Bilan moral de 2008
Il n'y a pas eu tellement de place pour l'ennui pendant cette année 2008. Tous les objectifs ont été atteints en ce qui concerne la partie artistique (gigs et enregistrements), ce qui est particulièrement satisfaisant. J'ai eu aussi pas mal de désillusions sur d'autres plans (Sénégal, Witch Doctors). Mais quand on tombe, c'est pour se relever plus robuste...
Les gigs
Mon objectif pour cette année était de faire mon trou dans la bonne ville de Caen. D'y jouer en fait. J'ai bien écumé quelques endroits comme Ross & Co, le Kactus, le Béabar… Bon, évidemment, ce n'est pas le Cargo, mais ce sont des endroits à ma mesure. Peut-être faut-il essayer de faire grandir ma mesure… ou alors rester dans cette optique du petit bar, mais dans des villes plus importantes (Paris?).En ce qui concerne le Café de l'Orne, je n'y ai fait qu'une micro-gig, c'est un des regrets de l'année. Mais je ne désespère pas d'y jouer un jour pour de bon.
J'ai aussi beaucoup joué sur la côte, ce qui est un de mes grands plaisirs, notamment à Langrune évidemment. Et puis il y a eu d'autres endroits plus inhabituels que j'ai bien aimé, le Dublin, le Pot à Lard à Villers-Bocage.
Je souhaitais également mettre le pied à Querqueville, c'est chose faite avec la fête de la musique et la gig à l'école des Fourriers que j'ai beaucoup appréciée.
Indice de satisfaction : 9/10
L'album
Après vingt-quatre ans de musique, je suis content de sortir ce premier album. Ça s'est fait très vite...Je pense que le disque correspond bien à ce que je voulais faire et j'en suis extrêmement satisfait.
Je prends tout ce qu'il y a dessus, les fausses notes, les passages faibles qui font ressortir les forts.
Si vraiment je voulais pinailler, je dirai que je réenregistrerais "Give Me Back My Job", et encore, j'aime bien qu'il y ait un morceau foireux sur le disque, et puis j'aime bien le solo. Je n'exclus pas d'en refaire une autre version un jour.
En studio, j'ai pris un pied monstrueux. Je n'ai qu'une envie, c'est d'y retourner. Par contre, je prépare quelque chose de plus ambitieux avec d'autres musiciens.
Indice de satisfaction : 10/10
Les bœufs
Je n'avais pas du tout envisagé une telle activité en ce qui concerne les bœufs. Au départ, je voulais simplement passer au Café de l'Orne pour m'y faire embaucher (ce que je n'ai toujours pas réussi donc) et c'est comme ça que j'ai participé aux premiers bœufs. Je dois dire que beaucoup ont été magiques, étonnants, uniques… il y en a aussi quelques uns sur lesquels je ne me suis pas retrouvé. C'est normal, c'est le principe même de l'improvisation.Ces derniers temps, ça ne colle plus trop, avec la systématisation des amplis à gogo au Café de l'Orne, quand il ne s'agit pas des horribles pédales d'effet. Mais il y a d'autres bœufs dans d'autres endroits… C'est vraiment une activité gratifiante à plus d'un titre.
Je note que j'y ai rencontré des gens avec qui j'ai joué par ailleurs: Mourad et Cubain qui m'ont invité sur trois de leurs gigs que j'ai beaucoup aimées, et puis surtout Beubeu (que je connaissais déjà avant), Romain et Sylvain qui sont maintenant mes Charity Beans de référence. Les meilleurs gigs de l'année ont été données quand ils étaient là, ce qui n'est pas un hasard.
Indice de satisfaction : 7/10
Le Sénégal
Le début de l'année a été fortement occupé par le voyage au Sénégal organisé par les fous de Bassan. C'était vraiment un gros projet qui a été perturbé par des circonstances pas faciles. Il a été néanmoins mené jusqu'au bout, bravo les fous de Bassan.À titre personnel, j'en tire un bilan très mitigé.
Avec les fous, il y avait toujours eu des réussites artistiques assez sidérantes. La comédie musicale en 2000, mais aussi les gros spectacles comme Antigone (pied énorme) ou l'Hypocondriaque. (La période pendant laquelle j'écrivais les pièces n'a pas été la meilleure artistiquement, il faut bien le reconnaître).
Mais avec le projet Sénégal, l'objectif des fous s'est déplacé. Les pièces étaient excellentes, mais l'énergie des fous s'est portée sur l'organisation, l'échange culturel, plutôt que sur la réussite des pièces. C'est ce qu'il fallait pour que ça aboutisse sans doute, mais je ne m'y suis pas du tout retrouvé. Ça a été d'autant plus frustrant que j'adorais les rôles que j'avais. Je m'y suis impliqué à fond, comme dans Antigone, mais comme l'implication générale se portait plutôt ailleurs, j'étais à côté de la plaque. Cela dit, le voyage s'est très bien passé et je ne regrette surtout pas de l'avoir fait.
Le projet continue côté fous de Bassan, puisque l'idée est maintenant de faire venir les sénégalais. Je ne participe plus activement pour les raisons citées plus haut, mais je soutiens! Par exemple, sur la vente de chaque album, deux euros iront aux fous pour le projet!
J'ai été également très perturbé par les rapports avec les sénégalais. On m'avait dit que ce n'était pas simple, mais je ne l'avais pas cru. Je me suis dit: je suis ouvert, respectueux des cultures tout ça… je ne vais pas aller en pays conquis, comme un colonisateur, mais au contraire dans le respect… et ça va bien se passer…
Ce n'est pas si facile!
J'ai senti que les rapports avec les africains sont systématiquement biaisés. Le contact est (très) agréable et amical, mais manque radicalement de sincérité. Cela se comprend. Il y a une telle différence de richesse entre ce continent et le nôtre. Aujourd'hui encore, dans tous les rapports que j'ai avec des africains, je me demande ce qu'il faut voir derrière.
Une anecdote : quand j'étais là-bas, je tombe sur des musiciens qui jouent dans la rue. Ils avaient une vieille guitare pourrie et j'ai tapé le bœuf avec eux. À la fin, ils me tendent une casquette pour que j'y mette de l'argent. Rien d'étonnant. J'y mets un billet de dix mille francs CFA, soit 15 €. C'est peu payé le plaisir que j'ai pris, mais c'est aussi un dixième du salaire moyen au Sénégal! Qu'est-ce que je penserais d'un type qui me file 150€ après avoir joué une minute avec moi? Que ce n'est pas un gars comme moi! Je comprends donc bien n'être pas sincèrement reçu par la suite.
Du coup, certains sénégalais sont habitués à soutirer le plus possible des touristes. Ils ont un grand talent pour le faire et on ne peut pas leur reprocher, mais je dois dire que je n'ai pas pu me sentir à l'aise avec des gens dont on se demande en permanence quel intérêt caché ils ont derrière la tête.
Indice de satisfaction : 3/10.
Les Witch Doctors
Je pense que la plus grosse blessure de l'année, c'est le fait que les Witch Doctors m'aient dit qu'ils arrêtaient car ils ne prenaient pas plaisir à jouer avec moi. Ça, je crois qu'il va me falloir pas mal de temps pour l'encaisser.Il y a eu une soirée pendant laquelle je me suis vraiment posé la question de savoir si je ne ferai pas mieux de tout arrêter. Ça m'était tellement difficile de supporter ça que je me suis dit que le mieux était peut-être d'empêcher simplement que ce soit possible. Ne pas prendre de risque. Comme dans le film "retour vers le futur", le gars a tellement peur de ne pas supporter qu'on lui dise ne pas aimer sa musique qu'il préfère ne la faire écouter à personne.
Évidemment, c'est absurde.
Je ne peux pas arrêter de jouer, de toute façon. Et je n'ai pas non plus l'intention d'éviter de jouer avec d'autres musiciens. Par contre, les choses seront bien claires, je ne ferai plus la moindre concession. Celui qui joue avec moi, c'est pour rentrer dans mon univers et c'est tout. Si ça ne lui convient pas, aucun problème, il ne joue pas et on reste bons amis.
Je ne regrette pas d'en avoir fait, des concessions (et même bouffé mon chapeau) avec Clarksdale, le groupe dont sont issus les Witch Doctors, car on ça a facilité des années de bonne musique.
Par contre, je regrette les efforts faits pour réintégrer les Witch Doctors. J'aurais mieux fait de dire "non" fermement. J'ai même cédé sur le nom qui n'était pas dans la liste que j'avais proposée (une fois de plus, après les Clarksdale, faut-il que je sois con). J'ai pris la defection des Witch comme une grande claque dans la gueule. Un camouflet, une humiliation.
Ça me fait du bien à l'humilité, en même temps (j'en ai besoin). Mais on ne m'y reprendra plus, chat échaudé craint l'eau froide!
Signalons que les Witch ont trouvé une formule qui semble bien fonctionner avec JC Guitar, ce qui est une bonne chose à mon avis.
Charity Beans
J'ai bien cru que je ne pourrais plus jouer avec personne avant longtemps. Mais c'était sans compter sur Beubeu, Romain et Sylvain. Beubeu, c'est un vieux compère. On a vécu des aventures marrantes ensemble. C'est un type extra et un fin musicien.Quand j'ai entendu Romain au Café de l'Orne, je me suis dit qu'il y avait là un gars talentueux capable d'écoute. Il est venu jouer avec moi au Béabar et ça a été monstrueux. Terrific!
Sylvain "mains de velours" est un percussionniste tel que je les aime, copain de Beubeu. Il te met un rythme de groove total avec une boîte en fer blanc et vingt grammes de riz thaï.
Voilà l'ossature des charity beans! Je pense qu'il y en aura d'autres. En attendant, les gigs avec eux sont carrément jouissives. C'est idem pour Olive (des Witch Doctors) qui m'a fait le charity beans en décembre avec son talent habituel.
Christian m'a fait des bons solos d'harmo, mais je ne sais pas s'il veut vraiment rentrer dans le jeu.
Je veux enregistrer l'album 2009 avec les charity beans, j'espère que j'y arriverai!
Indice de satisfaction : 10/10
S'enrichir
Évidemment, les expériences douloureuses sont plus enrichissantes que les gros moments de satisfaction. C'est pour ça que j'en parle plus longuement, d'autant que c'est encore très sensible. Et puis, comme dit Nougaro : "ça devient monotone, le bonheur". Ce sont les mésaventures qui donnent les meilleures histoires. Quand tout va bien, c'est chiant.Mais globalement, l'année a été très positive, très riche. J'ai l'impression qu'elle a duré trois ans! Pourvu que ça dure…