michel z, Chanteur de Blues > Aventures > Merci X (9 juin 2009)

Merci X

J'ai des amis qui n'hésitent pas à critiquer les commentaires sportifs, à la télévision. Certains n'ont pas peur de dire que le commentaire sportif est au journalisme ce que la conversation de bistrot est à la poésie homérique : une pâle copie un peu ridicule. D'autant que le commentaire sportif n'a pas l'excuse de se tenir dans un bistrot, lieu dans lequel il est bon de parler pour parler, activité saine et hygiénique qui est la vraie justification de l'existence des bistrots (parce que si c'était pour boire, on pourrait se contenter d'acheter son picon chez Carrefour).


Thelonious Monk - au théâtre de la mutualité (Paris)
envoyé par alternativa. - Regardez plus de courts métrages.


Le commentaire sportif atteint, il est vrai, des sommets insoupçonnés! Par exemple, dans le tennis, sport dont je suis friand :

"- l'arbitre : Faute!
- le commentateur : Oh lalalalala, il a mis la balle dehors, il perd le point !
- l'arbitre : 15 - 40
- le commentateur : ça fait 15 - 40, oh lalalalala, c'est une balle de break! S'il perd ce point, il perd son jeu de service!"

Voilà, c'est ce qu'on appelle un commentaire à forte valeur ajoutée !

L'athlétisme, sport que j'aime beaucoup (à la télé, parce que sinon...)

"-le commentateur : Marie-Jose Perec va-t'elle remporter son pari et gagner cette deuxième médaille d'or? Marie-Jose Perec! Marie-Jose Perec! Marie-Jose Perec! Marie-Jose! Marie-Jose! Marie-Jo! Marie-Jo! Ouiiiiiiii, Marie-Jose Pereeeeeeeeeeeeeeec!"

Ça, c'est le commentaire passion!

Bon, je me moque comme ça, mais au final, on les laisse les commentaires parce que sans, c'est chiant ! Le tour de France, par exemple, bien commenté, est dix fois plus passionnant, car il y a plein d'enjeux diplomatiques, des tenants et des aboutissants, des stratégies... qui ne se voient pas directement à l'écran et qui donnent tout le sel à la course. Patrick Chêne était le meilleur que j'ai connu à cet art.

Mais j'ai découvert récemment que le commentaire musical n'avait parfois rien à envier à n'importe quel commentaire sportif. Il s'agit d'un extrait télévisuel consacré à mon maître Thelonious Monk en 1966. Monk joue "Lulu's back in town" à la mutualité. Je ne sais pas qui est le commentateur, peut-être le fameux Bernard Tournois dont il est question dans le générique? dans le doute, appelons-le X. En voilà un qui aurait mieux fait de rester couché ce jour là.

Le début, ça peut aller. Il annonce l'événement, parle de Thelonious comme du grand créateur du jazz moderne avec Charlie Parker et ... Miles Davis. Rien de choquant. Il annonce ensuite l'arrivée d'André Francis qui va présenter le quartet au public de la mutualité. Parfait.
C'est là que ça commence à déraper. Plutôt que de se taire et de laisser le téléspectateur écouter André Francis, notre parasite continue de parler par-dessus.
En plus, c'est pour dire des banalités, voire des énormités "Thelonious Monk est un personnage extrêmement particulier, il ne parle pas français, il est très nerveux."
C'est vrai que ne pas parler français est une particularité partagée par quelques milliards de personnes dans le monde. Quand à la nervosité, on peut dire que l'attitude de Monk tout au long du film va la démentir clairement.

Quand on sait qu'André Francis est un immense journaliste de jazz qui a permis de faire connaître cette musique à des millions de gens, dont votre serviteur, on pourrait au moins écouter sa présentation de Thelonious au lieu de dire n'importe quoi! André Francis est l'auteur de cette bible du jazzophile qui s'intitule tout simplement "Jazz", dans la collection solfège. Bouquin qui fut mon livre de chevet bien avant que je n'écoute la moindre note de jazz (et oui, je sais, c'est curieux, mais c'est vrai!).

On entend enfin quelques phrases d'André Francis qui se met alors à présenter les musiciens du quartet de T. Et là, on tombe dans l'extraordinaire, dans ce que le commentaire sportif n'ose même pas faire! Notre X répète bêtement les noms à la suite d'André Francis, comme si ça apportait quelque chose! Il faut l'entendre pour le croire...

Quand T entre, notre expert commentateur dit "je vous laisse maintenant en sa compagnie", mais notre joie est de courte durée, puisqu'il s'empresse aussitôt de se remettre à parler.
À ce moment là, Thelonious commence à jouer, mais c'est la voix adorée de notre speaker préféré que l'on entend avant tout!
En fait, Thelonious est simplement en train de prendre la mesure du piano sur lequel il va jouer tout en permettant à Charlie Rouse et Larry Gales de s'accorder. Il n'a pas vraiment commencé le morceau. Cela n'est néanmoins pas une excuse car
- Thelonious qui s'accorde, c'est déjà du Thelonious
- Notre ami n'a pas compris que ce n'était que l'accordage, comme on le voit plus tard d'après ce qu'il dit, cette excuse ne vaut donc pas pour lui.

Quand enfin notre incollable découvre que ce n'était pas le morceau qui a commencé, il se remet à parler... précisément au moment où le concert commence pour de bon. Et comme on arrête pas un bon X sur sa lancée, il parle encore un peu plus loin (alors que c'est un crime que de saloper une intro de Thelonious) pour dire... une nouvelle connerie puisqu'il présente le morceau "Lulu's Back In town" comme étant une composition de Monk! S'il est vrai que T adorait ce morceau et se l'était magnifiquement approprié, ça n'en reste pas moins une chanson de Fats Waller. Parle à Monk, ma tête est malade (c'est con, mais ch'suis content d'là placer celle-là).

Cette fois-ci, c'est fini. Notre commentateur ferme enfin son detestable clapet et laisse s'écouler la musique. Et là, on comprend enfin sa démarche et pourquoi il a fait tout ça... Ça fait tellement de bien quand il s'arrête! Merci X!