michel z, Chanteur de Blues > Aventures > Parano en sourdine (Café de l'Orne, le 15 octobre 2008)

Parano en sourdine

Déjà que j'avais des soucis avec ma messagerie... pas moyen de se connecter! et si on m'écrit depuis le ministère de l'économie, hein? afin que je vienne jouer pour redonner la confiance aux acteurs économiques? ce qui permettrait peut-être de relancer la machine et de stopper la crise boursière? Qui sait?
Mais là, non, ce satané mail restait bloqué sur la toile comme une mouche qui aurait raté un carrefour.


Quand j'ai finalement réussi à sortir de l'impasse, il n'y avait pas de message de Christine Lagarde. Pourquoi? Qu'est-ce que je lui ai fait? Elle aime pas le blues ou quoi? Bon, enfin tant pis, je range ma parano. En tout cas, la bourse s'est encore cassée la gueule de plus de 7%, mais bon, pour ce que j'en dis, hein...

En attendant que ça remonte, il y a quand même un truc sur lequel on peut compter, c'est le bœuf du café de l'Orne. J'enfile donc un super T-Shirt, genre cosmos 1999, que je viens de récupérer, je lance ma trompinette sur l'épaule et j'y trame.

Ça tape, ça gueule, ça groove et ça balance, j'enquille le soufflant, je cale l'appareil photo sur une table et en route Simone. À un moment, Anthony balance un truc et moi, aussi sec que mouillé, je le suis à la trompinette. Quand il dit noir, je dis noir. Quand il dit blanc, je dis blanc. Romain fait la même chose avec sa flûte, Julien n'est pas loin avec sa clarinette. Bref, pas mal! D'ailleurs Anthony est content et il continue d'envoyer les patates dans le presse-purée.
Arrive un type, avec une casquette, qui me dit de mettre une sourdine.

De quoi???
Pourquoi que moi, je devrais mettre une sourdine? Il y a au moins 792 musiciens, deux amplis par tête de pipe, une batterie de 7623 fûts, et moi, je devrais mettre une sourdine?
Mais c'est pas vrai, mais qu'est-ce que j'ai donc fait pour mériter ça? D'accord, je suis pas Miles Davis, mais bon, c'est le bœuf du café de l'Orne non? Tout le monde a le droit de jouer, même faux, même mal, non? Pourquoi je devrais mettre une sourdine? Je bouffe tout le son avec mon engin de vingt centimètres? Je fais gaffe de pas matraquer trop fort. Je me crève la vie à jouer dans des tonalités truffées de dièses jusqu'au trognon. Mais je devrais mettre une sourdine? Tiens ça me rappelle la fois où un type m'avait dit, au Kactus, "Bon, c'est quand qu'tu fais la pause?".

Moi, ce genre de truc, ça me bouffe, ça me détruit, ça me bloque complètement. Mais pourquoi tant de haine. Si il y en a que je gêne, je m'en vais, hein? pas de souci, je ne voudrais surtout pas déranger… D'ailleurs, c'est que je m'apprête à faire. Je remets la trompinette à l'étui et je me casse. Voilà. Je joue pas dans l'hostilité, tant pis.

Bon, heureusement, je suis rattrapé par Loïc et mon vieux copain Fabrice. On s'explique avec le bonhomme à la sourdine. C'est pas ça qu'il a voulu dire. Il a dit ça comme ça, comme on dirait "passe-moi le sel" ou " Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit." ou encore "je vous donne un parachute doré de cent millions d'euros" ou "demain, j'arrête de boire" ou "je t'aime". Ça ne porte pas à conséquence, ce ne sont que des mots qui ne prétendent pas avoir un sens, juste une sonorité, un enchaînement articulaire, un exercice d'orthophonie, une soliloquie gratuite.

Bon, je range donc ma parano. Je continue à jouer, et sans sourdine (d'ailleurs je n'en ai pas).

Certains pensent que je suis complètement cinglé. Mais pourquoi ils pensent ça?
Qu'est-ce que je leur ai fait? Ils m'en veulent à moi, et pourquoi pas aux autres?
Merde, c'est pas vrai, quoi...