès, contrairement aux Stones). Une succession de titres et d'artistes qui n'ont quasiment d'autres rapports entre eux que d'avoir enregistré pour la fameuse maison de disque Fat Possum.

Fat Possum Records
Possum, ça veut bien dire opossum, apparemment. Ce sympathique marsupial devient donc gras (fat) et on le retrouve, sur le logo de la compagnie, en train de humer le délicieux fumet d'une poubelle! En plus, c'est basé à Oxford, Mississipi, faut l'faire!
On nage dans le bon goût, mais, encore une fois, c'est fait exprès, donc, no problemo.

Voyons les artistes qui hantent cette galette de plastique.

Certains noms sonnent fortement à mes oreilles. RL Burnside, Robert Pete Williams et surtout Fred Mc Dowell. C'est le fond de la bouteille de whisky du blues, celui qui est bien épais.
Ça n'a pas encore commencé que j'entends déjà les slides en open tunning comme des acouphènes du diable.

D'autres noms, tout aussi connus, me surprennent. Iggy and the Stooges?

Après il faut écouter. Le blues tout seul à la guitare electrique de Charles Cadwell qui n'est peut-être pas pour tout à fait rien dans le fait que je me sois lancé dans la même formule. La reprise magnifique du "I found out" de John Lennon par Nathaniel Mayer, avec les cris et tout et tout. Les RL Burnside à tomber par terre, les rock, les punk, les blues de la campagne et ceux de la ville. Grand n'importe quoi de foutoir d'auberge espagnole de super bonheur de gros pied.

Voilà. C'est le 3, donc il y a aussi un 1 et un 2, j'en parlerai peut-être un jour (I'll be back).

Après ça, il n'y avait plus qu'à quitter le fief du "Governator", ce territoire mythique rêvé par Robert Johnson, le Doggy-Bag rempli de belle musique dégoulinante de bouffe thaïlandaise et de souvenir de matches de base-ball sur la baie de San Francisco.

Good bye California. Quand je reviendrai, ce sera sur un grand cheval blanc de chez Harley Davidson et je donnerai une putain de gig!